Street art

Effet Graff ancre le graffiti au Bénin

Effet Graff ancre le graffiti au Bénin

Le mois de février 2019 a été l’occasion de découvrir Effet Graff, festival de graffiti qui a lieu au Bénin. Il est organisé par l’Association Sèna Street Art (ASSART) créée par un groupe de jeunes artistes engagés dans les domaines de l’art.

Brève historique

Stone et Dr Mario, fondateurs de l’association commencent par peindre des murs à Cotonou en 2013 avec très peu de moyens. Leur but est clair : montrer l’utilité sociale d’une discipline qui a le pouvoir d’inspirer le dialogue et séduit chaque jour un peu plus de personnes au Bénin.
Entre le début de leur activité et la 5ème édition d’Effet Graff, il y a l’investissement personnel et la conviction que l’art urbain mérite d’être accessible un plus grand nombre, tant il égaie le quotidien des gens. 

Peindre un mur, c’est contribuer d’une manière ou d’une autre à guérir quelqu’un… arracher un moment de bonheur à quelqu’un qui tombe inopinément sur un mur par exemple en allant au boulot le matin, pour moi c’est guérir ; je soigne les gens à travers la couleur, d’où le pseudo Dr Mario .

Dr Mario

L’association creuse son sillon en s’inspirant de ce qui se fait déjà dans d’autres festivals, à l’instar de son aîné Regraff [1]
Avec le temps, l’équipe s’étoffe et ils comprennent qu’un tel événement peut se déployer dans tout le pays. Le besoin d’explorer d’autres villes s’est concrétisé en 2017 quand ils se rendent compte que les gens étaient tout aussi réceptifs (voire plus) de leur message en dehors de Cotonou, la capitale économique du Bénin. 

Le Bénin ne se limite pas à Cotonou. Il faut sortir de Cotonou pour se rendre compte que les gens sont plus réceptifs à la chose que ce qu’on peut imaginer.

Stone

Ils décident alors d’aller à la rencontre du peuple et des différentes cultures .

Février 2019

Cinq ans après la première édition, les voici donc sillonnant 4 grandes villes du pays entre le 18 et 28 février 2019. De Cotonou à Grand-Popo en passant par Ouidah et Comè,  je découvre une trentaine de jeunes motivés par la nécessité de partager leur savoir. Ils composent avec toutes les difficultés qui persistent pour organiser ce genre d’événements au Bénin, pays où la valorisation des artistes n’est pas toujours une priorité. Rien donc d’étonnant à ce que la majorité des subventions des premières éditions du festival se soit faite sur fonds privé.

Infographie Effet graff 5 ©nofakeinmynews

Cette année, avec un budget évalué à 8 millions 827 mille de francs CFA [2] , l’association s’estime sur une bonne ligne de progression car elle optimise au mieux les moyens dont elle dispose. Elle revendique sa volonté de ne pas faire du graffiti vandal, consciente que la connotation négative accolée à cette forme d’art peut en desservir la cause. Il faut être perçu comme de véritables artistes de rue et éviter absolument d’être catalogué comme des voyous. 

Ici, nous, on fait le graffiti pour marquer les cœurs

Stone

Elle est de plus en plus crédible, alors les partenaires répondent plus présents. La rencontre des autorités locales ou institutionnelles se fait avec plus de fluidité pour obtenir des espaces culturels adaptés ou l’autorisation de peindre les murs.

Pour 2019, ASSART choisit des villes où la jeunesse est confrontée au besoin d’identification à un modèle de société. Elle axe sa thématique sur la célébration des « personnalités » modernes du pays.

En plus du graffiti, cette nouvelle édition s’enrichit donc des divers ateliers pluridisciplinaires, gratuits et ouverts à tous (ateliers de dessins animés, photographies, danses urbaines, calligraphies et musique). Tout un complexe d’activités développé autour d’un message porteur fort : mettre « l’art au service du peuple ». La cible prioritaire reste des jeunes chez qui ce festival pourra susciter une vocation particulière. L’ambition est que d’ici 5 ans, les talents dénichés aujourd’hui puissent s’engager en tant que participants actifs et créateurs pour les prochaines saisons.

