Tech – Tendances

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

 

Interrompre une femme qui prend la parole, se réapproprier ses propos ou même aller jusqu’à essayer de lui expliquer ce qu’elle pense… Des voix s’élèvent contre une pratique présente depuis longtemps, insidieuse et beaucoup trop minorée.

Les raisons de la colère.

Ces phénomènes se nomment Manterruption ( Hommeterruption ) ou Mansplaining ( Mecsplication ). Ils ont explosé médiatiquement une fois encore outre-manche .

Le plus répandu des termes, « Manterruption » est un néologisme anglais, mélange de Man et Interruption. Apparu ces dernières années mais surtout révélé pendant les élections présidentielles qui ont porté Trump au pouvoir, il désigne la manie qu’ont certains hommes de cDéjà en 2015, Judith Williams conseillère en diversité et ancienne responsable de la formation chez Google a commencé à alerter sur ce phénomène quand elle a interpellé le président exécutif Eric Schmidt sur sa tendance à interrompre à plusieurs reprises une femme avec qui il était censé échanger lors d’une table ronde sur la diversité dans l’industrie tech. Comportement à peine étonnant quand on sait que dans les sociétés Techno, les hommes interrompent deux fois plus la parole que ne le font les femmes.

Pour Judith Williams, si certaines voix ont plus d’échos que d’autres en entreprise, cela réduit d’autant les chances de faire émerger des idées potentiellement novatrices, car ce sont toujours les mêmes catégories qui se font entendre. Une étude de l’Université Brigham Young et de Princeton a révélé que, lors des réunions de conseil d’administration, les hommes dominent à 75 % l’ensemble de la conversation, ce qui fait qu’in fine, c’est à eux que reviennent principalement les prises de décision.

Mais loin d’être confinée à la seule sphère professionnelle, cette tendance touche tous les domaines. Elle pénalise la femme sur le déroulement de sa carrière mais aussi largement sur un plan personnel à savoir la confiance en soi.

Tant et si bien que le Macquarie Dictionary s’interrogeait le 7 juillet dernier sur l’opportunité d’intégrer ou non ce nouveau mot dans le dictionnaire tant il prend de l’importance.

« La soif de dominer s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme »

Combattre le « mâle » à la racine via une appli.

Le compte Instagram de Woman Interrupted App

Cette attitude machiste dans le monde du travail est bel et bien réelle même si elle n’est pas forcément clairement identifiée. Est-ce une volonté d’asseoir définitivement une domination mâle ou juste une mauvaise habitude prise ? Qu’est ce qui fait qu’au travail, une femme ne puisse pas faire une phrase sans être interrompue par un homme ?

C’est un peu pour répondre à ces questions mais surtout pour contrer cette habitude que l’application Woman Interrupted a vu récemment le jour. Lancée par l’agence de publicité BETC Sao Paulo le 7 mars dernier, la veille de la Journée internationale de la femme, la promesse de l’appli c’est qu’il sera possible de recueillir en temps réel le nombre de fois où la voix d’un homme coupe la parole à une femme.

  • Moyen ?

« Pour mener à bien la campagne, l’agence a fait appel à une soixantaine d’artistes venus du monde entier (Inde, Pakistan, France, Italie, UK, USA…) à l’instar de l’artiste Monica Presti ou de l’illustrateur Jorge Tabajara afin qu’ils réalisent des affiches en vue de mettre les projecteurs sur la “Manterruption”. À travers des styles différents de visuels, les créateurs ont fait don de leurs œuvres en illustrant des situations où les femmes se font confisquer la parole. Les affiches dénoncent ce qui les réduit de fait au silence (main sur la bouche, bouches cousues, croix…) avec pour finalité la défense d’une cause commune à différentes femmes. Chaque pays matérialise sa vision du phénomène. Une vidéo existe aussi pour accompagner le lancement de l’appli.

  • Pour qui ?

« Bien qu’elle puisse être utilisée n’importe quand, BETC a créé Woman Interrupted en se concentrant sur la place des femmes sur leur lieu de travail » [1]. Sans doute parce que les évolutions ont plus d’échos dans la société quand elles passent par les sujets sur l’égalité des sexes dans le milieu professionnel. Et c’est un bon début. L’application a pour cœur de cible bien évidemment les femmes à qui on coupe la parole, mais aussi les hommes pour qu’ils prennent conscience du nombre de fois où ils interrompent une conversation.

