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Rencontre avec Elvire Gandji, fondatrice de BoostMakers

Rencontre avec Elvire Gandji, fondatrice de BoostMakers

Alors que tout semble à portée de main via les nouvelles technologies ou les réseaux sociaux, entreprendre de nos jours reste une démarche compliquée tant il manque des facilitateurs pour accélérer les processus de création. C’est exactement sur ce constat que s’est appuyée Elvire GANDJI pour fonder son entreprise BoostMakers , une place de marché de services B2B pour les professionnels.

Sous cette dénomination, il y a le souhait d’ apporter une certaine facilité et fluidité dans les relations fournisseurs – clients. « BoostMakers est une communauté de professionnels de services, les MAKERS, qui partagent le valeurs de confiance, de bienveillance et de respect d’engagement pour générer la recommandation mutuelle d’affaires mutuelle et par leurs clients » .  

Tenace et visionnaire, elle me livre ici les points clés de sa plateforme dans le paysage entrepreneurial et ses perspectives de développement avec en filigrane, la valeur confiance au cœur du dispositif.

Logo BoostMakers


Bonjour Elvire 
Bonjour  

Parle moi un peu des grandes lignes de ton parcours 
Alors, j’ai un master en supply chain managment,  qui est la gestion globale de la logistique, avec une spécialité en systèmes d’information. Il y a quatre ans, j’ai fait un Executive MBA à NEOMA Business School. En termes d’expérience professionnelle j’ai été consultante pendant plus de vingt ans dans les grands cabinets de conseil tel que Cap Gemini . 

D’où te vient cette force d’entreprendre?  
Depuis toute petite j’ai eu envie d’entreprendre et d’assurer une forme d’indépendance. Et pour cela je me suis investie dans plusieurs choses comme la revente d’articles sur internet via Amazon. J’ai eu des velléités d’entreprise parallèlement à mon métier de consultante, donc après mon MBA j’ai décidé de me lancer dans l’aventure et j’ai créé BoostMakers. 

Justement, pourquoi BoostMakers ? 
BoostMakers est née d’une idée simple. Plus de 80 % des entreprises ont du mal à trouver des fournisseurs et plus de 90 % des TPE/PME ignorent les risques encourus lorsqu’elles signent un contrat. Aujourd’hui, quoique nous achetions, services ou produits, on nous demande notre avis. Mais c’est souvent après coup. Cela veut dire qu’on a vécu une expérience et on la partage mais on ne revient pas en arrière. Autrement dit, si on est déçu , on ne peut pas rattraper le coup, on ne peut que partager une expérience.  Du coup, BoostMakers (qui est une plateforme de services) a voulu changer les choses car pour nous, seule une relation de collaboration pérenne et fructueuse permettra de donner son avis après coup, donc d’avoir des indicateurs, (surtout de la confiance) pour pouvoir choisir son fournisseur et une entreprise avec laquelle on a envie de collaborer, d’acheter ou de rester dans une relation commerciale. BoostMakers a créé la Notation Certifiée qui est le résultat d’une évaluation des entreprises qui ont envie de montrer qu’elles sont de confiance. C’est LA place de marché de confiance 

Qu’est-ce qu’une place de marché ? 
Une place de marché c’est comme un marché traditionnel, un marché du dimanche ou type Carrefour. Sauf que cette fois ci, nous sommes en ligne. C’est l’offre et la demande qui se rencontrent en ligne grâce au développement du web 2.0 . Il y a celles des free-lances avec la mise à disposition des compétences. Il y a des places de marchés où on ne vend que des contacts, il y a celles où on vend etc… Mais il y a aussi des places de marché qui s’engagent, elles sont plus rares. C’est le cas de BoostMakers qui  rassemble des fournisseurs de confiance sur une place de marché multi-services. 

