Street art

11 mai 2020 : Tout repose sur le strict art…de mettre le masque

11 mai 2020 : Tout repose sur le strict art…de mettre le masque

La pandémie de Covid-19 a provoqué la mise en quarantaine brutale de millions de personnes. Elle est venue bousculer un domaine artistique déjà soumis à une certaine fragilité économique. Mais face à l’urgence des événements, les artistes ont dû improviser pour essayer de continuer leur activité. Il ont relayé les messages sanitaires et beaucoup se sont investis dans des projets solidaires pour venir en aide à ceux qui sont en première ligne.
Dans cet article, je mets en avant quelques projets avec les témoignages de 5 protagonistes du secteur, qui ont mis les mains dans le cambouis virtuel depuis le 16 mars.

 

La « pandéconomie »  

Les mesures de confinement dues à la pandémie ont frappé un secteur culturel en souffrance depuis longtemps, et qui fait vivre 1,3 million de personnes. Il est mis face à sa peur de ne pouvoir se relever facilement car malgré l’appétit des Français pour ce domaine, le poids économique direct de la culture a cessé de progresser depuis 2013 [1] .  En deux mois, les suppressions ou report d’événements se sont enchainés. Le printemps est la période propice aux foires ou salons d’art, qui se sont vus annuler les uns après les autres. Les galeries d’art sont fermées . Le manque de visibilité sur les dates d’ouverture n’est pas là pour rassurer. Les organisateurs sont confrontés à des dépenses déjà engagées. Pour beaucoup d’acteurs, structures ou artistes individuels, les charges fixes nécessaires à la production demeurent, que ne couvrira pas la suspension des activités pour une durée non déterminée. Ils y perdent donc une part non négligeable de sources de revenus.

La création artistique dans sa globalité est durement touchée. Pour l’heure, le vaste plan de sauvetage culturel évoqué il y a quelques jours n’a pas précisément détaillé quelles structures pourront ouvrir demain ni  les conditions sanitaires précises dans lesquelles cela se fera.

Et si on se penche plus particulièrement sur le street art, on constate qu’il paie un lourd tribut face au confinement. Nombreux de ses acteurs ont une pratique itinérante, et ont vu une grande part de leurs périmètres et supports d’expression (la rue, les murs…) devenir impraticables. Déjà que cette branche artistique doit jouer des coudes pour être reconnue à sa juste valeur dans une industrie culturelle aux enjeux variables… Sur son site le 24 avril dernier, le galeriste Joël Knafo mettait le doigt sur les difficultés à venir : A la sortie du confinement et dans les mois qui suivront, il y aura beaucoup de casses dans le street art, peut être plus que pour les autres disciplines de l’art contemporain.

La même inquiétude trouve échos chez d’autres artistes que j’ai eus à questionner. La peur du lendemain et les incertitudes sont bien réelles. Ainsi en témoigne l’artiste peintre  Annabelle Amory via deux post publiés récemment, l’un sur Instagram le 24 avril, l’autre sur Facebook le 05 mai .

Car contrairement aux idées qu’on peut se faire , beaucoup d’artistes  dont les street artistes vivent sous le seuil de pauvreté . La dernière étude de la Fédération de L’Art Urbain  montre que les ¾ des revenus de ceux interrogés sont issus de leur pratique artistique, et seulement 40 % d’entre eux se déclarent satisfait de leur situation économique

À la question quelles ont été les conséquences du confinement sur elle, l’artiste Carole b. m’explique en quoi la survenue des restrictions pendant cette période est compliquée. Même si elle réalise de petites œuvres, cela lui prend beaucoup de temps. « Les artistes ne sont pas tous riches. Il y en a pas mal qui vivent sous le seuil de pauvreté ». Elle s’est retrouvée comme beaucoup limitée dans ses possibilités d’acheter du matériel ou d’avancer correctement dans sa production de pochoirs car : 
– les points de vente étaient fermés
– les rentrées d’argent étaient de toute façon quasi nulles
– les mouvements de son lieu de confinement à celui de production irréalisables.
 
Allant dans le même sens qu’ Annabelle Amory qui met le doigt sur la précarité des artistes, le fait qu’il faille « payer pour être visible dans les foires ou salons » , les frais d’inscriptions qu’il faut avancer, Yarps , pochoiriste et locataire de la Galerie One Toutou avec le photographe Pierre Terrasson  aux Puces de Saint-Ouen, revient longuement sur sa situation . « Pour le travail d’artiste, ça va être vite réglé. Depuis la fermeture des Puces, c’est zéro recette. On va devoir continuer à payer les loyers. Ce n’était déjà pas joyeux avant, mais là, à l’ouverture, je ne pense pas que les ventes vont exploser, je doute que les gens viennent en nombre pour acheter ».
 
Dans ce contexte particulier, comment traverser cette urgence sans annihiler le désir de créer? Avec leurs appréhensions, ils ont cherché d’autres sources d’inspirations pour essayer de rester dans leur passion. Faire survivre à tout prix la pratique de leur art, conscients de ne peut-être pas continuer à pouvoir en vivre.
Et c’est une fois de plus grâce aux réseaux sociaux que beaucoup ont pu continuer à agir.

Entre la perf’ et la colère

Plusieurs street artistes ont décidé d’apporter leur soutien à ceux qui sont restés en première ligne, le personnel soignant en premier. Cela a souvent pris forme via des projets solidaires, avec la mise à disposition de nouvelles œuvres créées dans la foulée et diffusées de manière numérique.

A titre d’exemple, Carole b. revient sur ses engagements et égrène les raisons qui la poussent à se positionner sur un projet. Au début du confinement, elle a choisi de lancer en ligne un petit jeu concours pour faire gagner des personnes avec de petits moyens. A la clé, des cartes postales à écrire et un badge pour les personnes isolées encore plus fragilisées dans le contexte actuel et auxquelles on ne pense pas toujours. Car les associations ne peuvent pas apporter leur aide correctement comme elles le voudraient. Et les mettre en avant par une action concrète apparaît comme une priorité. C’est également ce qui l’a poussée à soutenir les aides-soignants réunionnais. Selon elle, les Dom Tom sont en général oubliés par la métropole, les structures ne sont pas toujours en place dans les territoires. Pour cela, elle s’est engagée à reverser une partie des ventes des affiches « Wonder Women » à la PTA 974 (Plateforme d’Appui Territoriale La Réunion), organisme chargé de soutenir les soignants de la Réunion.