  • Comment ça marche ?

Chaque utilisateur enregistre sa voix afin que le système puisse la mémoriser et la reconnaître. Puis les conversations sont analysées en arrière-plan de l’appareil via le micro. Pour autant, face aux inquiétudes qui peuvent s’exprimer, l’agence l’assure :  » Aucune conversation n’est enregistrée ou stockée ; tout passe par une automatisation dans l’analyse des données vocales traitées« .

  • Limites ?

Certains y voient le genre de d’initiatives qui peuvent paraître radicales et extrémistes et qui font que de nombreuses femmes refusent de se rallier à la cause féministe. Justement parce qu’elles sont perçues comme futiles car une fois de plus, l’objectif est de promouvoir des « droits égaux » par le biais de « voix égales ».

« Peu importent nos divergences, être femme doit nous rassembler. »

La méthode douce, toujours…

Ilustration de @studiopamelitas

De manière plus pragmatique, il s’agit pour les employeurs de se saisir de cette problématique, d’admettre sa réalité afin d’aider à la corriger.

La dirigeante de la société Nextions, Arin Reeves qui intervient sur les problématiques de l’intégration en entreprise exhorte ses clients repenser la façon dont les réunions sont menées. Une de ses suggestions est: plutôt que de lancer une question et d’attendre que quelqu’un s’exprime, la personne qui dirige la réunion pourrait faire le tour de la table et passer un objet à celui qui prend la parole. Tant que ce dernier a l’objet, il garde aussi la parole que personne n’est autorisé à couper. Cette règle quoique gênante au début, pourrait rapidement inscrire une nouvelle norme et favoriser l’équilibre des interventions de chacun. Le meneur des débat est ainsi garant d’un temps d’intervention égal et équitable pour tous.

Une autre méthode pourrait consister à épingler sur un tableau blanc ou sur la table de conférence une note bien visible qui invite tous les participants à éviter toute forme d’interruptions.

Dans la même logique, Judith Williams a recommandé des méthodes semblables, par exemple en prenant des mesures et en proposant une charte «zéro interruption» au début de chaque réunion.

On le voit bien, beaucoup de choses sont à faire dans le domaine. Et si pour certain il n’y a pas d’urgence en la matière, il faut quand même impulser une dynamique car le changement surviendra lorsque beaucoup de femmes auront su gagner le leadership dans des initiatives d’impact mondial.

La liberté d’expression c’est bien. Celle de l’expression jusqu’au bout est encore mieux.

Vilédé GNANVO

#LFFTF : quand la tech rencontre la mode…

#LFFTF : quand la tech rencontre la mode…

 

Du 29 juin au 2 juillet à la Gaîté Lyrique se tenait la deuxième édition du Look Foward Fashion Tech Festival dédié à l’univers technologique et innovant des « wearables » [1]. Donner un aperçu du virage pris par la Fashion Tech, c’était l’enjeu de ce festival riche par ce qui constituait l’exposition mais aussi par les conférences qui sont venues ponctuer son déroulement. Beaucoup de tech, pas mal d’évocations de l’expérience client dans les prises de parole diverses, un peu de mode… : c’est ce à quoi j’ai assisté entre émerveillement et questionnement pendant le week-end.

Mode et technologies.

Parmi les intervenants, nombreux s’accordent sur le fait que l’horizon pour les créateurs ou marques est de plus en plus vaste en termes d’innovation. La digitalisation qui touche tous les secteurs n’a pas raté cette industrie. Plusieurs technologies conserveront un impact fort pour les années à venir : les impressions 3D, la RFID, la reconnaissance faciale, la réalité virtuelle ou augmentée, l’intelligence artificielle.

Du côté des consommateurs, de nouveaux usages se font sentir. Les tendances et les attentes sont à l’hyperpersonnalisation de l’offre. Les marques cherchent à devancer la potentielle demande du client. Selon l’experte Sissi Johnson « Pour le business du wearable et en général, l’IA et l’humanisation de la technologie seront les clés de demain. On ne peut mesurer ni l’émotion ni les sentiments mais tout engagement commence par la conversation ». Le contact humain reste donc une vraie valeur ajoutée et le plus gros challenge réside dans le lien. Ainsi, les retailers imaginent des structures capables de recueillir les informations nécessaires pour fluidifier la passerelle entre l’objet et le consommateur afin de créer du vrai sur mesure.

