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L’Afrique au Waximum

L’Afrique au Waximum

Le 18 mars 2017 dernier, le magazine hebdomadaire Télérama titrait « L’avenir de l’art est en Afrique » avec tout un dossier très intéressant consacré à ladite thématique. Nul besoin d’attendre l’avenir pour constater que le printemps africain s’illustre déjà à travers trois angles qui ont trouvé des échos dans l’actualité.

 

  1. Tendance.
  2. Technologies et business.
  3. Culture.
Déco séjour wax - par l'artiste Hassan Hajjaj - ©No Fake In My News

Tendance : Cela fait de nombreuses années que le chic de l’Afrique se rappelle à nous dès le printemps par des petites touches de tissus wax ou motifs africains qu’on retrouve dans les collections d’été. Des émissions de télévision axées sur le relooking ont mis en exergue des boutiques spécialisées dans l’ « ethnique » jusque-là restées confidentielles et fréquentées par amoureux des couleurs de ce continent.

Dorénavant, le wax se décline un peu partout. Les modèles des créateurs Wax Going On ou encore Maison Château Rouge côtoient sans complexe les marques Jymmy Choo ou Paul & Joe dans les sélections de look des magazines féminins qui dictent les tendances à suivre. Outre la sphère vestimentaire, le wax c’est la déco et le style. Le design des meubles s’en inspire. Le site d’e-commerce Wax ‘n Deco ne s’y est pas trompé et propose toute une gamme de linges de maison, linges de tables ou accessoires divers. Pas de doute, l’Afrique c’est chic, l’Afrique c’est « IN ». Et cette tendance gagne tout le secteur économique.

 

Technologie et business : De nombreux acteurs économiques misent sur le terrain novateur de l’Afrique pour propulser leurs activités ou les consolider. D’après des experts comme Gilles Babinet co-fondateur d’Africa 4 tech, l’Afrique est le lieu où il est incontournable d’investir en matière d’innovation. 

Station Vampire de Rigobert Nii - ©No Fake In My News

Selon l’édition 2016 des perspectives économiques, elle « confirme sa deuxième place dans l’économie mondiale pour la rapidité de sa croissance, derrière les pays d’Asie émergents, et plusieurs pays africains se placent en haut du classement « 

Ce continent pourrait représenter une source d’investissement non négligeable car il comptera 25% de la population mondiale à échéance de 2050. Dans un contexte où les enjeux de transformation numérique constituent un sujet de réflexion prégnant ( ubérisation de l’économie oblige ), ils représentent en Afrique une belle manne que le monde de la Tech ne peut ignorer. Cela se mesure à l’attrait pour la mise en place événements sectorisés comme Africa Tech Now prévu en janvier 2018 ou encore Afrobytes qui aura lieu les 8 et 9 juin 2017 .

Et les résultats de ce nouveau regard orienté vers ce continent sont palpables. Qui aurait imaginé que le lancement de Pokemon Go se ferait dans 31 pays africains en octobre dernier ? Peu de gens car on ignore souvent que l’Afrique peut être pionnière dans certains usages liés aux télécoms [ alors même qu’il manque encore de l’eau potable ou de l’électricité dans beaucoup de régions ] . L’essor du digital et particulièrement du m-paiement constituent une niche économique. « Le classement économique du mobile money présentée par l’experte anglaise Alix Murphy fin 2014 montrait d’ailleurs en n°1 ….l’Afrique subsaharienne et en queue de peloton … l’Europe ».

Ce n’est pas pour rien qu’il y a eu le récent positionnement de l’opérateur Orange, très impliqué dans le développement du numérique en Afrique via notamment son système d’appli mobile Orange Money [1] . En investissant ainsi, l’opérateur trouve un terrain d’expansion probable sur le continent.

Le 21 avril 2017, la société Funsoft ( société de jeux vidéo basée au Maroc et dont les créateurs s’inspirent du patrimoine culturel africain ) a lancé le premier gaming mobile africain appelé Rangi pour le casque de réalité virtuelle Gear VR. Bien sûr pour le moment, l’industrie du jeu mobile est uniquement concentrée en Afrique du Sud et au Nigeria, mais le mouvement est lancé.

La classe moyenne émergente est très demandeuse de ses nouvelles appli facilitatrices des démarches au quotidien, pragmatiques et adaptées aux usages. La jeunesse constitue une promesse d’émergence pour des acteurs économiques assoiffés de nouveaux territoires de business. FinTech, Agritech et Villes intelligentes sont donc des axes d’innovation bien en ligne de mire. Les annonceurs commencent à s’intéresser à ce continent pour promouvoir leurs marques. Récemment, la grande enseigne suédoise Ikea a annoncé sa collaboration avec la plateforme en ligne dédiée à la créativité africaine Design Indaba pour créer la première ligne d’Ikea entièrement africaine.