J’ai voulu aussi sensibiliser à cette cause sur la disparité au niveau médical dans des départements qui sont loin et n’ont pas les mêmes facilités pour faire les soins, alors j’ai participé à un projet pour mettre en évidence un des départements les moins dotés médicalement parlant … En ce qui concerne le projet Re-naissances, c’est que là aussi il y a une partie des sommes qui est reversée à l’artiste. Parce que le solidaire c’est bien, mais il ne faut pas non plus se mettre soi-même en difficulté. Il est important de trouver le juste équilibre entre trouver de quoi subsister tout en apportant un maximum d’argent à une cause. Mais quoi qu’il en soit, dans tous les cas, il y a la satisfaction de voir que concrètement, les projets apportent des sous qui permettent aux structures d’acheter du matériel ou d’agir.

Carole b.

Artiste

Pour ma part, j’ai choisi de mettre le projecteur sur 5 initiatives lancées en ligne, qui sont venues concrètement en appui au besoin de sortir la tête de l’eau pour certains, et aux désirs d’évasions pour d’autres. J’ai pu à cette occasion recueillir la parole de quelques protagonistes au cœur de ces nouvelles organisations, en tant qu’initiateur de projets ou artistes créateurs engagés de longue date dans des causes solidaires.

ConFUNement : la simplicité et l’accessibilité à tous

ConFUNement par ami-imaginaire

J’ai un coup de cœur particulier pour ce projet car son objectif initial est simple: répondre de manière pragmatique à un besoin identifié sur le terrain, et couvrir des problématiques de la vie quotidienne d’un grand nombre de parents durant le confinement. Pour ce faire, la street artiste Ami imaginaire ( initiatrice de ConFUNement et par ailleurs engagée dans d’autres projets solidaires ) a invité et réussi à fédérer d’autres artistes pour qu’ils mettent en ligne des dessins à colorier , téléchargeables gratuitement. À ce jour, plus d’une cinquantaine de « super street artistes confinés » ont répondu présent et de nombreux foyers ont posté leurs réalisations .
Quoi de mieux pour en savoir plus sur son approche du projet que de lui donner la parole ?

1- Qu’est ce qui a déclenché le projet conFUNement ?
Ça a été un élan spontané de ma part dès le début du confinement, j’ai pensé à mes amis qui ont des enfants en bas âge qu’il allait falloir occuper, et j’ai également pensé à toutes les personnes qui comme moi se sont retrouvées dans un état d’anxiété extrême à cette période. Le coloriage c’est relaxant, ça permet de se concentrer sur quelque chose de fixe mais sans intellectualiser quoi que ce soit, c’est méditatif. Ça fait du bien de choisir des couleurs, de les associer, c’est calmant… Moi c’est ma thérapie depuis toujours ! J’en avais besoin à ce moment-là et je me suis dit que je ne devais pas être la seule …alors c’est quelque chose que j’ai eu envie de partager. Ça a été ma manière aussi de me rendre un peu « utile » dans ce contexte où on se sent complètement impuissant, et de continuer plus ou moins consciemment le travail que je fais dans la rue : du contenu gratuit et accessible à tous, qui (j’espère) redonne un peu de joie et de légèreté dans cette sombre période. Après, j’avoue que sur le coup ce n’est vraiment pas un truc que j’ai intellectualisé : j’ai eu envie/besoin de le faire, alors je l’ai fait, c’est tout.

2 – Tu penses au vu de son succès qu’il va se pérenniser ou qu’il restera une parenthèse virtuelle que tu essaieras de refermer une fois la pandémie passée ?
Quand Urban Signature m’a proposé d’héberger les coloriages et que nous avons proposé à tous les copains du street art de participer, je ne m’attendais pas à une telle réponse. C’est génial ! Il y a aujourd’hui plusieurs dizaines de coloriages, de plein de super artistes, pour tous les goûts ! Pour le moment je ne sais pas ce qui va advenir de tout ça après le confinement, nous n’y avons pas réfléchi (une fois de plus : ça a été un mouvement spontané, sans calcul particulier de ma part, je n’ai pas d’objectif caché). Il est évident que je ne pourrai pas continuer à cette cadence après le confinement, car mine de rien cela prend pas mal de temps (j’ai déjà du mal à tenir le rythme au bout de quelques semaines). Mais j’ai vraiment adoré partager ce type de contenu car ça a engendré un vrai échange humain – ô la joie de recevoir les photos de tous ces coloriages, des enfants et des grands ! Tous ces échanges, tous ces petits mots, ça fait vraiment chaud au cœur et ça m’a grandement aidée aussi ! – Donc je pense continuer à le faire ponctuellement de temps en temps. J’ai pas mal d’idées, pas seulement de coloriages d’ailleurs, je viens de finir un petit jeu ! J’aurai, je pense, également envie de regrouper tous mes coloriages ensemble, peut-être sous la forme d’un album souvenir, je ne sais pas encore. Pour le moment c’est pas très important, tout ce qui compte, c’est que ça vienne du cœur et que ça fasse un peu de bien.
Ami imaginaire

Street artiste et initiatrice de ConFUNement

RE-NAISSANCES : l’agilité dans la réalisation et le déploiement

Affiche expo virtuelle Re-naissance par Art Murs et Secourps Populaire

Après l’expo Naissances en février 2019, l’Association Art’Murs s’inscrit à nouveau dans un projet solidaire, via une exposition virtuelle. Le souci, est de continuer à soutenir les artistes, pour qui cette période peut s’avérer compliquée, sans revenus, sans exposition, sans commande de mur, etc… La démarche est désintéressée. Les artistes perçoivent 50 % du prix de vente de leur œuvre, et les autres 50 % reviennent au Secours Populaire pour les soutenir dans leurs actions. Les œuvres sont présentées au fur et à mesure de leurs créations sur les comptes Instagram et Facebook de l’association qu’on peut également contacter par mail ( assoartmurs@gmail.com ) pour acquérir celles qui sont encore disponibles. Au moment du bouclage de l’article, le bilan est :
– 65 artistes ont participé, parfois pour 1 ou 2 œuvres
– 48 oeuvres ont été vendues
– 12520 euros ont été récoltés dont 7487 euros reversés  au Secours Populaire
– Il reste une petite vintaine de productions d’oeuvres à venir d’ici au 15 mai

Voici ce que dit la Présidente de l’association à propos de cette expérience. 

Quel dynamisme ça a créé d’organiser en virtuel un tel projet ?
Par rapport aux artistes ? En fait, on a sollicité ceux avec qui on a déjà travaillé ou avec qui on avait des projets futurs. Ils étaient enthousiastes pour la grande majorité car eux aussi avaient envie de faire quelque chose qui a du sens. Ils ont été beaucoup sollicités pour certains projets ou ils sont totalement bénévoles. Ils étaient ravis d’y participer mais avec nous, le retour qu’on a eu est que « c’est cool que vous pensiez à nous car pour nous aussi c’est la galère en ce moment ». Ils ont pris conscience que l’asso Art ‘Murs est vraiment là pour eux, même pour ceux qui ne l’avaient pas encore intégré.
Et puis il y a eu un sacré dynamique autour de… on a eu énormément de sollicitations d’artistes pour participer au projet. Certains faisaient des trucs très sympas mais hors de notre ligne directrice donc ça a été compliqué de leur dire non parfois. Je me suis bien sûr posé des questions car dire non n’est pas toujours évident non plus…

Est-ce que ça pourrait changer des choses sur ta manière d’organiser les projets à l’avenir une fois la parenthèse fermée ?