La preuve par l’image

C’est ce à quoi s’est employé l’ensemble des organisateurs pendant les 10 jours du festival, où j’ai assisté à la réalisation de fresques murales et à certains ateliers.

À Cotonou, sur le mur à la Place des martyres, quatre jeunes parmi des talents révélés par Irawo sont à l’honneur.

Festival Effet Graff 5 - Fresque de la Place des Marthyrs à Cotonou 2019 - ©nofakeinmynews

À Ouidah, la fresque rend hommage à Oscar Kidjo, créateur du centre CIAMO  décédé quelque temps avant le début du festival. Son portrait figure sur le mur pour saluer l’appui qui a été le sien.


À Comè, en plus de la fresque murale, le centre Carrefour de jeunes a servi de lieu pour la mise en place des divers ateliers dont le graffiti et les danses urbaines.

Festival Effet Graff 5 - Mur réalisé à Comè - 2019 - ©Imagine Bénin

À Grand-Popo, sur les murs de la Villa Karo, le groupe qui a mis en avant des artistes du 7e art Djimon Hounsou et le cinéaste Sylvestre Amoussou

Festival Effet Graff 5 - Mur réalisé à Grand-Popo - 2019 ©Imagine Bénin

Pour clore le tout, les Amazones prennent le relais du mur au Centre à Cotonou, histoire de hisser un peu plus haut La femme, avec l’envie qu’elle serve de référentiel à d’autres générations.

Festival Effet Graff 5 – Amazones – Le Centre Cotonou 2019 – ©nofakeinmynews

La boucle est bouclée.

Mon point de vue

Par manque d’anticipation de mon côté, je n’ai pas pu suivre l’équipe dans sa tournée 24 h/24. Je sais qu’une immersion totale pendant tout le festival aurait été souhaitable pour restituer au mieux la densité et la richesse des moments vécus autour l’événement. Néanmoins le temps passé en leur compagnie à chaque fois me permet de témoigner de la bonne ambiance qui a régné dans cette équipe, de la volonté de se perfectionner et l’investissement dont a fait preuve chacun afin de concrétiser l’objectif de départ.

Festival Effet Graff 5 -Bus et bagages de la team- Comè 2019 - ©nofakeinmynews

J’ai été agréablement surprise par le dynamisme et la hargne qui animait le groupe , conscient des limites qui pouvaient parfois s’ériger en termes de technique, d’organisation ou de matériel. J’ai aimé l’état d’esprit autour d’un événement dont l’expansion est à portée de main et qui pour l’heure reste encore suffisamment à taille humaine pour que le plaisir ressenti ne soit pas feint.

Je suis convaincue que cette aventure connaîtra un bon parcours si ASSART (qui semble avoir l’ambition de faire d’Effet Graff un événement de référence) parvient à attirer dans les prochaines éditions encore plus d’artistes d’envergure venus d’ailleurs pour confronter les expériences de création.

Vilédé GNANVO

En savoir plus

[1] Festival de graffiti en place depuis 2012 au Bénin et piloté entre autres par l’artiste Rafiy Okefolahan
[2] Chiffre issu de la conférence de presse donnée par ASSART le 14 février 2019 

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Aujourd’hui, on voyage exprès d’un coin à l’autre pour admirer les plus belles formes d’art urbain. C’est ce que j’ai fait en me rendant récemment à Bruxelles pour découvrir STROKAR INSIDE ouvert depuis le 6 septembre 2018 en plein centre de la Capitale Européenne.

Depuis plus de 30 ans, l’art urbain ne se limite plus aux murs. Il entre régulièrement dans la scène des galeries d’art, s’approprie des espaces plus ou moins clos. L’underground est plébiscité par le grand public. Beaucoup d’initiatives existent pour permettre aux artistes d’être actifs en s’intégrant dans des projets éphémères, et rendre accessible un art longtemps ostracisé.

