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2017 : Dernier coup d’œil avant de lui dire adieu

2017 : Dernier coup d’œil avant de lui dire adieu

 

L’année 2017 s’achève doucement et laisse dans nos esprits un ensemble d’événements particulièrement marquants. Entre interrogation, terreur, dépit, admiration ou surprises je reviens dans cet article sur quelques uns parmi ceux qui m’ont semblé importants.

20 janvier

 

Donald Trump élu deux mois plus tôt prête serment et est officiellement investi 45e Président des États Unis. La surprise des résultats du 8 novembre passée, beaucoup ( comme moi ) n’en reviennent toujours pas et se demandent quelle sera la nature de cette présidence durant les quatre années que l‘Amérique l’aura à sa tête. Les événements survenant tout au long de l’année prouveront qu’avec lui, chaque jour se lève avec son lot de surprises et stupéfaction.

 

Vague de récompenses pour La La Land, film musical en apparence légère. Néanmoins, un fait marque pour la première fois l’histoire des Oscars : le prix du Meilleur film lui a été attribué par erreur après une confusion dans les enveloppes. Mais en dépit de cette méprise et des quelques secondes de confusions qui ont suivi, tout est très vite rentré dans l’ordre. La vraie récompense est revenue au film tout aussi encensé et non moins poignant Moonlight , sous le regard ému des spectateurs.

26 févreir
14 mars

 

L’AFP confirme la mise en examen de François Filon dans le cadre des affaires d’emplois fictifs. Dans cette jungle politique qui aura vu d’anciens protagonistes confrontés au refus des français de les laisser s’inscrire à nouveau dans le paysage politique actif, l’homme fait face à un scandale qui pourtant ne l’empêchera pas de s’accrocher pour rester le candidat de son parti. Sa défaite comme on le verra deux mois plus tard aura été dévastatrice et laisse les militants d’une droite en proie à la plus grande incompréhension 

 

Coulée de boue en Colombie : plus de 300 morts. Les catastrophes naturelles n’épargnent malheureusement aucun coin de la planète cette année. La force de la nature continuera à se déchaîner des mois plus tard dans les îles avec les ouragans Irma ou Marie, le tremblement de terre en Italie, celui du Mexique ou encore les coulées de boue en Sierra Léone. Des messages de personnalités viennent pointer l’urgence de la prise en compte du dérèglement climatique. Mais entre effroi et désolation, les populations comprennent que ces déchaînements n’en sont qu’au début.

06 avril
07 mai

 

Au deuxième tour des élections présidentielles, Emmanuel Macron devient à 39 ans le plus jeune président de la République française avec 66,06 % et un Front National à 33,90 % ! Vote d’adhésion ou de dépit, les Français ont balayé le paysage politique d’avant. Ouvriers, agriculteurs, entrepreneurs, cadres ou fonctionnaires, tous ont les regards pleins d’espoir tournés vers la promesse de réussite d’un gouvernement qui n’a de cesse de mettre en avant ses personnalités issues de la société civile.

 

Après 196 jours passés en apesanteur à bord de la station spatiale internationale, Thomas Pesquet rejoint la terre. Le pays tout entier est en amour devant ce champion venu du ciel, ingénieur aéronautique, pilote de ligne, beau, talentueux, intelligent. Son aventure est une belle occasion pour que le cocorico français résonne. Comme moi, beaucoup exultent, vivant par procuration l’ivresse de l’espace, les yeux pleins d’admiration.

02 juin
11 juillet

 

Jean Michel Lambert, juge chargé de l’affaire du petit Grégory Villemin se suicide dans son appartement. Ce nouvel événement vient assombrir une affaire non élucidée depuis plus de 30 ans avec de nombreux rebondissements judiciaires. D’erreurs d’inculpation au meurtre de vengeance en passant par le suicide, cette énigme dont la réponse semble être détenue par un cercle fermé familial a eu de quoi faire tourner les yeux a 3 générations.. Aujourd’hui plus que jamais, le mystère de ce scénario digne d’une série de science-fiction reste entier.