Clairement, je trouve que ce projet est assez chronophage et le format n’est pas dans l’idéal de ce que j’ai en tête pour notre asso. Le format manque du type de relation qu’on a envie de développer et qui est l’ADN d’ Art ‘Murs. Les échanges et rencontres entre les publics… Ça disparaît complètement. Ce n’est donc pas une façon de travailler que j’ai envie de développer plus que ça. Pour autant, ça pousse quand même à la réflexion et bien entendu on en discutera avec tous les membres de l’asso. Peut-être que ça donnera des idées et qu’on se dotera d’outils complémentaires tirés de cette expérience.

Quel bilan tu peux dors et déjà tirer de ce projet ?

La communauté autour de l’art urbain est hyper active sur les reseaux sociaux et surtour sur Instagram. Et moi j’ai été surprise par le succès des ventes car beaucoup d’œuvres ont été produites et vendues. Et puis j’ai été assez agréablement surprise du nombre de gens qui, sans acheter, nous ont manifesté leur soutien par des remerciements et des encouragements. Ça nous conforte dans l’idée que notre initiative était à la place qu’on voulait pour elle. C’est vachement cool ! Ça donne la pêche pour continuer car il y a un côté fastidieux autour de l’organisation virtuelle…
D’ailleurs, on devait s’arrêter le 11 mais là je vais prolonger jusqu’au vendredi 15 mai. Ce sera la dernière date où de nouvelles productions d’œuvres seront faites. Les œuvres non vendues resteront accessibles mais il n’y en aura pas de nouvelles produites.
Sabine Meyer

Présidente d' Art'Murs et initiatrice du projet Re-Naissances

Projet CONFINEMENT : la solidité d’un réseau bien implanté

Page de Confinement  Festival d’arts urbains par Saato

Ce projet a été mis en place sur une idée du pochoiriste Raf Urban et en association avec Saato . Un appel a été lancé à plus d’une centaine d’artistes français dans le but de créer des œuvres en format A4 dans un délai court, afin d’apporter un soutien immédiat aux personnels soignants de France. Les œuvres créées sont exposées en ligne . Les recettes des ventes sont intégralement reversées au fond d’urgence de l’AP-HP via la Fondation AP-HP.
Le bilan de ce projet qui s’est achevé le 10 mai au soir:
– 208 artistes ont participé
– 274 oeuvres ont été produites et toutes ont été vendues
– 280 personnes ont contribué et permis de récolter 86365 euros , auxquels il faut rajouter 1350 euros de promesses de dons (règlements par chèques)

Ce « premier festival d’Art Urbain Confiné » a réuni plusieurs artistes de street art dont  Yarps qui m’a livré en quelques phrases les raisons de sa participation.

Quand ils m’ont contacté pour ce projet, j’ai trouvé que c’était bien. Quand je peux contribuer à mon petit niveau à ce genre de choses, je le fais avec plaisir car les hôpitaux et les soignants, je les connais bien. J’y ai fait pas mal d’allers-retours suite à mes accidents … Le personnel soignant est traité n’importe comment et là, c’était l’occasion de leur rendre hommage. Ils sacrifient leur vie et je pense que ça méritait au moins un geste. Pour le projet, j’ai réalisé un nouveau pochoir en prenant comme base  une matrice que j’avais déjà, car je ne peux pas tout découper là. Puis j’ai bombé et collé un masque en miniature . C’était ma petite pierre à l’édifice. C’est l’occasion d’ailleurs de parler aussi du travail numérique réalisé par Elvis Comica , une œuvre qui représente une infirmière elle-même passionnée de street art. Il y a là-dedans une vraie cohérence, la boucle est bouclée.

YARPS

Street artiste et locataire de la Galerie One Toutou avec le photographe Pierre Terrasson

#LESAMISDESARTISTES : l’ orientation « secteur »

Image tirée du site internet du projet #lesamisdesartistes

Les amis des artistes, c’est un collectif d’artistes issus d’horizons divers qui essaie via son projet de soutenir la création artistique . L’artiste met en vente jusqu’à 3 œuvres, dont au moins une à moins de 500€, ceci en accord, lorsqu’il y a lieu, avec la galerie qui le représente. Les œuvres sont publiées sur ses réseaux sociaux avec le hashtag #lesamisdesartistes . L’acheteur verse 70 % du prix directement à l’artiste et les 30 % restants sur une cagnotte solidaire Leetchi au profit d’une association assurant leur distribution auprès d’autres artistes. Le but est d’alléger les dégâts causés aux artistes impactés par les conséquences du COVID-19 . Une première opération a déjà eu lieu. L’opération 2 a débuté le 04 mai et sera en faveur du Bureau d’Aide Sociale de la Maison des Artistes.  Les inscriptions ou participations se font sur ce lien . En deux semaines d’opération, les sommes générées s’élevaient hier  à  60 000 euros de ventes dont 18 000 euros de dons 

L’artiste Annabelle Amory me livre ici sa motivation pour participer à ce projet

Alors, pour Les Amis des Artistes… En fait, depuis longtemps, je « déstocke » souvent des toiles pour en faire don à des associations qui les revendent. En cette période de confinement, j’ai renouvelé l’opération pour le projet Saato par exemple. Malheureusement, offrir des toiles signifie aussi ne rien toucher sur la vente. Avec les Amis des Artistes, je peux faire plaisir et me faire plaisir, mais également aider les autres artistes. Si la majorité des projets caritatifs de ce confinement sont en toute logique tournés vers le secteur hospitalier, il manquait des aides dédiées spécifiquement aux artistes. La seconde cagnotte des Amis des Artistes concerne le Bureau d’aide social de la Maison des Artistes, fonds dont j’ai pu personnellement bénéficier au début de ma carrière et qui m’a énormément aidée.

Annabelle Amory

Artiste peintre

CONFIN’ART: la prime à une galerie toute jeune

Image CONFINART tirée du site de la galerie WAWI
L’action CONFIN’ART menée par la Galerie WAWI  consiste précisément à mettre en lumière les œuvres que cette période inédite de confinement a inspirés à certains artistes. Elle souhaite ainsi faire partie de la chaîne de solidarité qui s’est formée, pour aider les plus vulnérables. La moitié des bénéfices réalisés par les ventes sera versée à la Croix-Rouge du 10e arrondissement de Paris , située dans la même rue que la galerie. Elle s’inscrit dans les actions comme « La Croix-Rouge chez vous » qui permet de maintenir  le lien social, par l’écoute et la livraison de repas, des personnes les plus isolées et vulnérables.