Comment se positionne BoostMakers par rapport aux  concurrents ? 
Chez BoostMakers , nous considérons qu’aucune relation pérenne ne peut exister sans confiance. Pour ça, nous créons les conditions de confiance totale basée sur la capacité à satisfaire un client et à respecter ses engagements et nous pensons que pour être dans cette dynamique de façon positive, il faut aussi que le fournisseur soit dans une recherche d’excellence. Cela ne veut pas dire qu’on est forcément excellent mais qu’on se remet en cause, on améliore constamment ce que l’on fait, on tire les leçons des retours d’expérience des clients et on se met au goût du jour. Se mettre au goût du jour c’est faire appel à l’innovation, à la remise en cause de soi, c’est miser sur une bonne formation des salariés. Aujourd’hui, on ne peut pas rester dans la course de la réputation du travail bien fait si on ne se remet pas en question de façon régulière.  
Notre valeur ajoutée à nous  est que nous avons mis en place sur notre plateforme des dispositifs permettant d’auto évaluer les fournisseurs de service pour savoir s’ils sont en mesure de respecter leur engagement et de donner satisfaction à leurs clients. Nous avons créé un environnement de collaboration durable entre clients et fournisseurs.
Concrètement,  pour mettre en relation l’offre et la demande, nous évaluons d’abord la qualité de l’offre et de l’offreur pour que la demande, donc le client ou le porteur de projet ne puisse pas être déçu après la mise en relation. C’est là où se situe notre engagement que nous pouvons appeler la mise en relation sécurisée. Nous sécurisons cette mise en relation par la Notation Certifiée. Ça veut dire que n’importe qui en position d’achat ou porteur de projet aura en sa possession un ensemble de critères pour qualifier son offreur, vendeur ou entreprise fournisseur.

Comment vois-tu BoostMakers dans deux ans?
Quand je me projette, je vois une évolution de notre modèle économique notamment un ancrage de notre système d’autoévaluation d’aujourd’hui. Et BoostMakers à envie à l’avenir de créer un espace d’autoévaluation dynamique, ouvert et adapté aux différents services, en dehors des normes qui sont trop chères et inaccessibles pour certaines entreprises de bonnes volontés mais qui se heurtent à un coût trop élevé. Nous pensons faire évoluer notre système d’évaluation au-delà des seules frontières françaises pour que chaque entreprise puisse s’inspirer de ce que nous proposons pour avoir un commerce éthique, une relation de collaboration gagnante et réduire drastiquement les avis négatifs ou les frustrations des relations commerciales.

Et pour y parvenir, tu as des partenaires aujourd’hui qui te suivent?
Oui bien sûr. Plusieurs partenaires nous suivent puisque dans l’état d’esprit même de la communauté, outre l’autoévaluation, nous avons besoin des auditeurs. Nous en avons plusieurs. Nous avons besoin aussi de plusieurs coachs pour pouvoir accompagner notre communauté. Nous avons fait une levée de fonds et nous avons par exemple aujourd’hui un partenaire comme la BNP qui nous suit. Du coup, nous sommes très bien entourés. 

Donne-moi deux mots pour inciter à s’inscrire su ta plateforme.
Pour le client : Nous lui permettons de faire des économies parce qu’il peut comparer les offres, de trouver les meilleurs fournisseurs car les nôtres détiennent la notation certifiée qui est la confiance. Quant au fournisseur, nous leur permettrons de rejoindre la Communauté des Makers que nous avons mis en place afin que la notation certifiée puisse remplacer l’argument commercial, et que leurs prix soient justifiés. Le but ici c’est qu’il puisse faire du business sans se poser trop de questions parasites et rencontrer leur marché tout simplement. 

C’est très novateur tout ça…  Je ne peux pas te laisser sans te poser un question un peu hors contexte… quoique… . Quel est ton rapport à l’art
Alors… j’adore l’art et plus précisément l’art contemporain. J’adore tout ce qui est création de façon générale, et je félicite surtout l’esprit créatif des gens car cela force le respect. 

Merci
Merci. 

 

Vilédé GNANVO

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

 

Interrompre une femme qui prend la parole, se réapproprier ses propos ou même aller jusqu’à essayer de lui expliquer ce qu’elle pense… Des voix s’élèvent contre une pratique présente depuis longtemps, insidieuse et beaucoup trop minorée.

Les raisons de la colère.

Ces phénomènes se nomment Manterruption ( Hommeterruption ) ou Mansplaining ( Mecsplication ). Ils ont explosé médiatiquement une fois encore outre-manche .

