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Fuck Fake News

Fuck Fake News

 

Depuis quelque temps, de nombreuses voix s’élèvent pour sensibiliser à la déstabilisation générale provoquée par les « fake news » (fausses informations) et l’engrenage dans lequel cela pourrait nous plonger durablement.

On sent l’inquiétude monter peu à peu en France car l’incertitude des résultats des élections (premières indications dès ce soir) fait craindre le pire. Cependant, il faut rappeler que nombreux sont les acteurs ou corps de métiers qui au fil des pratiques ont permis ce qui nous apparaît aujourd’hui comme un danger à éviter. En effet et de manière évidente, les choses ne tournent plus très rond.

« Clashez » cette info que je ne saurais voir… Hein ? Fake news !

Même si la tendance à la désinformation n’est pas un phénomène nouveau, sa dénonciation a pris de l’ampleur en France surtout depuis peu.

Plus globalement et à travers le monde, on peut constater la volonté de certains acteurs politiques de faire fi des médias traditionnels pour être directement en lien avec les citoyens [1]. Ne nous y trompons pas, cette méthode n’a rien de philanthropique. L’objectif n’est autre que de décrédibiliser les sources habituelles d’information pour pouvoir garder des « fidèles » dans un univers, irrigué régulièrement par une information au mieux maîtrisée, ou à défaut déformée. C’est bien évidement de la propagande. Sauf que cette fois ci les canaux numériques la rendent plus facilement accessible. Et démonter cette imposture apparaît compliqué tant la masse des gens touchés et consentants (ou pour le moins impassibles) est grande.

Pour preuve notons que malgré les prises de positions géopolitiques de toutes parts, l’enracinement de Vladimir Poutine dans sa région s’est opérée, le Brexit n’est plus une menace mais un processus en cours de réalisation, l’hyperbole véridique érigée en modèle par Donald Trump a atteint son objectif en voyant arriver au pouvoir le président américain le moins populaire de tous les temps [2] .

En effet, le mensonge s’est insidieusement imposé comme un outil de communication dont on se sert sans scrupule. Loin d’être l’apanage des seuls hommes politiques, les fake news se traduisent également par la diffusion d’informations très partisanes par des sites qui se présentent comme sources neutres.

Et si les gens croient à ces fausses informations, c’est parce qu’elles touchent chez eux des émotions qui les rendent aptes à adhérer à ce qui pourtant peut apparaître irréaliste. Plus c’est gros, plus ça passe. On commence par en rigoler mais à force d’asséner un mensonge, il finit par s’inscrire dans nos mémoires comme étant une vérité.

Par de telles méthodes nos âmes sont offensées… oh !

Comment en est-on arrivé à un tel niveau de défiance généralisée?

Il me semble que désigner les fake news comme étant le problème est une erreur. Le vrai questionnement réside dans des pratiques qui existent depuis longtemps et sans aucune remise en cause dans divers corps de métiers. Peut-être aurez-vous l’impression que ce sont des lieux communs mais j’ai essayé de mettre en exergue ci-dessous ce qui selon moi a poussé au désamour des médias et de la parole politique.

Les hommes politiques.
Durant le récent scandale du « Pénélopegate », rares ont été les personnalités politiques à prendre la parole pour dénoncer ou nous nous éclairer sur cette pratique d’embauche des assistants parlementaires. Il a fallu attendre deux débats télévisés pour que Jean luc Mélenchon fasse allusion (grâce à sa formule Pudeur de Gazelle) aux « affaires » et que Philippe Poutou évoque clairement les déboires judiciaires touchant deux autres candidats pour qu’on acte des prises de paroles publiques émanant de personnages politiques portant la voix de certains.

Est-ce par souci d’auto-protection de caste ? Sans doute. Mais en attendant, la classe politique en sort amoindrie, désavouée et apparaît peu fiable. Son silence dans ce contexte particulier est d’autant plus assourdissant que sur d’autres sujets, sa parole est prolifique. Les candidats aux élections ont massivement et collectivement recours au mensonge pour se faire élire en nous livrant depuis des années des programmes et des promesses qu’ils sont incapables de respecter. Leurs politiques se sont décrédibilisés par l’absence de résultats perçus comme positifs. En cela, ils ont été précurseurs et restent actifs en matière de fake news.

Certains médias.
Quelques intervieweurs sont « coupables » d’avoir baissé les bras face aux politiques invités sur les plateaux télé ou à la radio. Ceux-ci, au lieu de répondre aux questions posées, savent très bien manier la langue de bois ou sortir des éléments de langage qui à force de répétition donneraient le tournis à une statue de marbre. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi face à une mauvaise foi avérée de l’homme interviewé, on ne coupe pas tout simplement le micro comme l’a récemment fait un journaliste sur CNN .

Ou peut-être que oui j’ai compris : l’enjeu du buzz, le souci de l’audience.