Au bal masqué, une valse pour l’art?

Comme on a pu le constater via cette sélection de projets, les initiatives individuelles ou collectives se sont multipliées en ligne à l’instar de Solid’Art  ou Creatives In Confinement que j’aurais pu également détailler…  Mais pour aider à mieux vivre le confinement, l’imagination déployée chez les artistes  pour représenter les masques n’a pas souffert de pénurie. Certains ont mis  en ligne d’anciennes créations, dans le but de relayer les consignes sanitaires nécessaires. Tous avaient en tête, la matérialisation d’un objet venu s’imposer dans notre actualité comme l’accessoire le plus efficace à ce jour pour contrer le virus.

A lire aussi  Bas les masques

Cette effervescence autour de la création numérique aura été salvatrice pour certains, et c’est tant mieux. 
À partir de demain, notre vie quotidienne devra se réadapter à de nouvelles normes sociales, sanitaires.  D’autres formes  dans les rapports à autrui vont apparaitre.
Nous avancerons à tâtons entre confiance, peur, discipline et résilience. Nous nous lancerons dans ce futur en essayant de soulever progressivement tous les masques qui occultent notre devenir en commun.
Mais chacun d’entre nous caressera l’espoir que l’art résistera à l’épreuve et restera un des antidotes au virus.

Prêts pour le déconfinement ? La lutte continue !

Février 2020 : « arte callejero » en Uruguay

Février 2020 : « arte callejero » en Uruguay

Puisque nous sommes confinés, j’ai décidé de repartir en voyage. Je vous embarque donc avec moi à travers des photos de street-art prises lors de mon récent séjour de trois semaines en Uruguay, petit pays d’Amérique du sud où il fait très bon de vivre.

Montevideo

Montevideo, capitale la plus méridionale du continent américain est située dans le sud de l’Uruguay, en bordure du Rio de la Plata et se développe autour d’une baie qui forme un port naturel, l’un des plus importants du cône Sud. [1]

Longtemps, on pouvait y peindre partout sur les murs, le graffiti et le street art étant considérés comme des formes d’expressions des cultures populaires. 2014 marque un tournant car la loi interdit alors le graffiti vandal (Selon l’article 13 de la loi 19 120 de 2013 qui a modifié l’article 367 du Code pénal ). Le street-art se voit confiné à certaines zones, avec un calendrier organisant la rotation des murs à peindre.  

Aujourd’hui, l’art de rue sucite plus d’intérêt. Pour les artistes, il reste l’occasion de traduire en créations, les débats et les conflits qui secouent la société. Certaines institutions perçoivent mieux le potentiel touristique qu’il peut représenter, et la possibilité qu’il donne de renouer le dialogue avec des populations dans des quartiers délabrés. 

Les murs de Montevideo regorge donc de graffitis, de pochoirs, de fresques politiques ou artistiques et des dessins de toute sortes. J’en ai sélectionné quelques uns pour vous. 

Mur réalisé par Fitz et Theic Licuado - Montevideo- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« La résistance » . Mur peint par le Collectif Licuado lors du Festival de Arte Urbano Wang en mars 2018. Édith, Adriana et María Luz représentent trois des centaines de femmes qui étaient prisonnières politiques il y a quelques années sous la dictature. La fresque symbolise le soutien mutuel qu’elles se portaient à travers un réseau d’entraide qui existe encore pour mener les recherches jusqu’aujourd’hui.  L’œuvre se trouve au croisement des rues Cabildo et Miguelete .

Mur réalisé par Nino Cobre - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur peint en mars 2018 par Andrés Petroselli mieux connu sous le nom de  Cobre. Il représente l’écrivain populaire Eduardo Galeano, manière pour l’artiste de rendre hommage au peuple uruguayen. L’oeuvre se trouve au croisement des rues Sarandi et Colón

Mur réalisé par Leandro Bustamante Reina - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Les baigneurs de Rambla Sur »  . Fresque murale réalisée en novembre 2019 par Leandro José Bustamante Reina sur les murs extérieurs de la coopérative Coovisur. L’oeuvre est visible sur la Rambla Grande-Bretagne, entre les rues Maldonado et Andes.

Mur réalisé par Pardos , Ganga Positive - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé en avril 2019 par Mokek et  Pardos . L’œuvre se trouve au croisement des rues Barrios Amorín y Colonia

Mur réalisé par JUAN - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur peint par l’artiste JUAN lors du Festival de Arte Urbano Wang en mars 2018. L’œuvre se trouve à Pasaje de la via

Mur réalisé par FOLK , Wendchinita, MIN8 - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Une partie d’un mur peint en janvier 2017 pour rendre hommage à une Coopérative de femmes qui se sont battues en construisant de leurs propres mains un logement décent pour leurs familles. Ici, l’œuvre des artistes  Folk , Wendchinita et Min8

Mur réalisé par le collectif Licuado - Montevideo- Uruguay 2020 - -©nofakeinmynews.com

« Sororité  » .  Mur réalisé par le Collectif Licuado. La fresque met en évidence « Les femmes unies par un tissu invisible de fraternité » (Marcela Legarde) . C’est un appel pour un monde égalitaire. L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et Perez Castellano

Mur réalisé par CondE COF et eXRandÖmyKo - Montevideo- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé collectivement par CondE  , COF et eX RandÖmyKo . L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et Solis

Mur réalisé par Pardos, El Santo, LEA, Andres Letop, Ivan Salazar - 1- Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com
Mur réalisé par Pardos, El Santo, LEA, Andres Letop, Ivan Salazar - 2-Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur collectif réalisé en février 2019 par Pardos , El Santo , LEA , Andres Letop , Ivan Salazar . L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et ciudadela

Dolores, Villa Soriano, Durazno , Colonia del Sacramento

En dehors de Montévideo, j’ai pu découvrir de belles pièces dans des villes comme Cabo Polonio, Colonia del sacramento, Durazno, Dolorès ou encore Villa Soriano…

Dans la plupart de ces endroits, même si les murs sont moins recouverts de street-art, le désir des artistes de montrer leur travail dans les lieux publics reste intact. Ils contribuent ainsi à égayer le quotidien des habitants en injectant de la couleur au paysage .

Des événements comme le festival El Arte a las Calles à Colonia del sacramentao se mettent en place et tout porte à croire qu’ils vont se pérenniser. Des collaborations enrichissent les créations lors des résidences d’artistes qui existent.

Certaines œuvres anciennes sont très ancrées dans le paysage. Elles résistent au temps qui passe en faisant un formidable pied de nez à ce qui caractérise aussi l’art de rue: son côté éphémère.
 