Le plus répandu des termes, « Manterruption » est un néologisme anglais, mélange de Man et Interruption. Apparu ces dernières années mais surtout révélé pendant les élections présidentielles qui ont porté Trump au pouvoir, il désigne la manie qu’ont certains hommes de cDéjà en 2015, Judith Williams conseillère en diversité et ancienne responsable de la formation chez Google a commencé à alerter sur ce phénomène quand elle a interpellé le président exécutif Eric Schmidt sur sa tendance à interrompre à plusieurs reprises une femme avec qui il était censé échanger lors d’une table ronde sur la diversité dans l’industrie tech. Comportement à peine étonnant quand on sait que dans les sociétés Techno, les hommes interrompent deux fois plus la parole que ne le font les femmes.

Pour Judith Williams, si certaines voix ont plus d’échos que d’autres en entreprise, cela réduit d’autant les chances de faire émerger des idées potentiellement novatrices, car ce sont toujours les mêmes catégories qui se font entendre. Une étude de l’Université Brigham Young et de Princeton a révélé que, lors des réunions de conseil d’administration, les hommes dominent à 75 % l’ensemble de la conversation, ce qui fait qu’in fine, c’est à eux que reviennent principalement les prises de décision.

Mais loin d’être confinée à la seule sphère professionnelle, cette tendance touche tous les domaines. Elle pénalise la femme sur le déroulement de sa carrière mais aussi largement sur un plan personnel à savoir la confiance en soi.

Tant et si bien que le Macquarie Dictionary s’interrogeait le 7 juillet dernier sur l’opportunité d’intégrer ou non ce nouveau mot dans le dictionnaire tant il prend de l’importance.

« La soif de dominer s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme »

Combattre le « mâle » à la racine via une appli.

Le compte Instagram de Woman Interrupted App

Cette attitude machiste dans le monde du travail est bel et bien réelle même si elle n’est pas forcément clairement identifiée. Est-ce une volonté d’asseoir définitivement une domination mâle ou juste une mauvaise habitude prise ? Qu’est ce qui fait qu’au travail, une femme ne puisse pas faire une phrase sans être interrompue par un homme ?

C’est un peu pour répondre à ces questions mais surtout pour contrer cette habitude que l’application Woman Interrupted a vu récemment le jour. Lancée par l’agence de publicité BETC Sao Paulo le 7 mars dernier, la veille de la Journée internationale de la femme, la promesse de l’appli c’est qu’il sera possible de recueillir en temps réel le nombre de fois où la voix d’un homme coupe la parole à une femme.

  • Moyen ?

« Pour mener à bien la campagne, l’agence a fait appel à une soixantaine d’artistes venus du monde entier (Inde, Pakistan, France, Italie, UK, USA…) à l’instar de l’artiste Monica Presti ou de l’illustrateur Jorge Tabajara afin qu’ils réalisent des affiches en vue de mettre les projecteurs sur la “Manterruption”. À travers des styles différents de visuels, les créateurs ont fait don de leurs œuvres en illustrant des situations où les femmes se font confisquer la parole. Les affiches dénoncent ce qui les réduit de fait au silence (main sur la bouche, bouches cousues, croix…) avec pour finalité la défense d’une cause commune à différentes femmes. Chaque pays matérialise sa vision du phénomène. Une vidéo existe aussi pour accompagner le lancement de l’appli.

  • Pour qui ?

« Bien qu’elle puisse être utilisée n’importe quand, BETC a créé Woman Interrupted en se concentrant sur la place des femmes sur leur lieu de travail » [1]. Sans doute parce que les évolutions ont plus d’échos dans la société quand elles passent par les sujets sur l’égalité des sexes dans le milieu professionnel. Et c’est un bon début. L’application a pour cœur de cible bien évidemment les femmes à qui on coupe la parole, mais aussi les hommes pour qu’ils prennent conscience du nombre de fois où ils interrompent une conversation.

  • Comment ça marche ?