La frontière entre les journalistes éditorialistes et ceux qui relatent des faits a trop longtemps été brouillée. Il n’est pas rare de voir des prises de positions sans ambiguïté émaner de gens qui passent leur temps à revendiquer leur neutralité juste du fait qu’ils ont la carte de presse. Pourtant, il paraît tellement plus sain d’avoir une opinion et un parti pris, plutôt que de faire comme si on était toujours détaché des réalités qu’on décrit.

Cela a contribué au fait que les médias dans leur ensemble aient perdu de leur crédibilité, poussant ainsi tout un chacun à recourir à Internet ou aux réseaux sociaux en tant que source d’informations.

Les communicants.
En recevant des dossiers de presse ou des communiqués, les médias devraient ne pas répéter mot pour mot ce qui y est inscrit.

Ils ne sont pas non plus obligés de tendre le micro aux communicants qui veulent restaurer médiatiquement l’image de leur client. Cela est valable pour l’avocat qui défend quelqu’un qu’il sait pertinemment coupable. Il n’a aucun tort à le défendre, au contraire c’est son droit absolu, c’est le socle d’une bonne justice en démocratie. Mais que les médias reprennent allègrement sa plaidoirie me semble une grande erreur et contribue à faire de la désinformation.

Les GAFA et acteurs du net.
On attend des entreprises du Web ou des réseaux sociaux qu’ils suppriment pour nous les vidéos et images pouvant choquer l’internaute. C’est la raison pour laquelle ces derniers ont recours aux modérateurs ou aux logiciels de détection. Mais cela a un coût. Or tout buzz rapporte gros. Les sites et réseaux sociaux mettent tellement l’accent sur l’engagement – partages et commentaires des utilisateurs – , qu’ils ont laissé faire et dire n’importe quoi sur leurs plateformes de partage… sous prétexte de respecter l’espace de liberté. D’où le gros dilemme qui se pose à tous : comment lutter contre les fausses informations de manière efficace tout en ne faisant pas de censure ? A titre d’exemple, l’Allemagne vient d’approuver un projet de loi qui sanctionnerait par de fortes amendes les réaux sociaux qui ne supprimeraient pas rapidement les « publications manifestement délictueuses ». La tâche ne va pas être facile car on réalise vite que l’esprit même de manipulation est devenue une norme courante pour certains [3] .

Les citoyens ordinaires.
Elle est où notre hargne ? Une société ne se construit pas toute seule. Chacun doit faire sa part. Il n’est plus envisageable de rester des observateurs qui attendent de commenter les résultats de ceux qui font. De se contenter de faire la curation de contenus sans se soucier de l’origine des informations. On ne s’improvise pas social media manager ou gestionnaire de l’information, ce sont des métiers qui nécessitent des compétences.

Chacun de nous a participé d’une manière ou d’une autre à ce délitement des choses. C’est donc à chacun de nous de contribuer à tout restaurer car derrière ce système, pour l’instant, il y a encore des humains.

Et cela peut provoquer une certaine zizanie …. Alors comment y remédier ?

Cette montée en puissance des fake news oblige tous les spécialistes des médias et de la communication à revoir leurs méthodes de gestion et diffusion de l’information. Face à la libération d’une certaine parole jusque-là contenue, le besoin de sélectionner et hiérarchiser l’information, sera encore plus important. C’est là que les community managers ou autres spécialistes de la veille auront matière à faire valoir leur expertise. La majorité des jeunes ne savent pas dissocier une fausse information d’une vraie. C’est pour cela que le changement passera d’abord par une éducation d’accès au numérique comme l’idée du Civic online reasoning proposée par un membre de l’assemblée de Californie [4].

Le journal Le Monde vient de lancer le Decodex. « Le Décodex est un outil pour vous aider à vérifier les informations qui circulent sur Internet et dénicher les rumeurs, exagérations ou déformations ». Des émissions comme Cash investigation (pour ne citer que celle-là en France) essaient par tous le moyens de nous faire accéder à ce qu’on veut cacher par des actions de communications. Elice Lucet est désormais érigée en modèle, à mon avis à juste titre.

Les Gafa se mobilisent tour à tour pour pouvoir mettre en lumière ou écarter les sites dédiés à diffuser de l’information tronquée ou carrément fausse. Cela suppose pour eux de recourir à une embauche massive de modérateurs ce qui constitue un coût financier non négligeable. Internet Archives s’est lancé comme mission d’enregistrer toutes les interventions de Donald Trump non seulement comme bases de connaissances mais aussi pour s’en servir comme arme de vérification de ce qui a été dit à un instant T.

Cette démarche ne doit pas concerner seulement les acteurs du journalisme mais bien un pan entier de la société consommatrice effrénée d’information. Au-delà d’une loi sanctionnant la diffusion de fausse information , c’est aussi le comportement de l’utilisateur qui doit être revu.

Rideau baissé.