Mur réalisé par le collectif Licuado - Villa Soriano- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Al ritmo del rio » . Peinture murale réalisée en 2013 par le Collectf Licuado lors du séjour à la résidence Vatelón. L’œuvre se trouve au croisement des rues Cabildo et 19 de Abril à Villa Soriano.

Mur réalisé par Soy Luxor - Dolorès - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé en 2016 par Soy Luxor en guise de soutien aux habitants de Dolorès après une tornade qui a fait énormément de dégâts en avril 2016. L’œuvre se trouve au croisement des rues Asencio & Carlos María Solari à Dolorès

Mur réalisé par HOPE - Villa Soriano - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé par HOPE en septembre 2019 lors de la résidence d’artistes à Valeton . L’œuvre se trouve au croisement des rues Lavalleja et Piedras à Villa Soriano.

Mur réalisé par Hudson Henrique - Cabo Polonio - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Synergia« . Mur réalisé en août 2019 par Hudson Henrique à Cabo polonio 

Détail mur réalisé par RAF et AS1 KNCR crew - Colonia del sacramento - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Détail du mur « La trilogia andina » réalisé en septembre 2018 par Rafael Boa Morte et AS1 KNCR CREW dans le cadre du festival « El Arte a las Calles » à Colonia del sacramento . L’œuvre se trouve au croisement des rues Rivadavia et Vicente P. García à Colonia del Sacramento

Mur réalisé par Nicolas Rodriguez - Durazno - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Le petit prince » . Mur réalisé par Nicolas Rodriguez en février 2020 . L’œuvre se trouve Plaza Itala Mondragon à Durazno

Pour finir…

Les photos que je vous ai proposées ici ont été prises principalement lors de moments d’oisiveté, dans des rues principales ou latérales. J’ai souvent découvert les murs par hasard, ce qui explique la présence de réalisations anciennes et récentes. Les artistes énumérés ne sont qu’un échantillon de ceux qui créent actuellement dans tout le pays.

Le street art étant en perpétuelle évolution, nul doute que sur place vous trouverez d’autres très belles choses partout où vous regarderez autour de vous.  Et pour les personnes qui ne veulent pas se fier au hasard des découvertes mais organiser leur voyage autour d’événements précis,  sachez qu’il existe StreetArtUY, une carte interactive qui vous permettra de géolocaliser des oeuvres  dans certaines villes que vous visiterez . 

Vilédé GNANVO

A.O.B : L’expo qui concilie esthétique et éthique

A.O.B : L’expo qui concilie esthétique et éthique

Depuis le 25 septembre 2019 se tient à la Maison du don de la Pitié-Salpétrière l’exposition « A.O.B – l’Art Œuvre pour la Biodiversité ».
 
À l’origine de cet événement, l’implication de 3 acteurs : L’Établissement Français du Sang ,  l’association Noé  et l’association Art’Murs . Les 2 premiers sont mus par le même engagement pour la Vie : – la collecte de dons de sang, de plaquettes ou de plasma pour l’un, les actions de préservation et de restauration de la biodiversité pour l’autre [1] . Quant au troisième, c’est une association créée en 2018, regroupant des passionnés de street art [2], qui a réussi à fédérer autour de ce projet sept artistes acquis aux causes d’une alliance écologie – art [3] .
 
Chacun des trois acteurs a par son investissement le désir d’éclairer un peu plus l’autre et d’ouvrir une passerelle entre la créativité et la sensibilisation aux thèmes de la vie.

Un engagement fort

En rentrant à l‘EFS, tout primo donneur a l’occasion de voir s’atténuer l’appréhension qui peut le saisir, car il est d’emblée accueilli dans un décor de créativité. Une manière aussi d’interpeller les donneurs réguliers par la proposition d’un espace dans lequel le regard change.

Avec une esthétique scénarisée par le choix des organisateurs, les murs sont habillés par une diversité d’œuvres réalisées dans  des techniques différentes. Les contraintes, la nécessité et l’urgence du besoin de dons (pour vivre ou guérir) sont tempérées par un cadre propice à l’exploration artistique qui permet de véhiculer une approche sereine de la pratique.

La puissance du message global de l’exposition s’appuie également sur la présence de l’association NOE qui s’emploie depuis longtemps à mettre le projecteur sur la beauté de la nature qui nous entoure.
Ici, le visiteur donneur ou le personnel de l’ EFS sont invités à se pencher sur les aspects liés à la biodiversité. Ils voient l’occasion de creuser des liens plus profonds entre les hommes et son environnement par le biais du travail artistique, le secteur de la création se refusant à être déconnecté des dommages causés à notre nature.

De fait, en intégrant l’art dans cet espace voué à la vie, chacune des thématiques qui s’y trouvent semble s’accorder de manière fluide. L’ art et la biodiversité s’épanouissent en tandem. Les toiles exposées offrent une opportunité rare de se saisir du beau pour s’approprier des causes qu’on pourrait croire éculées.

Dans cette dynamique et parce que le street art peut être utilisé pour encourager le dialogue public sur ces thèmes, l’association ART’MURS a choisi pour son troisième grand évènement de proposer un groupe d’artistes connus pour leurs convictions écologiques. Elle affirme ainsi son engagement en faveur du bien commun qu’est notre planète, en offrant une exploration artistique enrichie et en poussant à un examen des répercussions de la dégradation de l’environnement sur les êtres vivants.

Artistes divers, techniques variées

Tous ont conçu des oeuvres qui d’une manière ou d’une autre appuient sur les fragilités de notre écosystème, les ravages que subit la nature ou la menace qui pèse sur les animaux . 

Avec la serie Graffaune de Daco, les pochoirs Don’t make us history de Polarbear ou les dessins croqués par Philouwer ( soit dit en passant, Philouwer est un donneur  régulier du centre de la Pitié Salpêtrière qu’il fréquente depuis des années) les pratiques qui menacent les espèces en voie de disparition sont pointées du doigt pour susciter notre intérêt. 

D’autres comme Moyoshi proposent la série Décharge sauvage pour sensibiliser sur les effets néfastes du consumérisme sur l’écosystème. Teuthis montre son engagement en faveur de la conservation des récifs coralliens avec ses œuvres, La murène commune et l’anémone fontaine. Nadège Dauvergne dénonce via Exodus  l’appauvrissement du milieu naturel en animaux sauvages, tout comme Ami imaginaire avec ses collages d’animaux aux motifs colorés réintroduits sur les murs des paysages urbains.

L’intégralité des œuvres présentées sont proposées à la vente  sur  French Art Collection  . Une partie des ventes sera reversée au bénéfice de l’association Noé pour soutenir ses actions en faveur de la biodiversité. [3]

En fin de compte,  A.O.B se différencie de bien d’autres expositions par son articulation autour de 3 structures engagées. Cette initiative inspirante est une manière poétique et amusante de faire passer un message : l’urgence de s’intéresser, préserver et contribuer par l’acte à ce qui constitue l’essence de la vie, tant chez l’homme que dans la nature.