Chaque utilisateur enregistre sa voix afin que le système puisse la mémoriser et la reconnaître. Puis les conversations sont analysées en arrière-plan de l’appareil via le micro. Pour autant, face aux inquiétudes qui peuvent s’exprimer, l’agence l’assure :  » Aucune conversation n’est enregistrée ou stockée ; tout passe par une automatisation dans l’analyse des données vocales traitées« .

  • Limites ?

Certains y voient le genre de d’initiatives qui peuvent paraître radicales et extrémistes et qui font que de nombreuses femmes refusent de se rallier à la cause féministe. Justement parce qu’elles sont perçues comme futiles car une fois de plus, l’objectif est de promouvoir des « droits égaux » par le biais de « voix égales ».

« Peu importent nos divergences, être femme doit nous rassembler. »

La méthode douce, toujours…

Ilustration de @studiopamelitas

De manière plus pragmatique, il s’agit pour les employeurs de se saisir de cette problématique, d’admettre sa réalité afin d’aider à la corriger.

La dirigeante de la société Nextions, Arin Reeves qui intervient sur les problématiques de l’intégration en entreprise exhorte ses clients repenser la façon dont les réunions sont menées. Une de ses suggestions est: plutôt que de lancer une question et d’attendre que quelqu’un s’exprime, la personne qui dirige la réunion pourrait faire le tour de la table et passer un objet à celui qui prend la parole. Tant que ce dernier a l’objet, il garde aussi la parole que personne n’est autorisé à couper. Cette règle quoique gênante au début, pourrait rapidement inscrire une nouvelle norme et favoriser l’équilibre des interventions de chacun. Le meneur des débat est ainsi garant d’un temps d’intervention égal et équitable pour tous.

Une autre méthode pourrait consister à épingler sur un tableau blanc ou sur la table de conférence une note bien visible qui invite tous les participants à éviter toute forme d’interruptions.

Dans la même logique, Judith Williams a recommandé des méthodes semblables, par exemple en prenant des mesures et en proposant une charte «zéro interruption» au début de chaque réunion.

On le voit bien, beaucoup de choses sont à faire dans le domaine. Et si pour certain il n’y a pas d’urgence en la matière, il faut quand même impulser une dynamique car le changement surviendra lorsque beaucoup de femmes auront su gagner le leadership dans des initiatives d’impact mondial.

La liberté d’expression c’est bien. Celle de l’expression jusqu’au bout est encore mieux.

Vilédé GNANVO

#LFFTF : quand la tech rencontre la mode…

#LFFTF : quand la tech rencontre la mode…

 

Du 29 juin au 2 juillet à la Gaîté Lyrique se tenait la deuxième édition du Look Foward Fashion Tech Festival dédié à l’univers technologique et innovant des « wearables » [1]. Donner un aperçu du virage pris par la Fashion Tech, c’était l’enjeu de ce festival riche par ce qui constituait l’exposition mais aussi par les conférences qui sont venues ponctuer son déroulement. Beaucoup de tech, pas mal d’évocations de l’expérience client dans les prises de parole diverses, un peu de mode… : c’est ce à quoi j’ai assisté entre émerveillement et questionnement pendant le week-end.

Mode et technologies.

Parmi les intervenants, nombreux s’accordent sur le fait que l’horizon pour les créateurs ou marques est de plus en plus vaste en termes d’innovation. La digitalisation qui touche tous les secteurs n’a pas raté cette industrie. Plusieurs technologies conserveront un impact fort pour les années à venir : les impressions 3D, la RFID, la reconnaissance faciale, la réalité virtuelle ou augmentée, l’intelligence artificielle.

Du côté des consommateurs, de nouveaux usages se font sentir. Les tendances et les attentes sont à l’hyperpersonnalisation de l’offre. Les marques cherchent à devancer la potentielle demande du client. Selon l’experte Sissi Johnson « Pour le business du wearable et en général, l’IA et l’humanisation de la technologie seront les clés de demain. On ne peut mesurer ni l’émotion ni les sentiments mais tout engagement commence par la conversation ». Le contact humain reste donc une vraie valeur ajoutée et le plus gros challenge réside dans le lien. Ainsi, les retailers imaginent des structures capables de recueillir les informations nécessaires pour fluidifier la passerelle entre l’objet et le consommateur afin de créer du vrai sur mesure.