Au-delà de la distribution, toutes ces technologies arrivent dans le monde de la mode pour révolutionner les matières, les fibres. Même si elles interviennent déjà dans d’autres périmètres de l’industrie, elles restent un champ d’exploitation inestimable pour les vêtements tout en interrogeant un large spectre de sujets qui font débat.

À travers l’exposition qui était présentée, j’ai pu noter que le festival se voulait le reflet des préoccupations de la société dont cette industrie s’est appropriée : l’environnement, la gestion données, l’appropriation du corps et de l’espace, la place de l’individu dans un monde qui se virtualise sans limite et à grande vitesse, la dématérialisation. Quelques-unes des créations ont particulièrement retenu mon attention.

Voici donc quelques exemples de projets.

Veste anti-surveillance créee par le collectif KOVR - ©No Fake In My News

1- Le manteau Anti-Surveillance..
Crée par les artistes Marcha Schagen et Léon Baauw qui composent à eux deux le collectif KOVR , l’objectif est d’alerter sur les difficultés à contrôler nos propres données personnelles. Le manteau se positionne en rempart de nos données. Il est composé de « tissus métallifères qui font bouclier contre les ondes et les radiations et rendent indétectables les puces des objets que nous portons sur nous ».

Nous inciter à nous approprier nos propres informations et les protéger en prenant contrôle, c’est aussi la démarche visée dans la création de l’écharpe ISHU développée par Saif Siddiqui ISHU pour permettre d’échapper aux Paparazzis ( innovation non représentée ici, mais évoquée lors des débats).

 

 

2- La robe de Galina Mihaleva.
Avec cette robe connectée, l’artiste Galina Mihaleva via son projet Tranquillitie veut sensibiliser sur la pollution et ce qui nous entoure. Les capteurs et LEDs permettent au porteur de visualiser l’état de pollution sonore d’une ville grâce à la connexion au casque de VR (réalité virtuelle). On retrouve ici à travers ce projet, la mise en avant d’une des problématiques majeurs à savoir le respect de l’environnement et les adaptations nécessaires pour changer la donne.

De manière plus globale, d’autres marques ont travaillé sur des vêtements intelligents qui réagissent en fonction de la qualité de l’air ou de l’environnement. C’est le cas par exemple des masques à filtres de la marque Respro pour les pratiquants de deux roues.

 

 

La robe de Galina Mihaleva - Projet tranquillitie - ©No Fake In My News
KG project par l'artiste Kailu Guan - ©No Fake In My News

 

3- Le KG Project.
L’artiste Kailu Guan met en avant la relation possible entre l’expression de la mode et celle de la réalité augmentée. Il utilise la technique de la sérigraphie. Grâce au smartphone et à l’expérience interactive proposée, les motifs du vêtement se prolongent au-delà des contours du corps pour devenir des surfaces interfaces.

La dématérialisation s’invite au cœur du débat. Dans un monde où tout se digitalise, inventer un mode de communication et un langage adapté devient un enjeu majeur, laissant libre court à l’imagination de chacun.

 

 

4- Le manteau Sacré Cœur.
Ici, la création est de l’artiste Stijn Ossevoort . Les vêtements augmentés sont la continuation de notre corps. Ce manteau connecté à son porteur recueille les données. Grâce à un capteur électrocardiogramme et un microprocesseur, le cœur artificiel reconnaît et reproduit la fréquence cardiaque de son porteur prolongeant ainsi l’action du corps sur l’objet. Saisir l’émotion rentre en jeu.

Manteau Sacré Coeur par l’artiste Stijn Ossevoort - ©No Fake In My News

 

Bien au-delà de ces 4 exemples, il existe d’autres innovations représentées ici ou ailleurs. Elles oscillent autour du fait que notre peau devient notre nouvelle interface avec des objets connectés à notre quotidien : on peut citer le cas des tatouages intelligents comme le Duo Skin développé récemment par Microsoft. D’autres recherches essaient de réduire toute émotion de l’individu en anticipant les moments de stress, d’angoisse ou de peur.

Malgré tout l’émerveillement suscité par les progrès technologiques et innovation, plusieurs interrogations sont là auxquelles il n’est pas toujours facile de répondre.

Questionnements. 