Et pour réunir tous ces artistes autour de cette cause, il a fallu la mobilisation des membres de la  jeune association ART’Murs , fondée par une femme passionnée et déterminée qui s’appelle Sabine Mayer .

Vilédé GNANVO

Infos pratiques :
Exposition « A.O.B – l’Art Œuvre pour la Biodiversité »
Il est encore temps d’y aller car l’expo a cours jusqu’au 2 novembre 2019  à la Maison du don de la Pitié Salpêtrière – 12 rue Bruant, 75013 Paris.
Lundi de 9h à 14h  / Mardi, mercredi et vendredi de 9h  à 16h  / Jeudi de 12h à 19h  / Samedi de 9h à 17h

Elle a aussi vocation à être prolongée jusqu’au 14 décembre au centre de Crozatier.
Et n’hésitez pas à donner votre sang, cause aussi importante.

Sources :
[1] Dossier de présentation de l’association ART’MURS
[2] Je suis membre de l’association
[3] Dossier de présentation de l’association ART’MURS
[4] Site de l’association ART’MURS 
 

Effet Graff ancre le graffiti au Bénin

Effet Graff ancre le graffiti au Bénin

Le mois de février 2019 a été l’occasion de découvrir Effet Graff, festival de graffiti qui a lieu au Bénin. Il est organisé par l’Association Sèna Street Art (ASSART) créée par un groupe de jeunes artistes engagés dans les domaines de l’art.

Brève historique

Stone et Dr Mario, fondateurs de l’association commencent par peindre des murs à Cotonou en 2013 avec très peu de moyens. Leur but est clair : montrer l’utilité sociale d’une discipline qui a le pouvoir d’inspirer le dialogue et séduit chaque jour un peu plus de personnes au Bénin.
Entre le début de leur activité et la 5ème édition d’Effet Graff, il y a l’investissement personnel et la conviction que l’art urbain mérite d’être accessible un plus grand nombre, tant il égaie le quotidien des gens. 

Peindre un mur, c’est contribuer d’une manière ou d’une autre à guérir quelqu’un… arracher un moment de bonheur à quelqu’un qui tombe inopinément sur un mur par exemple en allant au boulot le matin, pour moi c’est guérir ; je soigne les gens à travers la couleur, d’où le pseudo Dr Mario .

Dr Mario

L’association creuse son sillon en s’inspirant de ce qui se fait déjà dans d’autres festivals, à l’instar de son aîné Regraff [1]
Avec le temps, l’équipe s’étoffe et ils comprennent qu’un tel événement peut se déployer dans tout le pays. Le besoin d’explorer d’autres villes s’est concrétisé en 2017 quand ils se rendent compte que les gens étaient tout aussi réceptifs (voire plus) de leur message en dehors de Cotonou, la capitale économique du Bénin. 

Le Bénin ne se limite pas à Cotonou. Il faut sortir de Cotonou pour se rendre compte que les gens sont plus réceptifs à la chose que ce qu’on peut imaginer.

Stone

Ils décident alors d’aller à la rencontre du peuple et des différentes cultures .

Février 2019

Cinq ans après la première édition, les voici donc sillonnant 4 grandes villes du pays entre le 18 et 28 février 2019. De Cotonou à Grand-Popo en passant par Ouidah et Comè,  je découvre une trentaine de jeunes motivés par la nécessité de partager leur savoir. Ils composent avec toutes les difficultés qui persistent pour organiser ce genre d’événements au Bénin, pays où la valorisation des artistes n’est pas toujours une priorité. Rien donc d’étonnant à ce que la majorité des subventions des premières éditions du festival se soit faite sur fonds privé.

Infographie Effet graff 5 ©nofakeinmynews

Cette année, avec un budget évalué à 8 millions 827 mille de francs CFA [2] , l’association s’estime sur une bonne ligne de progression car elle optimise au mieux les moyens dont elle dispose. Elle revendique sa volonté de ne pas faire du graffiti vandal, consciente que la connotation négative accolée à cette forme d’art peut en desservir la cause. Il faut être perçu comme de véritables artistes de rue et éviter absolument d’être catalogué comme des voyous. 

Ici, nous, on fait le graffiti pour marquer les cœurs

Stone

Elle est de plus en plus crédible, alors les partenaires répondent plus présents. La rencontre des autorités locales ou institutionnelles se fait avec plus de fluidité pour obtenir des espaces culturels adaptés ou l’autorisation de peindre les murs.

Pour 2019, ASSART choisit des villes où la jeunesse est confrontée au besoin d’identification à un modèle de société. Elle axe sa thématique sur la célébration des « personnalités » modernes du pays.

En plus du graffiti, cette nouvelle édition s’enrichit donc des divers ateliers pluridisciplinaires, gratuits et ouverts à tous (ateliers de dessins animés, photographies, danses urbaines, calligraphies et musique). Tout un complexe d’activités développé autour d’un message porteur fort : mettre « l’art au service du peuple ». La cible prioritaire reste des jeunes chez qui ce festival pourra susciter une vocation particulière. L’ambition est que d’ici 5 ans, les talents dénichés aujourd’hui puissent s’engager en tant que participants actifs et créateurs pour les prochaines saisons.

La preuve par l’image

C’est ce à quoi s’est employé l’ensemble des organisateurs pendant les 10 jours du festival, où j’ai assisté à la réalisation de fresques murales et à certains ateliers.

À Cotonou, sur le mur à la Place des martyres, quatre jeunes parmi des talents révélés par Irawo sont à l’honneur.

Festival Effet Graff 5 - Fresque de la Place des Marthyrs à Cotonou 2019 - ©nofakeinmynews

À Ouidah, la fresque rend hommage à Oscar Kidjo, créateur du centre CIAMO  décédé quelque temps avant le début du festival. Son portrait figure sur le mur pour saluer l’appui qui a été le sien.


À Comè, en plus de la fresque murale, le centre Carrefour de jeunes a servi de lieu pour la mise en place des divers ateliers dont le graffiti et les danses urbaines.

Festival Effet Graff 5 - Mur réalisé à Comè - 2019 - ©Imagine Bénin

À Grand-Popo, sur les murs de la Villa Karo, le groupe qui a mis en avant des artistes du 7e art Djimon Hounsou et le cinéaste Sylvestre Amoussou

Festival Effet Graff 5 - Mur réalisé à Grand-Popo - 2019 ©Imagine Bénin

Pour clore le tout, les Amazones prennent le relais du mur au Centre à Cotonou, histoire de hisser un peu plus haut La femme, avec l’envie qu’elle serve de référentiel à d’autres générations.

Festival Effet Graff 5 – Amazones – Le Centre Cotonou 2019 – ©nofakeinmynews

La boucle est bouclée.