Au-delà de la distribution, toutes ces technologies arrivent dans le monde de la mode pour révolutionner les matières, les fibres. Même si elles interviennent déjà dans d’autres périmètres de l’industrie, elles restent un champ d’exploitation inestimable pour les vêtements tout en interrogeant un large spectre de sujets qui font débat.

À travers l’exposition qui était présentée, j’ai pu noter que le festival se voulait le reflet des préoccupations de la société dont cette industrie s’est appropriée : l’environnement, la gestion données, l’appropriation du corps et de l’espace, la place de l’individu dans un monde qui se virtualise sans limite et à grande vitesse, la dématérialisation. Quelques-unes des créations ont particulièrement retenu mon attention.

Voici donc quelques exemples de projets.

Veste anti-surveillance créee par le collectif KOVR - ©No Fake In My News

1- Le manteau Anti-Surveillance..
Crée par les artistes Marcha Schagen et Léon Baauw qui composent à eux deux le collectif KOVR , l’objectif est d’alerter sur les difficultés à contrôler nos propres données personnelles. Le manteau se positionne en rempart de nos données. Il est composé de « tissus métallifères qui font bouclier contre les ondes et les radiations et rendent indétectables les puces des objets que nous portons sur nous ».

Nous inciter à nous approprier nos propres informations et les protéger en prenant contrôle, c’est aussi la démarche visée dans la création de l’écharpe ISHU développée par Saif Siddiqui ISHU pour permettre d’échapper aux Paparazzis ( innovation non représentée ici, mais évoquée lors des débats).

 

 

2- La robe de Galina Mihaleva.
Avec cette robe connectée, l’artiste Galina Mihaleva via son projet Tranquillitie veut sensibiliser sur la pollution et ce qui nous entoure. Les capteurs et LEDs permettent au porteur de visualiser l’état de pollution sonore d’une ville grâce à la connexion au casque de VR (réalité virtuelle). On retrouve ici à travers ce projet, la mise en avant d’une des problématiques majeurs à savoir le respect de l’environnement et les adaptations nécessaires pour changer la donne.

De manière plus globale, d’autres marques ont travaillé sur des vêtements intelligents qui réagissent en fonction de la qualité de l’air ou de l’environnement. C’est le cas par exemple des masques à filtres de la marque Respro pour les pratiquants de deux roues.

 

 

La robe de Galina Mihaleva - Projet tranquillitie - ©No Fake In My News
KG project par l'artiste Kailu Guan - ©No Fake In My News

 

3- Le KG Project.
L’artiste Kailu Guan met en avant la relation possible entre l’expression de la mode et celle de la réalité augmentée. Il utilise la technique de la sérigraphie. Grâce au smartphone et à l’expérience interactive proposée, les motifs du vêtement se prolongent au-delà des contours du corps pour devenir des surfaces interfaces.

La dématérialisation s’invite au cœur du débat. Dans un monde où tout se digitalise, inventer un mode de communication et un langage adapté devient un enjeu majeur, laissant libre court à l’imagination de chacun.

 

 

4- Le manteau Sacré Cœur.
Ici, la création est de l’artiste Stijn Ossevoort . Les vêtements augmentés sont la continuation de notre corps. Ce manteau connecté à son porteur recueille les données. Grâce à un capteur électrocardiogramme et un microprocesseur, le cœur artificiel reconnaît et reproduit la fréquence cardiaque de son porteur prolongeant ainsi l’action du corps sur l’objet. Saisir l’émotion rentre en jeu.

Manteau Sacré Coeur par l’artiste Stijn Ossevoort - ©No Fake In My News

 

Bien au-delà de ces 4 exemples, il existe d’autres innovations représentées ici ou ailleurs. Elles oscillent autour du fait que notre peau devient notre nouvelle interface avec des objets connectés à notre quotidien : on peut citer le cas des tatouages intelligents comme le Duo Skin développé récemment par Microsoft. D’autres recherches essaient de réduire toute émotion de l’individu en anticipant les moments de stress, d’angoisse ou de peur.