STROKAR INSIDE est un exemple de ce type d’initiative. Il a été mis en place par l’association non lucrative Strokar, « fondée en mars 2016, par Alexandra Lambert – CEO de Mad Brussels, fashion and design Platform, et Fred Atax , réalisateur et photoreporter durant 20 ans. » [1]  L’espace étendu sur 5 000 m2 se situe Chaussée de Waterloo et réunit les œuvres de plus d’une centaine d’artistes dans un ancien supermarché Delhaize Molière. C’est « un concept total combinant un musée, une galerie, un espace bar, un shop, des solo shows d’artistes, un skate park, une foire d’art, des expositions, un parcours de fresques, des projections de films et documentaires, des happenings et performances autour du street art et du graffiti à un niveau international. » [2]

Strokar Inside 2018 - @No Fake In My News
Via cet événement, l’objectif est de faire de cette capitale européenne « une plateforme internationale qui atteste de l’écosystème global du street art et de l’art dit urbain ». [3]  Pas étonnant vu l’engouement suscité par cet art qui marche de plus en plus dans les pas de l’art contemporain. Une ville comme Bruxelles se devait de disposer d’un tel référentiel. L’association Strokar s’attelle à cette ambition.

Si au premier contact j’ai eu très peur de l’apparente froideur dans le hall d’accueil (l’espace gagnerait en présence humaine plus chaleureuse) la scénographie dès l’entrée donne à l’ensemble une impulsion indéniable. Je remarque la signature de Joachim Romain, STeW et Vincent Bargis me proposent de danser, ZDEY m’invite à explorer : la découverte peut commencer.

Étendue sur plusieurs niveaux,  l’expo nous plonge  dans les possibilités du street art en tant que discipline. On devine  le dévouement que chaque artiste a mis dans sa création, les heures de « labeur » qu’il y a consacré sans que cela n’altère en rien la spontanéité nécessaire à cet univers. L’œil est guidé de manière agréable sur tout l’espace. Les styles se juxtaposent en laissant entrevoir une fluidité dans le rythme.  Les œuvres exposées sont aussi intéressantes que la lecture des thèmes sociaux du moment qu’elles abordent. Le féminisme est célébré par Lady Jday, le consumérisme, le gaspillage et le recyclage sont dénoncés via  l’installation du collectif Iretge . Alexandre Keto quant à lui rend hommage à l’apport du Congo dans l’histoire Belge, les travailleurs de Jaune sont bien visibles dans le paysage.

La fin du parcours est plus sombre. Nous voilà face  à la réalité de la condition humaine. Les squelettes de KLAAS VAN DER LINDEN se pendent, dansent, s’embrassent, prient ou s’aiment. La mort rôde avec les pochoirs de Dr Bergman ou sous forme allégorique avec YU

Entrer dans cet espace m’a libéré de l’inquiétude du moment, le temps de ma visite d’environ 1h30 qui s’achève sur l’exposition de toiles de 2 grands noms du graffiti new-yorkais : T-KID et Cope2

L’ambition d’ « attirer les plus grands artistes ou des talents montants du Street Art, du Graffiti, de la Peinture et de la Photographie urbaines …et sensibiliser le grand public à la beauté de la discipline », devrait pouvoir se pérenniser sans trop de souci. Le lieu est voué à se renouveler à s’enrichir de la contribution de nouveaux artistes. 

Le supermarché du street art est ouvert, allez y faire vos courses ! 

Vilédé GNANVO

Pour plus d’informations : 
Strokar Inside : 569, Chaussée de Waterloo 1050 Bruxelles.
Le lieu est ouvert du mercredi au dimanche (11 heures – 18 h 30 / 22 heures : bar) pour le grand public.
Pas de date de fin décidée pour le moment

Sources : 
[1] – [2] – [3] http://strokar-inside.com

Regardez l’art dans les yeux !

Regardez l’art dans les yeux !