– Même s’il existe de nombreux projets dans lesquels la technologie se met au service de l’usage ou d’une bonne cause, leur utilité à long terme n’est pas toujours prévisible. Il arrive souvent qu’on se retrouve avec des projets et lancements de produits qui ne voient jamais le jour. Si on prend l’exemple des montres intelligentes ou plus récemment celui de la Google Glass, on constate que malgré la promotion faite autour de ces objets cela n’a pas marché car les marques n’ont pas suivi la technologie. Il est donc nécessaire pour tous les observateurs (notamment le relais médiatique) de prendre un peu de recul et de dissocier ce qui est annoncé à coups de communication juste pour faire du buzz, de ce qui va réellement révolutionner les pratiques et connaîtra un bel avenir.

– Qui aura la maîtrise des données (qui constituent un vivier d’informations sur le consommateur) produites par tous ces connectés ? Pour le moment, il est à noter que ce sont surtout des collectifs indépendants qui lancent la majorité des projets. Mais Les GAFAM [2] sont de plus en plus présents sur ces créneaux et sont des sources de financement non négligeables. D’où le questionnement sur l’usage qui pourra se faire de la collecte des informations qu’une petite partie des acteurs économiques détiendra.

– À un moment donné, les questions éthiques risquent de faire leur apparition. Selon Gaël Clouzard du magazine INfluencia , on est arrivé à un point où la société pousse des créateurs à imaginer des vêtements qui nous protègent contre la fuite de nos données, ou la protection de notre image. Ce sont là des indicateurs intéressants des failles et des dérives que les évolutions technologiques engendrent. Pour voir la même problématique sous un regard moins alarmiste d’autres arguent que réfléchir sur ses techniques servent aussi à nous sensibiliser sur ce qui est important avant qu’il ne soit trop tard. (Matthieu Vetter, CEO de SILEX ID).

-Comme on le sait, à la base, on utilise la technologie pour répondre à des problématiques. Mais quand on attend de la machine qu’elle répare la faille humaine, les effets pervers du transhumanisme et donc de l’eugénisme ne sont jamais bien loin. Le commencement de la machine dans la fin de l’homme ?

Ce que je pense.

Cette industrie est en pleine évolution. À titre d’exemple par l’ANDAM a créé cette année le prix de l’innovation pour favoriser l’adaptation de la création et des marques aux évolutions technologiques.
Bien évidemment pour la fashionista que je suis, j’ai vécu les deux jours passés à ce festival avec autant d’inquiétudes que d’enthousiasme.

D’un côté, je suis consciente que seule une très faible proportion d’entre nous se sentira concernée par des problématiques comme l’écharpe anti paparazzi (n’est pas star qui veut). Et en pleine IOTISATION [3] de la société, le tout sera de savoir quelle part du gâteau les GAFAM, ogres dévorant les secteurs l’industrie, vont s’engloutir. N’y a-t-il pas un risque que l’individu soit relégué un peu plus dans l’anonymat et reste dénué de tout pouvoir de décisions sur lui-même ?

De l’autre, j’y ai vu une course vers quelque chose de plus en plus impalpable mais qui reste exaltant. Il est clair que des vêtements innovants détectant les maux de la planète et de ses chers habitants ne peuvent que provoquer ma satisfaction. Cela m’a donné envie d’être déjà dans 20 ans pour savoir quels prototypes ont vu le jour, quels objets se sont pérennisés et surtout quelles innovations ont fait avancer les causes importantes dans leurs usages de tous les jours.

Ceci étant dit, à titre personnel, si je pouvais disposer d’une combinaison que je revêtirai tous les jours pendant 5 minutes et qui me garantira pour les 50 prochaines années l’état physique et mental dans lequel je suis aujourd’hui, je ne le bouderai pas. Je pourrai ainsi mourir tranquillement après 90 ans avec la certitude d’avoir bien vieilli…

Avis aux investisseurs et autres créateurs !

Vilédé GNANVO

Sources

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Technologie_portable
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/GAFAM
[3] Origine : Francisation de IoT (prononcer « AÏ – O- TI ) C’est l’ abréviation anglaise de Internet of Thing qui veut dire Internet des Objets
L’élégance antipollution. Par Arnaud Pagès
L’ANDAM prend le virage de la « fashion tech ». Par Caroline Rousseau. Le Monde du 4 juillet 2017 P19
Objets connectés: l' »aïotisation » gagne l’industrie 

Conférences suivies au Look Forward Fashion Tech Festival / Que nous réserve la mode de demain ?