Malgré tout l’émerveillement suscité par les progrès technologiques et innovation, plusieurs interrogations sont là auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre.

Questionnements. 

– Même s’il existe de nombreux projets dans lesquels la technologie se met au service de l’usage ou d’une bonne cause, leur utilité à long terme n’est pas toujours prévisible. Il arrive souvent qu’on se retrouve avec des projets et lancements de produits qui ne voient jamais le jour. Si on prend l’exemple des montres intelligentes ou plus récemment celui de la Google Glass, on constate que malgré la promotion faite autour de ces objets cela n’a pas marché car les marques n’ont pas suivi la technologie. Il est donc nécessaire pour tous les observateurs (notamment le relais médiatique) de prendre un peu de recul et de dissocier ce qui est annoncé à coups de communication juste pour faire du buzz, de ce qui va réellement révolutionner les pratiques et connaîtra un bel avenir.

– Qui aura la maîtrise des données (qui constituent un vivier d’informations sur le consommateur) produites par tous ces connectés ? Pour le moment, il est à noter que ce sont surtout des collectifs indépendants qui lancent la majorité des projets. Mais Les GAFAM [2] sont de plus en plus présents sur ces créneaux et sont des sources de financement non négligeables. D’où le questionnement sur l’usage qui pourra se faire de la collecte des informations qu’une petite partie des acteurs économiques détiendra.

– À un moment donné, les questions éthiques risquent de faire leur apparition. Selon Gaël Clouzard du magazine INfluencia , on est arrivé à un point où la société pousse des créateurs à imaginer des vêtements qui nous protègent contre la fuite de nos données, ou la protection de notre image. Ce sont là des indicateurs intéressants des failles et des dérives que les évolutions technologiques engendrent. Pour voir la même problématique sous un regard moins alarmiste d’autres arguent que réfléchir sur ses techniques servent aussi à nous sensibiliser sur ce qui est important avant qu’il ne soit trop tard. (Matthieu Vetter, CEO de SILEX ID).

-Comme on le sait, à la base, on utilise la technologie pour répondre à des problématiques. Mais quand on attend de la machine qu’elle répare la faille humaine, les effets pervers du transhumanisme et donc de l’eugénisme ne sont jamais bien loin. Le commencement de la machine dans la fin de l’homme ?

Ce que je pense.

Cette industrie est en pleine évolution. À titre d’exemple par l’ANDAM a créé cette année le prix de l’innovation pour favoriser l’adaptation de la création et des marques aux évolutions technologiques.
Bien évidemment pour la fashionista que je suis, j’ai vécu les deux jours passés à ce festival avec autant d’inquiétudes que d’enthousiasme.

D’un côté, je suis consciente que seule une très faible proportion d’entre nous se sentira concernée par des problématiques comme l’écharpe anti paparazzi (n’est pas star qui veut). Et en pleine IOTISATION [3] de la société, le tout sera de savoir quelle part du gâteau les GAFAM, ogres dévorant les secteurs l’industrie, vont s’engloutir. N’y a-t-il pas un risque que l’individu soit relégué un peu plus dans l’anonymat et reste dénué de tout pouvoir de décisions sur lui-même ?

De l’autre, j’y ai vu une course vers quelque chose de plus en plus impalpable mais qui reste exaltant. Il est clair que des vêtements innovants détectant les maux de la planète et de ses chers habitants ne peuvent que provoquer ma satisfaction. Cela m’a donné envie d’être déjà dans 20 ans pour savoir quels prototypes ont vu le jour, quels objets se sont pérennisés et surtout quelles innovations ont fait avancer les causes importantes dans leurs usages de tous les jours.

Ceci étant dit, à titre personnel, si je pouvais disposer d’une combinaison que je revêtirai tous les jours pendant 5 minutes et qui me garantira pour les 50 prochaines années l’état physique et mental dans lequel je suis aujourd’hui, je ne le bouderai pas. Je pourrai ainsi mourir tranquillement après 90 ans avec la certitude d’avoir bien vieilli…

Avis aux investisseurs et autres créateurs !