Nous sommes tellement envahis de flux d’images que de nombreuses œuvres présentes dans le paysage échappent à notre vue. Mais si on prend la peine de bien ouvrir les yeux, on remarquera sur nos murs une grande variété de regards qui nous observent en permanence. Dans cet article, j’ai sélectionné quelques-uns de ceux qui ont attiré le mien, dans l’optique de mettre à l’honneur l’un des 5 sens du corps humain : La vue.

Petit rappel du Sens

La vue nous permet d’observer et d’analyser l’environnement à distance au moyen des rayonnements lumineux. [1] Quant au regard, il symbolise entre autres l’action de porter la vue sur quelqu’un ou quelque chose. [2]  C’est par cette action que j’ai photographié les œuvres de différents artistes que je propose ici, et qui représentent des regards observateurs, charmeurs, interrogateurs, attristés, effacés, désabusés ou encore admiratifs….

Il n’est pas toujours facile de trouver les mots justes pour décrire une expérience visuelle. Je vous épargne donc toutes les sensations que j’ai ressenties en les voyant car L’œil le meilleur ne vaut pas une règle. [3]  Mais outre l’esthétique, elles ont toutes en commun d’avoir provoqué en moi l’espoir d’être au plus près du message qu’a voulu délivrer l’artiste. Pour autant, c’est avec mes émotions du moment que je les ai abordées, ce qui reste je crois la manière la plus honnête de les recevoir.

Le sens du regard

Placé dans le cadre des jeux de séduction, le pouvoir du regard est indéniable car c’est un objet de désir. En tant qu’instrument de communication, le mouvement des yeux peut se substituer à une boussole qui invite ou repousse l’autre à entrer en contact.

Regard de femme par FKDL ©No Fake In My news

Œuvre photographiée sur un mur du 10e arrondissement de Paris. Ce regard de femme est signé FKDL acronyme de Franck Duval. C’est un artiste peintre français, né à Paris en 1963. Spécialiste de l’art scotch et du collage, il rejoint le monde du street art en 2006. Il vit et travaille à Paris où on croise régulièrement sur les murs ses créations colorées, joyeuses et souvent véhiculant des messages positifs.

Pochoir par l'artiste Coco - ©No Fake In My news

Pochoir réalisé par l’artiste Coco , photographié sur les murs de Ménilmontant à Paris. Cette artiste est une étudiante en Histoire et Histoire de l’art, passionnée de dessin et de street-art.

Regard de femme voilée par AFK - ©No Fake In My news

Portrait d’une femme voilée par AFK photographié à Vitry-sur-Seine (94). Sur un mur à coté, l’auteur l’a accompagné du message « Treat her Right Bro ! » . AFK est un artiste, pochoiriste qui vit en Norvège et préfère garder l’anonymat. Il travaille les tons de gris avec une injection subtile des deux couleurs qui marquent sa signature : le rose et violet. Il introduit des questions considérées comme tabou dans la sphère publique afin de pousser à un questionnement sur notre monde conventionnel .

L’essence du regard

À lui seul le regard a le pouvoir de refléter des états d’esprit qui n’ont nul besoin d’être formulés par la parole: la tristesse, l’ataraxie, la peur, l’inquiétude, l’espoir, le questionnement et d’autres encore. Il porte le poids de la pensée. Les interprétations qui l’accompagnent proviennent bien sûr des codes culturels dans lesquels on a évolué. Mais il peut aussi convoquer autour de messages fédérateurs et à ce titre, il est un langage universel.

Ouvriers de Baudin par EvazéSir - ©No Fake In My news

« Ouvriers de Baudin » . Cette installation du duo d’artistes EvazéSir, membre du collectif no rules corp a été réalisée au Mausa . Evazé et Sir sont des acteurs d’art urbain avec leur propre style alliant graffiti, pochoir , collage ou peinture. Très actifs à l’international, ils réalisent des installations et des fresques murales composées de l’univers particulier de chacun, toujours teintées de pointe d’humour.