Fashion Studies : Quel cursus pour la FashionTech aujourd’hui ?
Fashion and beauty shopping in 2037
Observer le wearable connecté
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Toxique Doxing

Toxique Doxing

J’ai toujours pensé que je serai victime de doxing par des petits merdeux, mais c’était sans compter sur l’efficacité 100 fois supérieure des journalistes

C’est par cette phrase que l’informaticien qui a réussi à stopper la cyberattaque géante du mois dernier (WannaCry) a fait savoir son écœurement après que des journalistes britanniques aient déniché suffisamment d’informations en ligne pour identifier et révéler qui il était, alors qu’il ne voulait pas sortir de l’anonymat.

En très peu de temps, il a assisté à l’étalage de toute sa vie dans les tabloïds, à la mise en pâture des informations sur ses amis et sa famille. Peu importe que le seul sujet qui vaille soit la manière dont il a pu freiner une énorme cyberattaque dévastatrice grâce à son expertise.

Bienvenue dans les travers d’une pratique née au Etats Unis et qui devrait prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir, y compris en France : le Doxing.

Qu’est-ce que le Doxxing ?

Le Doxing (ou Doxxing ) consiste à identifier et publier des informations privées ou difficiles à obtenir sur un individu, avec l’intention de lui nuire.

Ce terme a fait son apparition dans l’Oxford English Dictionary en 2014. À l’origine, le mot DOX était utilisé par les informaticiens comme une abréviation de « docs » (pour « documents »). Le terme Doxing découle de l’argot «dopping dox», lié selon l’écrivaine Wired Mat Honan à une « une tactique de revanche des pirates dans les années 1990 » . En 2000, sa signification s’est élargie à la révélation de l’identité d’un internaute, pour finalement en 2008 prendre la définition répandue actuellement à savoir une méthode de harcèlement par la publication d’informations privées en ligne sur un individu.

Quel public est visé ?

Aucun utilisateur du net n’est à l’abri du doxing. Qu’on soit particulier anonyme, people, personnalités publiques ou dirigeants d’entreprise, toute profusion d’informations sur le net peut à tout moment mener quelqu’un à lever le voile sur votre identité en révélant des noms complets, des adresses professionnelles ou privées, des numéros de téléphone, des photos, des noms d’utilisateur … tout ce qu’on pensait avoir mis dans une « case privée ».

Dans quel contexte et comment ça se développe ?

L’un des avantages que nous croyons avoir sur internet est de pouvoir agir en tout anonymat en postant des commentaires, en alimentant du contenu ou en faisant de la veille sur des thématiques qui nous intéressent. Le doxing nous met clairement en face de ce leurre. Pour quiconque s’y connaissant un peu en informatique, il peut être assez facile de tracer un individu en ligne et de révéler son identité. Il suffit d’avoir le temps, l’accès à internet et être capable de croiser et analyser plusieurs informations. Car finalement sur le net, nous laissons constamment de précieux indices sur nous qu’on peut retrouver via:

  • Une recherche de localisation du nom de domaine d’un site ou blog.
  • Les informations laissées par les utilisateurs qui alimentent régulièrement les réseaux sociaux sur leurs hobbies, parcours, déplacement, achat…
  • Le fait d’avoir le même pseudonyme sur plusieurs plateformes différentes.
  • Toutes les données officielles qui peuvent être collectées et qui sont disponibles par recherche simple dans Google (ex : diplômes, courses genre marathon, pétitions en ligne..).
  • Des collectes d’info sur les annuaires inversés en ligne . Il existe de nombreux services en ligne qui fournissent l’accès aux informations personnelles d’une personne donnée en fonction de son téléphone, son nom et son adresse électronique.

3 exemples de Doxing.

Parmi ceux qui ont eu un écho médiatique ces dernières années, on peut citer :

1 – En décembre 2015, la conseillère de la ville de Minneapolis, Alondra Cano qui a utilisé son compte Twitter pour publier des numéros de téléphones portables privés et des mails de critiques qui ont écrit sur son implication dans un rassemblement Black Lives Matter . [1]

2 – En 2016, l’annonceur Fox Business Lou Dobbs qui a révélé l’adresse et le numéro de téléphone de Jessica Leeds, une des femmes ayant accusé Donald Trump d’avances sexuelles inappropriées. [2]

3 – En 2015, le site de rencontres adultérines Ashley Madison qui a connu un scandale. Un groupe de pirates informatiques « The Impact Team » a publié des données sensibles (pour dénoncer les failles de sécurité dues notamment à la conservation des données des clients) sur les utilisateurs, ce qui causa pour des millions de personnes un vrai embarras et une atteinte à leur réputation personnelle et professionnelle.