Vilédé GNANVO

Sources

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Technologie_portable
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/GAFAM
[3] Origine : Francisation de IoT (prononcer « AÏ – O- TI ) C’est l’ abréviation anglaise de Internet of Thing qui veut dire Internet des Objets
L’élégance antipollution. Par Arnaud Pagès
L’ANDAM prend le virage de la « fashion tech ». Par Caroline Rousseau. Le Monde du 4 juillet 2017 P19
Objets connectés: l' »aïotisation » gagne l’industrie 

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Toxique Doxing

Toxique Doxing

J’ai toujours pensé que je serai victime de doxing par des petits merdeux, mais c’était sans compter sur l’efficacité 100 fois supérieure des journalistes

C’est par cette phrase que l’informaticien qui a réussi à stopper la cyberattaque géante du mois dernier (WannaCry) a fait savoir son écœurement après que des journalistes britanniques aient déniché suffisamment d’informations en ligne pour identifier et révéler qui il était, alors qu’il ne voulait pas sortir de l’anonymat.

En très peu de temps, il a assisté à l’étalage de toute sa vie dans les tabloïds, à la mise en pâture des informations sur ses amis et sa famille. Peu importe que le seul sujet qui vaille soit la manière dont il a pu freiner une énorme cyberattaque dévastatrice grâce à son expertise.

Bienvenue dans les travers d’une pratique née au Etats Unis et qui devrait prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir, y compris en France : le Doxing.

Qu’est-ce que le Doxxing ?

Le Doxing (ou Doxxing ) consiste à identifier et publier des informations privées ou difficiles à obtenir sur un individu, avec l’intention de lui nuire.

Ce terme a fait son apparition dans l’Oxford English Dictionary en 2014. À l’origine, le mot DOX était utilisé par les informaticiens comme une abréviation de « docs » (pour « documents »). Le terme Doxing découle de l’argot «dopping dox», lié selon l’écrivaine Wired Mat Honan à une « une tactique de revanche des pirates dans les années 1990 » . En 2000, sa signification s’est élargie à la révélation de l’identité d’un internaute, pour finalement en 2008 prendre la définition répandue actuellement à savoir une méthode de harcèlement par la publication d’informations privées en ligne sur un individu.

Quel public est visé ?

Aucun utilisateur du net n’est à l’abri du doxing. Qu’on soit particulier anonyme, people, personnalités publiques ou dirigeants d’entreprise, toute profusion d’informations sur le net peut à tout moment mener quelqu’un à lever le voile sur votre identité en révélant des noms complets, des adresses professionnelles ou privées, des numéros de téléphone, des photos, des noms d’utilisateur … tout ce qu’on pensait avoir mis dans une « case privée ».

Dans quel contexte et comment ça se développe ?

L’un des avantages que nous croyons avoir sur internet est de pouvoir agir en tout anonymat en postant des commentaires, en alimentant du contenu ou en faisant de la veille sur des thématiques qui nous intéressent. Le doxing nous met clairement en face de ce leurre. Pour quiconque s’y connaissant un peu en informatique, il peut être assez facile de tracer un individu en ligne et de révéler son identité. Il suffit d’avoir le temps, l’accès à internet et être capable de croiser et analyser plusieurs informations. Car finalement sur le net, nous laissons constamment de précieux indices sur nous qu’on peut retrouver via:

  • Une recherche de localisation du nom de domaine d’un site ou blog.
  • Les informations laissées par les utilisateurs qui alimentent régulièrement les réseaux sociaux sur leurs hobbies, parcours, déplacement, achat…
  • Le fait d’avoir le même pseudonyme sur plusieurs plateformes différentes.
  • Toutes les données officielles qui peuvent être collectées et qui sont disponibles par recherche simple dans Google (ex : diplômes, courses genre marathon, pétitions en ligne..).
  • Des collectes d’info sur les annuaires inversés en ligne . Il existe de nombreux services en ligne qui fournissent l’accès aux informations personnelles d’une personne donnée en fonction de son téléphone, son nom et son adresse électronique.

3 exemples de Doxing.