Papa. C’est quoi l‘argent ? par PBOY - ©No Fake In My news

« Papa. C’est quoi l‘argent ? » Cette fresque représentant un enfant en plein questionnement a été faite par PBOY ( Pascal Boyart ) dans le 19e à Paris. C’est un artiste peintre basé à Paris qui a commencé son parcours en se faisant un nom dans le milieu de l’art urbain. Dans beaucoup de ses réalisations, il questionne la représentation du regard et l’exploration de son potentiel expressif.

"In the eyes" par Big Ben - ©No Fake In My news

« In the eyes » est une œuvre de Big Ben , artiste autodidacte influencé par Bansky et Blek le rat. Il offre un regard à la fois enfantin et terriblement aiguisé sur notre époque via des détournements et autres compositions artistiques, pour un résultat qui déclenche la bonne humeur. On retrouve plusieurs de ses créations sur les murs de Lyon, notamment dans le quartier de la Croix Rousse où ce regard de David Bowie a été photographié.

Le sens par le regard

Et puis il y a les regards qui scintillent et nous ouvrent les portes sur des univers plus abstraits. Entre fiction et réalité, leurs éclats magiques nous dirigent vers une dimension nouvelle dans laquelle nous voulons nous balader. La machine à explorer les rêves se met en marche.

Oeuvre de Marko93 et Averi - ©No Fake In My news

L’œuvre est signée Marko93 aka DarkVapor, le french lighter et Averi . La photo a été prise prise sur les murs du 6b à Saint-Denis (dpt 93) . Marko 93 est artiste issu du graffiti et de la calligraphie depuis les années 80. C’est surtout au début des années 2000 qu’il perfectionne et popularise le procédé du light-painting qui devient aujourd’hui la marque de fabrique de son art. Quant à Averi, c’est un personnage de la scène graffiti de Bretagne depuis le début des années 90. De ses throw-up très identitaires, il humanise ses lettres et se donne aux portraits en “driping” associant formes construites et peintures plus libres. [6]

Oeuvre de Daze - ©No Fake In My news

Œuvre réalisée sur les murs de Vitry sur Seine. Son auteur Chris Daze Ellis a commencé sa carrière en peignant les métros de New York dans le milieu des années soixante-dix alors qu’il fréquentait la High School of Art & Design. Il est l’un des rares artistes de cette période à avoir réussi la transition du métro à l’atelier.

Oeuvre d'Andrew wallas - ©No Fake In My news

Photo prise sur les murs de Montreuil dans le cadre de l’événement It’s gonna be PaintFull III . Son auteur, Andrew Wallas est un artiste autodidacte et polyvalent influencé dès son plus jeune âge par la culture américaine hip-hop. Dans les années quatre-vingt-dix, il décide de se consacrer exclusivement à la peinture. Il est aussi à l’aise avec un pinceau qu’avec une bombe aerosol. Il cherche constamment l’harmonie à travers les formes, les volumes, les ombres et les lumières. [4]

Oeuvre de JALLAL - ©No Fake In My news

Mur réalisé par l’artiste graffeur Jallal membre du Crew LFE (La Fine Équipe) sur la façade de L’ART SEINE 22b quai d Austerlitz Paris 13.

Un petit mot pour finir…

« J’ai la conviction absolue que le sens et l’interprétation d’une œuvre d’art ne sont pas définis une fois pour toutes par l’artiste ni son époque, mais qu’ils sont enrichis par chaque regard, chaque visiteur » Marie Lavandier, directrice du Louvre Lens, historienne de l’art et anthropologue de formation. [5]  

L’expo qui envoie du bois

L’expo qui envoie du bois

«  On envoie du bois  » est une exposition collective menée par un collectif d’artistes,  via leur association «  Friches & nous, la paix » qui existe depuis 2003. La galerie se situe 16 rue Dénoyez à Paris, dans cette rue connue pour le passage d’artistes du monde entier qui viennent recouvrir les murs et les fenêtres par leurs œuvres.