Qui a recours au doxing ?

A travers ces exemples on se rend aussi compte que derrière cette pratique, il n’y a pas seulement la motivation de nuire. On rencontre aussi des justiciers. C’est le cas de ceux qui divulguent l’identité des racistes ou des « trollers » afin de les pousser à arrêter leurs activités nocives en ligne.

Cela part d’une démarche très louable de « robin des bois moraux », mais la frontière avec la loi quand on commence à s’attaquer aux adresses IP de personnes tierces est très faible. Et ce n’est pas parce qu’on veut faire du bien qu’on a le droit d’enfreindre a loi. Il vaut mieux passer par les outils légaux qui sont à disposition pour combattre ce phénomène.

Quel recours et comment lutter contre?

En France, il existe un site mis en place par le Ministère de l’Intérieur pour signaler toute dérive dont on serait victime sur internet.

Mais pour se prémunir au maximum du doxing, mieux vaut commencer soi-même par faire attention à ce qu’on poste sur la toile ou ce que d’autres mettent sur nous. Idéalement, il faut laisser le moins de traces possible sur son parcours et se doter des meilleures protections anti firewall. Parallèlement, quelques mesures basiques peuvent permettre de limiter les risques.

1- S’assurer que les photos personnelles envoyées sur des albums numériques comme « Picasa » soient bien paramétrées et réservées à un usage privé.

2- Il en est de même pour tous les profils qu’on cherchera à créer sur les réseaux sociaux. On peut en maximiser les paramètres de confidentialité et restreindre leur exploitation à une sphère privée non détectable par les moteurs de recherche.

3- Il vaut mieux utiliser des adresses de messagerie différentes selon les comptes qu’on possède et des identifiants distincts selon le type d’activité à laquelle l’on souscrit (ex : jeu, la participation au forum, les comptes bancaires, etc.).

Ces quelques mesures sont à la portée de tous et peuvent être prises afin de se protéger, même si comme on le sait, il pourra toujours y avoir quelqu’un capable de les anéantir.

Perspectives d’avenir.

Et ce ne sont pas les développements des nouvelles technologies comme la reconnaissance faciale, l’identification via les tatouages (qui par ailleurs fournissent bien plus d’infos sur les caractéristiques d’un individu) , l’essor des objets connectés ou encore la biométrie qui vont réduire les recours du doxing. Un site comme FindFace permet à quiconque de prendre pratiquement n’importe quelle photo d’une personne et de l’associer à ses profils sur le réseau social russe, VKontake. Cette appli est un exemple des techniques servies sur un plateau en or pouvant favoriser la pratique du doxing.

Si avec des algorithmes on arrive à reconnaître des visages avec une fiabilité proche des 100%, (en croisant les données) on devine la menace pour bien des secteurs d’activité comme les nombreux sites de rencontre ou érotiques, des gens travaillant pour la sécurité ….et qui n’ont absolument aucune envie d’être identifiés.

Mais on peut aussi rester positif en se disant que la technologie émergente sera mise au service de la défense de nos droits et aidera à réduire les velléités de doxing « négatif ». Car le doxing peut aussi permettre d’aider la justice à traquer des actions illégales qui se déroulent sur le web, à révéler des choses dans le cadre des différents dispositifs de sécurité.

Manager du bonheur au secours du boulot compresseur

Manager du bonheur au secours du boulot compresseur

 

La qualité de vie au travail fait partie des grands défis auxquels les entreprises sont confrontées.

Face au niveau élevé du chômage en France, tout salarié est déjà content d’avoir un travail. Ceci étant, la jeune génération qui rentre sur le marché est beaucoup plus exigeante sur l’environnement professionnel dans lequel elle sera amenée à exercer. Car les nouvelles organisations des espaces de travail sont porteuses de ce qui contribue à la perception de l’oppression réelle ou ressentie par les salariés.

S’il est vrai que les questions liées à la pénibilité du travail sont un peu plus abordées, il y a toujours une forte attente de certains de ne pas faire de la productivité l’alpha et l’oméga de toute activité. En effet, le travail remplit également un rôle social dans l’entreprise, celui de permettre la réunion de personnes d’univers différents œuvrant pour la réussite d’un projet commun.