Parmi ceux qui ont eu un écho médiatique ces dernières années, on peut citer :

1 – En décembre 2015, la conseillère de la ville de Minneapolis, Alondra Cano qui a utilisé son compte Twitter pour publier des numéros de téléphones portables privés et des mails de critiques qui ont écrit sur son implication dans un rassemblement Black Lives Matter . [1]

2 – En 2016, l’annonceur Fox Business Lou Dobbs qui a révélé l’adresse et le numéro de téléphone de Jessica Leeds, une des femmes ayant accusé Donald Trump d’avances sexuelles inappropriées. [2]

3 – En 2015, le site de rencontres adultérines Ashley Madison qui a connu un scandale. Un groupe de pirates informatiques « The Impact Team » a publié des données sensibles (pour dénoncer les failles de sécurité dues notamment à la conservation des données des clients) sur les utilisateurs, ce qui causa pour des millions de personnes un vrai embarras et une atteinte à leur réputation personnelle et professionnelle.

Qui a recours au doxing ?

A travers ces exemples on se rend aussi compte que derrière cette pratique, il n’y a pas seulement la motivation de nuire. On rencontre aussi des justiciers. C’est le cas de ceux qui divulguent l’identité des racistes ou des « trollers » afin de les pousser à arrêter leurs activités nocives en ligne.

Cela part d’une démarche très louable de « robin des bois moraux », mais la frontière avec la loi quand on commence à s’attaquer aux adresses IP de personnes tierces est très faible. Et ce n’est pas parce qu’on veut faire du bien qu’on a le droit d’enfreindre a loi. Il vaut mieux passer par les outils légaux qui sont à disposition pour combattre ce phénomène.

Quel recours et comment lutter contre?

En France, il existe un site mis en place par le Ministère de l’Intérieur pour signaler toute dérive dont on serait victime sur internet.

Mais pour se prémunir au maximum du doxing, mieux vaut commencer soi-même par faire attention à ce qu’on poste sur la toile ou ce que d’autres mettent sur nous. Idéalement, il faut laisser le moins de traces possible sur son parcours et se doter des meilleures protections anti firewall. Parallèlement, quelques mesures basiques peuvent permettre de limiter les risques.

1- S’assurer que les photos personnelles envoyées sur des albums numériques comme « Picasa » soient bien paramétrées et réservées à un usage privé.

2- Il en est de même pour tous les profils qu’on cherchera à créer sur les réseaux sociaux. On peut en maximiser les paramètres de confidentialité et restreindre leur exploitation à une sphère privée non détectable par les moteurs de recherche.

3- Il vaut mieux utiliser des adresses de messagerie différentes selon les comptes qu’on possède et des identifiants distincts selon le type d’activité à laquelle l’on souscrit (ex : jeu, la participation au forum, les comptes bancaires, etc.).

Ces quelques mesures sont à la portée de tous et peuvent être prises afin de se protéger, même si comme on le sait, il pourra toujours y avoir quelqu’un capable de les anéantir.

Perspectives d’avenir.

Et ce ne sont pas les développements des nouvelles technologies comme la reconnaissance faciale, l’identification via les tatouages (qui par ailleurs fournissent bien plus d’infos sur les caractéristiques d’un individu) , l’essor des objets connectés ou encore la biométrie qui vont réduire les recours du doxing. Un site comme FindFace permet à quiconque de prendre pratiquement n’importe quelle photo d’une personne et de l’associer à ses profils sur le réseau social russe, VKontake. Cette appli est un exemple des techniques servies sur un plateau en or pouvant favoriser la pratique du doxing.

Si avec des algorithmes on arrive à reconnaître des visages avec une fiabilité proche des 100%, (en croisant les données) on devine la menace pour bien des secteurs d’activité comme les nombreux sites de rencontre ou érotiques, des gens travaillant pour la sécurité ….et qui n’ont absolument aucune envie d’être identifiés.

Mais on peut aussi rester positif en se disant que la technologie émergente sera mise au service de la défense de nos droits et aidera à réduire les velléités de doxing « négatif ». Car le doxing peut aussi permettre d’aider la justice à traquer des actions illégales qui se déroulent sur le web, à révéler des choses dans le cadre des différents dispositifs de sécurité.

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