Mon point de vue

Par manque d’anticipation de mon côté, je n’ai pas pu suivre l’équipe dans sa tournée 24 h/24. Je sais qu’une immersion totale pendant tout le festival aurait été souhaitable pour restituer au mieux la densité et la richesse des moments vécus autour l’événement. Néanmoins le temps passé en leur compagnie à chaque fois me permet de témoigner de la bonne ambiance qui a régné dans cette équipe, de la volonté de se perfectionner et l’investissement dont a fait preuve chacun afin de concrétiser l’objectif de départ.

Festival Effet Graff 5 -Bus et bagages de la team- Comè 2019 - ©nofakeinmynews

J’ai été agréablement surprise par le dynamisme et la hargne qui animait le groupe , conscient des limites qui pouvaient parfois s’ériger en termes de technique, d’organisation ou de matériel. J’ai aimé l’état d’esprit autour d’un événement dont l’expansion est à portée de main et qui pour l’heure reste encore suffisamment à taille humaine pour que le plaisir ressenti ne soit pas feint.

Je suis convaincue que cette aventure connaîtra un bon parcours si ASSART (qui semble avoir l’ambition de faire d’Effet Graff un événement de référence) parvient à attirer dans les prochaines éditions encore plus d’artistes d’envergure venus d’ailleurs pour confronter les expériences de création.

Vilédé GNANVO

En savoir plus

[1] Festival de graffiti en place depuis 2012 au Bénin et piloté entre autres par l’artiste Rafiy Okefolahan
[2] Chiffre issu de la conférence de presse donnée par ASSART le 14 février 2019 

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Aujourd’hui, on voyage exprès d’un coin à l’autre pour admirer les plus belles formes d’art urbain. C’est ce que j’ai fait en me rendant récemment à Bruxelles pour découvrir STROKAR INSIDE ouvert depuis le 6 septembre 2018 en plein centre de la Capitale Européenne.

Depuis plus de 30 ans, l’art urbain ne se limite plus aux murs. Il entre régulièrement dans la scène des galeries d’art, s’approprie des espaces plus ou moins clos. L’underground est plébiscité par le grand public. Beaucoup d’initiatives existent pour permettre aux artistes d’être actifs en s’intégrant dans des projets éphémères, et rendre accessible un art longtemps ostracisé.

STROKAR INSIDE est un exemple de ce type d’initiative. Il a été mis en place par l’association non lucrative Strokar, « fondée en mars 2016, par Alexandra Lambert – CEO de Mad Brussels, fashion and design Platform, et Fred Atax , réalisateur et photoreporter durant 20 ans. » [1]  L’espace étendu sur 5 000 m2 se situe Chaussée de Waterloo et réunit les œuvres de plus d’une centaine d’artistes dans un ancien supermarché Delhaize Molière. C’est « un concept total combinant un musée, une galerie, un espace bar, un shop, des solo shows d’artistes, un skate park, une foire d’art, des expositions, un parcours de fresques, des projections de films et documentaires, des happenings et performances autour du street art et du graffiti à un niveau international. » [2]

Strokar Inside 2018 - @No Fake In My News
Via cet événement, l’objectif est de faire de cette capitale européenne « une plateforme internationale qui atteste de l’écosystème global du street art et de l’art dit urbain ». [3]  Pas étonnant vu l’engouement suscité par cet art qui marche de plus en plus dans les pas de l’art contemporain. Une ville comme Bruxelles se devait de disposer d’un tel référentiel. L’association Strokar s’attelle à cette ambition.

Si au premier contact j’ai eu très peur de l’apparente froideur dans le hall d’accueil (l’espace gagnerait en présence humaine plus chaleureuse) la scénographie dès l’entrée donne à l’ensemble une impulsion indéniable. Je remarque la signature de Joachim Romain, STeW et Vincent Bargis me proposent de danser, ZDEY m’invite à explorer : la découverte peut commencer.

Étendue sur plusieurs niveaux,  l’expo nous plonge  dans les possibilités du street art en tant que discipline. On devine  le dévouement que chaque artiste a mis dans sa création, les heures de « labeur » qu’il y a consacré sans que cela n’altère en rien la spontanéité nécessaire à cet univers. L’œil est guidé de manière agréable sur tout l’espace. Les styles se juxtaposent en laissant entrevoir une fluidité dans le rythme.  Les œuvres exposées sont aussi intéressantes que la lecture des thèmes sociaux du moment qu’elles abordent. Le féminisme est célébré par Lady Jday, le consumérisme, le gaspillage et le recyclage sont dénoncés via  l’installation du collectif Iretge . Alexandre Keto quant à lui rend hommage à l’apport du Congo dans l’histoire Belge, les travailleurs de Jaune sont bien visibles dans le paysage.

La fin du parcours est plus sombre. Nous voilà face  à la réalité de la condition humaine. Les squelettes de KLAAS VAN DER LINDEN se pendent, dansent, s’embrassent, prient ou s’aiment. La mort rôde avec les pochoirs de Dr Bergman ou sous forme allégorique avec YU

Entrer dans cet espace m’a libéré de l’inquiétude du moment, le temps de ma visite d’environ 1h30 qui s’achève sur l’exposition de toiles de 2 grands noms du graffiti new-yorkais : T-KID et Cope2

L’ambition d’ « attirer les plus grands artistes ou des talents montants du Street Art, du Graffiti, de la Peinture et de la Photographie urbaines …et sensibiliser le grand public à la beauté de la discipline », devrait pouvoir se pérenniser sans trop de souci. Le lieu est voué à se renouveler à s’enrichir de la contribution de nouveaux artistes. 

Le supermarché du street art est ouvert, allez y faire vos courses ! 

Vilédé GNANVO

Pour plus d’informations : 
Strokar Inside : 569, Chaussée de Waterloo 1050 Bruxelles.
Le lieu est ouvert du mercredi au dimanche (11 heures – 18 h 30 / 22 heures : bar) pour le grand public.
Pas de date de fin décidée pour le moment

Sources : 
[1] – [2] – [3] http://strokar-inside.com

Regardez l’art dans les yeux !

Regardez l’art dans les yeux !

Nous sommes tellement envahis de flux d’images que de nombreuses œuvres présentes dans le paysage échappent à notre vue. Mais si on prend la peine de bien ouvrir les yeux, on remarquera sur nos murs une grande variété de regards qui nous observent en permanence. Dans cet article, j’ai sélectionné quelques-uns de ceux qui ont attiré le mien, dans l’optique de mettre à l’honneur l’un des 5 sens du corps humain : La vue.

Petit rappel du Sens

La vue nous permet d’observer et d’analyser l’environnement à distance au moyen des rayonnements lumineux. [1] Quant au regard, il symbolise entre autres l’action de porter la vue sur quelqu’un ou quelque chose. [2]  C’est par cette action que j’ai photographié les œuvres de différents artistes que je propose ici, et qui représentent des regards observateurs, charmeurs, interrogateurs, attristés, effacés, désabusés ou encore admiratifs….