L’espace qui semble également un lieu de rencontre entre et avec des artistes n’a rien du « bling bling ». Quand j’arrive, je vois des pochoirs et des créations réalisés sur des planches de bois. D’autres œuvres sont élaborées à partir de matériaux de récupération. Je repère des pièces d’artistes ( Yarps , Basto ) que je connaissais déjà.

Vintage Sailor Marilyn, par Yarps

 

Je suis accueillie par le street artiste Pixal Parazit qui m’explique son parcours. Il me décrit son processus de réalisation et le support dont il s’est servi cette fois-ci pour l’expo : le polystyrène. Je suis attirée par un ensemble d’objets travaillés avec du volume. Ce sont des visages colorés ornés d’accessoires fantaisistes, réalisés avec minutie. J’en ai déjà croisé sur les murs de Paris . Il me parle du long travail de précision nécessaire pour la découpe et l’assemblage à la main, avant de parvenir au résultat des pièces exposées. Il me fournit aussi des éléments d’explication sur les rituels associés au Daruma, qu’il reproduit sous forme de stickers et colle dans les rues.

 
Réalisations de Pixal Parazit

 

Nous sommes ensuite rejoints par Pedrô! ,  autre artiste et cogérant de l’association. Il a un air nonchalant et le regard taquin. Il sera  mon guide pour le reste des œuvres exposées, dont les siennes, qu’il anime en me racontant l’histoire de chacune d’elles. Il a le genre d’approche qui réduit immédiatement les distances, avec un vrai sens de la répartie. Quand je qualifie de « Génial! » une des œuvres qu’il me montre, il relativise tout de suite mon propos par un trait d’humour. Preuve s’il en fallait une de sa modestie. Mais je le reçois aussi comme une manière de pousser à plus de réflexion pour que les choses dites soient mieux pensées et ne laissent pas de place à la flagornerie.

Pedrô! me fait découvrir une pièce dans laquelle sont entreposées plusieurs de ses créations sur des objets du quotidien qu’il a réussi à transformer. Ce sont pour beaucoup, des reproductions de ce que je devine être ses idoles ou tout au moins les personnes ayant marqué son parcours. Ses pochoirs, œuvres sur bois ou récupération témoignent d’une influence pop art américaine, une culture politique, musicale, mais aussi de son refus de capituler face aux événements révoltants de la société dans laquelle on vit.

 
genoux a terre de Pedro

Cet état d’esprit général mêlant ironie et refus de résignation transparaît dans la plupart des autres œuvres de l’exposition.

Panorma d'oeuvres exposées
Face 1 de la réalisation en bois sous forme de puzzle par F. Lautissier . Pour voir la Face 2, il faut aller sur place

En plus des objets accrochés, c’est aussi pour le lieu qu’on gagne à avoir fait le déplacement. A la première impression on ne se douterait pas forcément qu’il regorge de petits trésors remplis d’histoires, de l’humanité et l’esprit de partage venant des artistes,  sans oublier le plus important à mes yeux : leur bienveillance.

J’en arrive presque à oublier qu’une galerie d’art est également là où les œuvres se vendent. Ici, il faut le préciser, les prix annoncés restent abordables.

Alors même si vous êtes indifférents à l’histoire de la rue Dénoyez, si vous ne comprenez pas pourquoi on fait toujours un tapage autour du budget pour la création artistique, faites quand même un tour rien que pour la rencontre avec les personnes de cet espace. Allez-y et vous verrez, vous serez sûrement piqués par le virus inoffensif de leur univers.

Et qui sait, si vous avez de la chance, peut-être bien que Pedrô! vous proposera aussi du thé…

 

Vilédé GNANVO

 

Liste des artistes exposés :

F.Lautissier  –  Jupiter Jones  – SP38  – YARPS – MôMô BasTa –  Basto – Spliff Gâchette  – Bault  – Pixal Parazit – Danzia Beretta   Popay – Fapeyla  – Pedrô! – R Pablo

 

Pour en savoir plus :

L’exposition « On envoie du bois » est en cours jusqu’au 15 janvier 2018
Friches &nous, la paix . 16, rue Dénoyez 75020 Paris.
Entrée libre

 

http://art16denoyez.canalblog.com/

 

Céz Art : fenêtre ouverte sur des animaux pop

Céz Art : fenêtre ouverte sur des animaux pop

C’est lors d’un passage récent à Reims que j’ai eu l’occasion de voir une partie des réalisations de Céz Art, un artiste rémois de 28 ans. Son travail est un mélange de pop art, d’art urbain, et de graphisme. Il décrit ses peintures comme une fenêtre ouverte sur un monde onirique souvent non humanisé où la vie prolifère [1].