D’où la prise en compte du facteur de bien-être au travail avec l’apparition d’une nouvelle fonction qui émerge dans le paysage professionnel : Chief Happiness Officer ( Responsable ou Manager du Bonheur ) désigné tout au long de cet article par C.H.O.

Travailler c’est trop dur…

Infobésité et hyperconnexion.

Pour 30% des personnes, le travail est un moyen d’épanouissement personnel. Pourtant, la transformation digitale qui s’opère dans les services bouscule régulièrement cette aspiration. Bien que le droit à la déconnexion soit entré en vigueur depuis janvier 2017, nombreuses sont les entreprises à ne l’avoir pas encore mise en place.

Le numérique vide certaines tâches de leur intérêt et ce faisant, participe à sa manière à une forme de déshumanisation de l’activité. L’hyperconnexion finit par consumer l’individu [1]. Les frontières entre le privé et le professionnel se réduisent de plus en plus. Abreuvé du flux d’informations et de mails professionnels, le salarié a l’impression de passer à côté des choses essentielles. Il subit une infobésité constante source de perte de temps et de fatigue psychologique.

Dans ce sens, même si la transformation numérique allège certaines tâches fastidieuses, elle n’en demeure pas moins génératrice de stress supplémentaire.

Nouveaux aménagements de l’espace

A cela il faut ajouter les nouvelles organisations de l’espace physique. On connaissait l’open space qui s’est largement déployé à la fin des années 90. Selon le baromètre OpinionWay réalisé pour le cabinet CD&B , le travail en open space ne fait pas l’unanimité. Alors qu’il concerne 33% des salariés, près de 50% des sondés estiment qu’il a un effet stressant et favorise la déconcentration. Les nuisances sonores et l’absence d’intimité peuvent mettre à rude épreuve tout espoir de bonne ambiance [2] .

Dorénavant, il faudra compter avec le flex office (modalité particulière d’aménagement de l’espace où les postes de travail ne sont pas attitrés [3] )ou le desk sharing ( partage d’un même bureau ou ordinateur ), modèles auxquels les entreprises ont recours avec leur lot de conséquences sur les conditions de travail et la constitution d’un socle propice au développement des facteurs de risques de burn-out.

Le mal-être.

Car ces espaces engendrent une déstructuration à laquelle le management peut involontairement contribuer. Pour peu qu’il y ait une mauvaise organisation du travail, un manque d’autonomie, l’intensification de la charge de travail ou des relations conflictuelles avec la hiérarchie (ce sont là quelques-uns des 6 facteurs de risques de burn-out tirés du rapport Gollac5 ), le discrédit du salarié envers son manager et plus généralement sa hiérarchie s’accroît et on ne s’étonnera pas d’apprendre que 50 à 60% des arrêts maladie sont dus au stress, fatigues ou autres dépressions.

Aussi, le bien-être au travail n’est plus un luxe mais une réelle préoccupation sur laquelle l’ensemble des acteurs se penchent à juste titre. Puisqu’on passe le tiers de sa journée au travail, autant amoindrir tout ce qui peut avoir une influence négative sur ce temps consacré, d’où le recours à un nouveau type de profil évoqué plus haut, le C.H.O.

Le recours au C.H.O.

Oeuvre du street - artist JORIS le long du canal de l'Ourcq - ©No Fake In My News

Oeuvre du street – artist JORIS le long du canal de l’Ourcq

C’est quoi un C.H.O?

A l’origine, l’idée de saupoudrer le bonheur au travail vient de Chade Meng Tan , le cent septième salarié engagé par Google. Convaincu que le bonheur est un état d’esprit, il met en place des cours dont le but est d’aider les « Googlers » à se recentrer positivement sur eux mêmes pour chercher les ressources internes afin de mieux gérer le stress et s’envelopper dans un cocon de positivité [4]. Le concept a si bien marché que c’est devenu un métier à part entière traduisible en français par Responsable ou Manager du bonheur.

Quelques caractéristiques et missions du C.H.O

Si on ne trouve pas encore de fiche de métier propre à cette fonction dans les références institutionnelles (APEC, ANPE etc…), plusieurs offres d’emplois incluent ses taches spécifiques. Il faut dire que la fonction était perçue encore il y a peu comme une lubie passagère de quelques-uns car elle concerne des caractéristiques qui peuvent déjà se retrouver dans d’autres métiers en place (Ressources Humaines ou Communication), ou s’appliquer par la simple volonté d’un manager bienveillant envers son équipe.