Il n’est pas toujours facile de trouver les mots justes pour décrire une expérience visuelle. Je vous épargne donc toutes les sensations que j’ai ressenties en les voyant car L’œil le meilleur ne vaut pas une règle. [3]  Mais outre l’esthétique, elles ont toutes en commun d’avoir provoqué en moi l’espoir d’être au plus près du message qu’a voulu délivrer l’artiste. Pour autant, c’est avec mes émotions du moment que je les ai abordées, ce qui reste je crois la manière la plus honnête de les recevoir.

Le sens du regard

Placé dans le cadre des jeux de séduction, le pouvoir du regard est indéniable car c’est un objet de désir. En tant qu’instrument de communication, le mouvement des yeux peut se substituer à une boussole qui invite ou repousse l’autre à entrer en contact.

Regard de femme par FKDL ©No Fake In My news

Œuvre photographiée sur un mur du 10e arrondissement de Paris. Ce regard de femme est signé FKDL acronyme de Franck Duval. C’est un artiste peintre français, né à Paris en 1963. Spécialiste de l’art scotch et du collage, il rejoint le monde du street art en 2006. Il vit et travaille à Paris où on croise régulièrement sur les murs ses créations colorées, joyeuses et souvent véhiculant des messages positifs.

Pochoir par l'artiste Coco - ©No Fake In My news

Pochoir réalisé par l’artiste Coco , photographié sur les murs de Ménilmontant à Paris. Cette artiste est une étudiante en Histoire et Histoire de l’art, passionnée de dessin et de street-art.

Regard de femme voilée par AFK - ©No Fake In My news

Portrait d’une femme voilée par AFK photographié à Vitry-sur-Seine (94). Sur un mur à coté, l’auteur l’a accompagné du message « Treat her Right Bro ! » . AFK est un artiste, pochoiriste qui vit en Norvège et préfère garder l’anonymat. Il travaille les tons de gris avec une injection subtile des deux couleurs qui marquent sa signature : le rose et violet. Il introduit des questions considérées comme tabou dans la sphère publique afin de pousser à un questionnement sur notre monde conventionnel .

L’essence du regard

À lui seul le regard a le pouvoir de refléter des états d’esprit qui n’ont nul besoin d’être formulés par la parole: la tristesse, l’ataraxie, la peur, l’inquiétude, l’espoir, le questionnement et d’autres encore. Il porte le poids de la pensée. Les interprétations qui l’accompagnent proviennent bien sûr des codes culturels dans lesquels on a évolué. Mais il peut aussi convoquer autour de messages fédérateurs et à ce titre, il est un langage universel.

Ouvriers de Baudin par EvazéSir - ©No Fake In My news

« Ouvriers de Baudin » . Cette installation du duo d’artistes EvazéSir, membre du collectif no rules corp a été réalisée au Mausa . Evazé et Sir sont des acteurs d’art urbain avec leur propre style alliant graffiti, pochoir , collage ou peinture. Très actifs à l’international, ils réalisent des installations et des fresques murales composées de l’univers particulier de chacun, toujours teintées de pointe d’humour.

Papa. C’est quoi l‘argent ? par PBOY - ©No Fake In My news

« Papa. C’est quoi l‘argent ? » Cette fresque représentant un enfant en plein questionnement a été faite par PBOY ( Pascal Boyart ) dans le 19e à Paris. C’est un artiste peintre basé à Paris qui a commencé son parcours en se faisant un nom dans le milieu de l’art urbain. Dans beaucoup de ses réalisations, il questionne la représentation du regard et l’exploration de son potentiel expressif.

"In the eyes" par Big Ben - ©No Fake In My news

« In the eyes » est une œuvre de Big Ben , artiste autodidacte influencé par Bansky et Blek le rat. Il offre un regard à la fois enfantin et terriblement aiguisé sur notre époque via des détournements et autres compositions artistiques, pour un résultat qui déclenche la bonne humeur. On retrouve plusieurs de ses créations sur les murs de Lyon, notamment dans le quartier de la Croix Rousse où ce regard de David Bowie a été photographié.

Le sens par le regard

Et puis il y a les regards qui scintillent et nous ouvrent les portes sur des univers plus abstraits. Entre fiction et réalité, leurs éclats magiques nous dirigent vers une dimension nouvelle dans laquelle nous voulons nous balader. La machine à explorer les rêves se met en marche.

Oeuvre de Marko93 et Averi - ©No Fake In My news

L’œuvre est signée Marko93 aka DarkVapor, le french lighter et Averi . La photo a été prise prise sur les murs du 6b à Saint-Denis (dpt 93) . Marko 93 est artiste issu du graffiti et de la calligraphie depuis les années 80. C’est surtout au début des années 2000 qu’il perfectionne et popularise le procédé du light-painting qui devient aujourd’hui la marque de fabrique de son art. Quant à Averi, c’est un personnage de la scène graffiti de Bretagne depuis le début des années 90. De ses throw-up très identitaires, il humanise ses lettres et se donne aux portraits en “driping” associant formes construites et peintures plus libres. [6]

Oeuvre de Daze - ©No Fake In My news

Œuvre réalisée sur les murs de Vitry sur Seine. Son auteur Chris Daze Ellis a commencé sa carrière en peignant les métros de New York dans le milieu des années soixante-dix alors qu’il fréquentait la High School of Art & Design. Il est l’un des rares artistes de cette période à avoir réussi la transition du métro à l’atelier.

Oeuvre d'Andrew wallas - ©No Fake In My news

Photo prise sur les murs de Montreuil dans le cadre de l’événement It’s gonna be PaintFull III . Son auteur, Andrew Wallas est un artiste autodidacte et polyvalent influencé dès son plus jeune âge par la culture américaine hip-hop. Dans les années quatre-vingt-dix, il décide de se consacrer exclusivement à la peinture. Il est aussi à l’aise avec un pinceau qu’avec une bombe aerosol. Il cherche constamment l’harmonie à travers les formes, les volumes, les ombres et les lumières. [4]

Oeuvre de JALLAL - ©No Fake In My news

Mur réalisé par l’artiste graffeur Jallal membre du Crew LFE (La Fine Équipe) sur la façade de L’ART SEINE 22b quai d Austerlitz Paris 13.

Un petit mot pour finir…

« J’ai la conviction absolue que le sens et l’interprétation d’une œuvre d’art ne sont pas définis une fois pour toutes par l’artiste ni son époque, mais qu’ils sont enrichis par chaque regard, chaque visiteur » Marie Lavandier, directrice du Louvre Lens, historienne de l’art et anthropologue de formation. [5]  

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