Avec ses collages dans les rues, il se sert de matière biodégradable pour réaliser des créations figuratives, colorées et  principalement axées sur le thème de la nature et des animaux.

J’ai pu découvrir les œuvres qu’il a produites au parking Buirette à Reims, en collaboration un autre artiste du nom de Jean Luc Breda , dans le cadre du projet Color Fusion. Pour cela, ils ont eu l’appui de Champagne Parc Auto qui leur a laissé carte libre pour leurs réalisations.

À l’entrée du parking, une fresque murale nous accueille. Elle est le résultat de l’univers des deux artistes, avec le style figuratif de l’un et l’univers plus abstrait de l’autre.

Les œuvres ont été reproduites et ensuite collées. En tout, elles sont 22 à être disséminées un peu partout, et sur chaque palier des cinq niveaux du parking. Elles sont disposées dans des endroits stratégiques de sorte à être visibles par le plus grand nombre d’usagers ( sas d’ascenseur, entrées, sorties…) . Avec leurs couleurs vives, elles ont pour but de réduire le côté anxiogène que peuvent provoquer les parkings, généralement froids et bétonnés. Les automobilistes peuvent ainsi échapper à la sinistrose habituelle de ces lieux souterrains.

Parallèlement, au Pavillon CG où Il expose de manière permanente, Céz Art est aussi à l’honneur à l’Office du Tourisme de Reims où il nous propose via « Animal Feather » quelques-unes de ses toiles les plus récentes. À travers les animaux, il axe sur le nécessaire retour à la nature en dénonçant une société tellement modernisée et aseptisée qu’elle en devient dénuée de toute humanisation [2] .

Toiles de Céz Art - ©No Fake In My News
Angry monkey-Panda is the new king -Homeless
Flamingo Acrylique et aérosol sur toile par Céz Art - ©No Fake In My News
Fusion #1 - acrylique et aerosol sur bois - par Céz Art- ©No Fake In My News
Happy monkey – acrylique et spray sur toile 2

Pour ces collages urbains, il utilise des matières biodégradables, avec un mélange de papier, eau et fécule de pommes de terre. Cela est en parfaite adéquation avec un artiste soucieux de mettre à l’honneur les problématiques proches de la nature, source de vie de part sa diversité. Ses créations peuvent aussi se retrouver sur d’autres espaces comme ci dessous, avec la réalisation de la fresque Léo à l’Hôtel Akena.

Projet Color Fusion 6- ©No Fake In My News

Je suis totalement conquise par son univers d’animaux poétiques, colorés, parés d’ailes et de plumes.

 

Vilédé GNANVO

 

Pour en savoir plus:

Exposition permanente 2016-2017
​PAVILLON CG ​7 rue Noël – Reims
Horaire : 9 heures-15 heures / 18 h 30-23 heures sauf mercredi et mardi soir

​Exposition « Animal Feather » à l’Office du Tourisme du Grand Reims  (Parvis de la cathédrale 6 rue Rockefeller)
Du 24 novembre 2017 au 1er janvier 2018  Entrée libre ; Ouvert tous les jours

Sources :

[1]    http://cez-art.wixsite.com/cez-art/c-z-art
[2]    www.facebook.com/events/252996848560989
À Reims, l’art entre au parking

L’expo KEO au Ferry

L’expo KEO au Ferry

 

Depuis le 18 novembre, Le Ferry accueille dans ses locaux l’exposition de plusieurs œuvres de l’artiste KEO, peintre plasticien, spécialiste du post-graffiti. Dans ce lieu de lieu de fabrique culturelle à Palaiseau, l’artiste nous offre une rétrospective et des nouveautés sur son travail qui révèlent la créativité et la diversité de ses modes d’expression.