Pour son profil, le C.H.O. doit indéniablement être doté des qualités de bon communicant, créatif, disponible. En termes de personnalité, on attend de lui qu’il soit d’un naturel enthousiaste et énergique, empathique, convivial, altruiste. Tout ce qui peut favoriser le bonheur et la création des temps de convivialité en entreprise rentre dans son périmètre d’action. Dans l’article « Qu’est-ce qu’un Chief Happiness Officer? » l’auteur Christine Monfort égrène ses missions principales :

  1. organiser des événements dans l’entreprise ou en extérieur, pour garantir la cohésion et le bien-être des salariés ;
  2. réguler la tension liée aux évolutions de la charge de travail ;
  3. prêter une attention particulière aux situations individuelles ;
  4. assurer une communication interne claire et transparente pour que les salariés puissent s’exprimer sur leur fonction ou sur les relations au sein de l’entreprise ;
  5. accompagner les évolutions de l’entreprise qui peuvent s’avérer anxiogènes : nouvelle stratégie, rachat de l’entreprise, déménagement… ;
  6. trouver des solutions aux problèmes qui finissent toujours par arriver dans toute organisation impliquant l’humain.

Ses défis et solutions.

Etude IFOP

Infographie tirée du Baromère Paris Workplace 2016

Afin de parvenir à ses fins, il lui faudra se saisir de tous les outils adaptés à chaque situation voire à chaque individualité pour remettre le lien social au cœur des équipes. Un salarié qui se sent bien dans son environnement professionnel est bien plus performant. Il ne comptera pas forcément ses heures, ne sera pas absent et restera loyal.

A la charge du C.H.O. également d’impulser une bonne prise en compte de l’aménagement de l’espace de travail en installant par exemple des « bulles zen » ou des salles de silence.

Il peut recourir au Team Building même si la finalité ultime reste la performance et la productivité. L’organisation de défis, événements sportifs ou des rallyes interactifs… sont autant d’outils disponibles pour essayer de fédérer autour d’un même objectif, des personnes qui veulent se sentir appartenir joyeusement à la communauté de leur employeur.

Les dirigeants le savent, l’employé est désormais vecteur de l’image de son entreprise.  » La marque employeur peut …. Attirer les talents, certes, mais aussi les fidéliser, les retenir, les aider à s’épanouir et à grandir  » . Avec le développement des réseaux sociaux et la pratique rependue des évaluations ou notations, l’entreprise à son tour est scrutée sous tous les angles et pas uniquement celui de fournisseuse d’emploi. L’expérience salariée devient alors un indicateur auquel une attention particulière est prêtée.

Tout rose l’avenir ?

Anamorphose sur un mur réalisée par ZaG + Sia - ©No Fake In My News

Anamorphose sur un mur par ZaG + Sia

Avec ce terme de C.H.O. auquel on fait référence désormais, il y a la volonté réelle de mettre le bien-être dans les principes de management et en faire un levier de performance.

Si cela parait tout à fait séduisant, il faudra néanmoins attendre pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un simple concept voué à se vaporiser ou d’un coup marketing passager.

Pour que ça marche, il faut que la volonté de l’entreprise soit de recentrer sur l’humain avec pour objectif une vraie adéquation entre les changements qui bouleversent le monde des salariés et les ajustements nécessaires pour les doter d’outils conformes à leur bien-être.

La mission transversale du C.H.O. s’articulera alors entre une communication efficace et une politique de ressources humaines appropriée pour injecter une ambiance de vraie bonne humeur pérenne.

Elle sera de prendre des mesures concrètes qui agiront sur les 5 facteurs impactant le plus ce bien-être au travail et cités plus haut dans l’infographie : l’équilibre vie pro / vie privée, la qualité des bureaux, l’ambiance entre collègues, le temps de trajet, le sentiment de sécurité dans le quartier .

Le CHO devra proposer des choses qui incitent suffisamment les employés à s’investir et pousser les décisionnaires à créer une dynamique vertueuse grâce aux processus d‘amélioration de la qualité de vie.

S’il y parvient, il deviendra indispensable et s’imposera dans toutes les fonctions transversales. Dans le cas contraire ce sera un outil pansement pour que les managers aient la conscience tranquille.

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