Mais à une époque où la durée d’une information est de plus en plus éphémère, faire accepter comme référence ces outils de vérification sera déjà une manière de venir à bout d’un processus en pleine croissance.

Le dernier épisode (Haine virtuelle) de la saison 3 de Black Mirror illustre parfaitement ce qui nous attend si nous continuons à suivre des pratiques en meute sans se soucier de leur origine ni destination.

Ceci étant, on peut aussi se rassurer en disant que d’ici peu de temps, ce terme « fake news » et toutes les problématiques soulevées par cela vont laisser place à un autre phénomène comme l’a été le thème des Lanceurs d’alertes il y a quelques années… Pour peu que les résultats des élections présidentielles ne nous plongent pas encore plus dans le désarroi dès ce soir …

Vilédé GNANVO

Evolution du métier de veille

Evolution du métier de veille

La veille dites-vous ?

Comme beaucoup, j’entends parler de transformation digitale depuis quelques années.

Même moi, dans la pratique de mon métier de veille, alors que je lis beaucoup d’informations à longueur de parution, il m’a fallu du temps pour réaliser concrètement à quel point mon secteur a été touché.

Aujourd’hui, je sais que ce métier tel que je l’exerce n’existera plus dans quelques années sous sa forme actuelle. Aussi, j’ai eu envie de revenir sur son évolution et voir les perspectives qui sont au bout.

Le métier de veille s’articule autour du traitement de l’information en cinq phases :

  • La collecte.
  • La sélection.
  • L’analyse.
  • La diffusion.
  • La mise à jour permanente du cahier des charges défini avec le client.

Changement progressif.

A la fin des années 90, tout se faisait dans des petites structures avec un cutter pour découper et coller les articles afin de réaliser des revues de presse de manière artisanale.

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

Puis l’évolution des besoins et la transformation numérique ont énormément modifié la pratique professionnelle. Exit la bonne vieille méthode. Désormais, tout passe par des plateformes de gestion de contenus avec une diffusion de l’information sur plusieurs supports.

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

Face à la multiplication des outils informatiques et au flux incessant de l’information qui irrigue tous les recoins du net ( du journal numérique le plus sérieux au réseau social qui échappe à tout contrôle), le défi quotidien réside dans la manière dont nous pouvons restituer la bonne information rapidement pour aider les services marketing, commerciaux ou les directions stratégiques à prendre leurs décisions.

Aujourd’hui, la veille web a pénétré tous les secteurs métiers. Et même si des agrégateurs de contenus gratuits se sont répandus, ils connaissent leurs limites et il y aura toujours ce besoin de l’humain pour analyser et restituer le contenu pertinent. Pour cela, notre valeur ajoutée reste intacte même si le cœur du métier se déplace légèrement.

Alors demain quoi ?

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

On le constate de plus en plus, pour ce qui est de la réception de l’information, la tendance est nettement à une vison “non texte” du résultat qui s’apparente un peu aux usages des réseaux sociaux. Certains clients ne veulent plus perdre du temps à la lecture. Ce qui les intéresse, c’est de savoir de quoi il est question en un clin d’œil. D’où la solution de plus en plus prisée d’insérer des tableaux de bord ou des graphiques dans sa revue de presse.

Les plateformes interactives sont également plébiscitées pour permettre d’extraire les informations et les garder en mode web afin de questionner une recherche liée à un moment donné.

Ce qu’il reste à parfaire pour répondre au besoin du client.

Malgré tous ces nouveaux outils, il reste des marges d’amélioration car toutes les sources d’informations ne sont pas totalement exploitées.

  • Besoin de perfectionner l’analyse des données recueillies sur Twitter.
  • Besoin et demande de fonctionnalités collaboratives et interactives dans les plateformes livrées au client.
  • Besoin d’identifier, qualifier, analyser et restituer le sens d’une photo avec une vraie valeur ajoutée.
  • Besoin de pouvoir agréger et analyser le contenu diffusé sur LinkedIn qui est très riche pour les services métiers , le prospect… Il en est de même pour les possibilités d’analyser les réseaux sociaux internes aux d’entreprise.

En résumé, le métier se recentrera sur une collaboration entre les fonctions marketing / informatique / analyses . L’analyse des données est de plus en plus indispensable. Les profils de data –scientist, data-analystes ou Datawebdesigner sont fortement recherchés. Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à mettre en évidence les contenus très spécifiques par rapport aux attentes de chaque client. C’est peut-être vers ces métiers que les compétences en veille pourront le plus converger.

Vilédé GNANVO

Sources :

Ma pratique quotidienne de ce métier.
Conférences du Search Day du 24/11/2016
“Veille strategique sur internet” : Gilles Balmisse ; editions ENI ; ISBN : 978–2–7460–9112–2
“L’œil et le bon” : par Ambre Delage dans Le nouvel économiste 25/11/2016 ; P20–22

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