Dans ces conditions, l’Afrique ne représente plus uniquement des pauvres enfants mourant de faim ou des réfugiés essayant par tous les moyens de rejoindre l’Europe au risque de leurs vies dans des traversées dangereuses. Par contre, elle concentre les paradoxes du continent le plus riche en termes de ressources naturelles, le plus dynamique par sa population jeune mais aussi le plus désœuvré pour son « développement » économique.

Tous ces antagonismes sont révélateurs des frétillements autour de ce continent et se retrouvent au cœur des événements culturels qui se déroulent en ce moment à Paris.

 

A Hero’s Journey de Lavar Munroe - ©No Fake In My News

Culture : Partout, l’art issu de la création africaine est très exposé ce printemps à Paris. Ce secteur fait émerger des artistes contemporains africains dont la visibilité est plus grande que dans le passé. Ils attirent de plus en plus de collectionneurs des quatre coins de la planète. Plusieurs d’entre eux étaient représentés à Art Fair Paris 2017 et qui se tient chaque année au Grand Palais. Je n’y étais pas. 

Par contre, je peux témoigner de la richesse de ce que j’ai vu dans deux expositions à la Villette à Paris et à la Fondation Louis Vuitton. Une scène artistique africaine forte, éclectique et très émouvante.

L’exposition Art / Afrique , le Nouvel atelier de la Fondation Vuitton s’articule autour de trois univers :

  • « Les initiés : un choix d’œuvres de la collection privée de Jean Pigozzi ». Le collectionneur nous offre ici un magnifique choix d’œuvres de sa collection d’art contemporain. Je trouve juste un peu dommage que de son propre aveu [2], il ne s’intéresse pas spécialement au continent des artistes dont il collectionne les œuvres. Mais cela n’enlève rien à la richesse de son catalogue.
  • « Etre là. Afrique du sud, une scène contemporaine » présentant des artistes issus de 3 générations : avant pendant et après l’apartheid, témoins des bouleversements qui secouent encore leur société .
  • Une sélection d’œuvres de la Collection de la Fondation Vuitton, reflets des nombreux enjeux de ce continent.

Le résultat final est bluffant car on passe de la sublimation de la récupération par le célèbre artiste béninois Romuald Hamouzé maître dans le « Recycl’Art» [3], à l’ambiance très colorée et enjouée de l’artiste MOKE.

Kin Oye Oye de Moke - ©No Fake In My News

Et le point d’orgue se situe probablement dans le récit qu’on peut avoir en filigrane d’une histoire de l’Afrique du Sud dont les séquelles de l’apartheid restent omniprésentes avec des blessures non pansées. Les contradictions de cette société sont toujours là, les états d’âmes de chacun nous arrachent des larmes . Ci dessous, une oeuvre de l’artiste Jane Alexander.

Infantry with beast de Jane Alexander - ©No Fake In My News

Le festival 100% Afriques à la Villette met en avant un ensemble événements culturels (art, musique, design) ainsi que l’exposition Afriques Capitales qui va jusqu’au 28 mai 2017. La création y est présentée sous forme d’une grande métropole qu’on est invité à découvrir. On y retrouve une nouvelle fois une oeuvre de l’artiste sud-africain William Kentridge à travers une vidéo.

More sweetly play the dance de William Kentridge - ©No Fake In My News

Le franco-béninois Emo de Medeiros nous invite à interagir par son installation « Points de résistances ».

"Points de résistance" de Emo de Medeiros - ©No Fake In My News

Pascale Marthine Tayou matérialise l’architecture par la suspension des maisons en hauteur et Alexis Peskine nous éblouit avec son magnifique tableau ci dessous.

Tableau d'Alexis Peskine - ©No Fake In My News

On ressort de là riche d’une grande variété d’univers. Mais il serait incomplet de finir cette parenthèse culturelle sans mentionner deux autres expositions actuellement en cours.

L’Afrique des routes au Musée du Quai Branly jusqu’au 12 novembre

Trésors de l’islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar à l’Institut du Monde Arabe jusqu’au 30 juillet 2017.

Espérons que ces ouvertures économiques et le focus culturel ne se renferment pas aussitôt les évènements achevés et que dans dix ans, l’Afrique tienne sa promesse d’être le lieu de la matérialisation de tout ce qui est perçu aujourd’hui comme novateur.

Escalators - drapeaux pays africains - ©No Fake In My News

Vilédé GNANVO

Sources:

[1] En afrique, Orange ne fait pas que des télécoms ; Delphine Cunny et Pierre Manière ; : Tribune du 28/04/2017 ; p19
[2] Interview de Jean Pigozzi ; Valerie Duponchelle ; Le figaro du 28/04/2017 P34
[3] Le « Recycl’Art » consiste à produire des œuvres neuves avec des objets anciens, récupérés.

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