Biographie de KEO

Personnage représentant KEO

Originaire de la banlieue sud de Paris, il découvre le graffiti à l’âge de 17 ans. Il fait la connaissance et intègre deux « crew » (STK ==> Soul Terrifik Kidz et DST) pour peindre à la bombe, souvent dans l’urgence et de nuit. Son parcours en graffiti s’achève vers le milieu des années quatre-vingt-dix, période où il commence à travailler en agence de communication pour quelques années. [1]

En 2006 il décide de se consacrer pleinement à sa création personnelle. Sa matière première devient la récupération d’objets provenant de l’environnement urbain : plaques de métal, des objets, des plans, des photos. Il a conscience d’emprunter à l’art moderne, contemporain, ainsi qu’à l’art brut. Également né à l’ère des médias de masse, il se nourrit d’images télévisuelles, éditoriales, publicitaires et numériques, de bandes dessinées. [2]

L’exposition commence dans une première salle.

On découvre une série de ses créations sur du matériel de récupération qui proviennent des encombrants de métal, du bois ou divers matériaux. On voit son travail de transformation d’objets usuels en œuvres d’art, loin de l’académisme formaté. Il crée des œuvres abstraites, les supports s’y prêtent parfaitement. Il illustre avec justesse l’environnement dans lequel l’humain vit, et qui est voué à se transformer. On est de fait questionné sur ce qui nous entoure et leur usage.

 

Puis il y a une deuxième salle dans laquelle on suit l’évolution de sa création.

Ici, il revient à la peinture via le portrait, ce qui lui permet de renouer avec son amour du dessin et du graff. Dans toute cette série, les regards apposés sur le métal sont vifs, souvent captivants. Cette galerie de portraits semble nous inviter au dialogue pour mieux cerner la fragilité des choses. Il y interroge de manière métaphorique les étapes que la vie nous réserve avec les mystères inscrits sur les visages. La froideur implacable du métal est atténuée par la finesse des traits des personnages et la précision du travail à l’aérosol. On est beaucoup plus dans l’expressif avec un mélange savoureux d’art contemporain et art brut.

En continuant dans la salle, le visiteur admire des œuvres crées avec des techniques différentes. Il y a des petits et grands formats, des dessins réalisés au stylo à bille sur vieux papiers, des œuvres où s’entremêlent graff, peintre et où l’aérosol est souvent convié. Il a un univers très éclectique. Mais la variété des genres n’occulte en rien la cohésion entre les différents éléments exposés. Bien au contraire, elle nous fournit des billes sur le parcours singulier de l‘artiste, sur son identité.

Ambiance générale

Après le tour des lieux, j’ai une discussion avec l’artiste que j’ai la chance de rencontrer sur place. Elle révèle toute la simplicité de quelqu’un qui semble conserver ce goût pour l’Autre. Je suis frappée par sa pudeur et le souci du partage qui semble être le sien. J’aime les œuvres qu’il expose. Le temps d’une expo, je rencontre une personne dénuée d’artifice, loin de toute volonté d’être hissé au-dessus des autres et qui a pris le temps de revenir sur son parcours.

Une parenthèse d’échanges à laquelle j’ai pris plaisir à participer, sans jamais quitter des yeux les œuvres exposées.

Vilédé GNANVO

Plus d’informations

Sur l’artiste KEO:
Site internet: www.keoner.com
Facebook : https://www.facebook.com/keo.peintre

Sur l’exposition :  du 18 novembre au 23 décembre 2017
Le Ferry ; 10 avenue de Stalingrad, Palaiseau
Horaires d’ouverture : Mercredi de 14 heures à 19 heures / Vendredi de 17 heures à 19 heures / Samedi de 14 heures à 19 heures

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