 

Usain Bolt prend sa retraite sportive à l’issue des Championnats du monde 2017 à Londres, où il obtient (seulement) la médaille de bronze sur 100 m. Il se blesse en finale du relais 4x100 m pour la dernière course de sa carrière. Tout le monde l’attendait sur cette potentielle dernière performance. Mais la foudre cette fois-ci a frappé au mauvais endroit. Et si l’athlète a marqué les esprits avec son sens du divertissement hors du commun, c’est le souffle coupé qu’il a fallu admettre pour de bon sa sortie des pistes en tant que professionnel.

12 aout
19 septembre

 

Donald Trump menace de « détruire » la Corée du Nord et son chef suprême qu’il surnomme « l’homme-fusée ». Depuis quelques semaines, c’est l’escalade verbale entre ces 2 leaders. Kim Jon Un n’en finit pas de vouloir prouver à quel point l’arme nucléaire est à sa portée, et Trump de vouloir démontrer la puissance des États Unis. Rien de tout ça ne serait effroyable à nos yeux s’il ne s’agissait d’un combat de coq avec des protagonistes aussi imprévisibles, égocentrés qu’immatures. Le monde tremble car à l’heure actuelle, personne ne sait jusqu’où ils iront dans la provocation au risque de nous faire basculer dans le pire, l’effroi…

 

 Affaire Harvey Weinstein ou le début d’un scandale planétaire. Des révélations accablantes sont faites par les témoignages de plusieurs actrices ayant subi les agressions du producteur  longtemps adulé. C’est le début d’une vague de prises de paroles  venant  de personnalités de tout secteur. Que l’on cautionne ou non la méthode, le hashtag #balancetonporc en France aura été un moyen de porter la voix de milliers de femmes qui désormais veulent crier tout haut ce qu’elles ont subi. Une nouvelle ère s’ouvre qui espérons permettra une prise de conscience profonde de ces pratiques trop longtemps tues, impunies laissant souvent dans le regard de bon nombre  de femmes, ce grand désarroi. 

05 octobre
21 novembre

Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a démissionné. Dans une lettre remise au président de l’Assemblée nationale il met ainsi fin à 37 ans de règne, poussé quelques jours plus tôt par l’action de l’Armée. Des célébrations de joie éclatent dans les rues de Harare. Le même jour, le parti au pouvoir, le Zanu-PF annonce que l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa lui succéderait. Celui-là même qui a fait partie des instances proches du pouvoir depuis les années quatre-vingt. Une question demeure : serait-ce la double face d’une même politique ou le début d’un réel changement pour une Zimbabwe déjà ruinée par les frasques d’un dirigeant omnipotent

 

 

Jonnhy Hallyday est mort. Toutes les icônes s’en vont. Aujourd’hui, la star française qui a échappé au pire à plusieurs reprises s’est définitivement éclipsée. Il laisse un immense vide dans le paysage culturel français car il a accompagné des générations entières de familles. L’année s’achève ainsi sur une très une mauvaise note. Mais dans son nouvel ailleurs, il continuera sans doute à égayer musicalement les anges.

05 décembre

Ça y est, la boucle est bouclée. Bye Bye 2017. Espérons que 2018 nous réserve un cocon agréable.

Vilédé GNANVO

Toxique Doxing

Toxique Doxing

J’ai toujours pensé que je serai victime de doxing par des petits merdeux, mais c’était sans compter sur l’efficacité 100 fois supérieure des journalistes

C’est par cette phrase que l’informaticien qui a réussi à stopper la cyberattaque géante du mois dernier (WannaCry) a fait savoir son écœurement après que des journalistes britanniques aient déniché suffisamment d’informations en ligne pour identifier et révéler qui il était, alors qu’il ne voulait pas sortir de l’anonymat.

En très peu de temps, il a assisté à l’étalage de toute sa vie dans les tabloïds, à la mise en pâture des informations sur ses amis et sa famille. Peu importe que le seul sujet qui vaille soit la manière dont il a pu freiner une énorme cyberattaque dévastatrice grâce à son expertise.

Bienvenue dans les travers d’une pratique née au Etats Unis et qui devrait prendre encore plus d’ampleur dans les années à venir, y compris en France : le Doxing.

Qu’est-ce que le Doxxing ?

Le Doxing (ou Doxxing ) consiste à identifier et publier des informations privées ou difficiles à obtenir sur un individu, avec l’intention de lui nuire.

Ce terme a fait son apparition dans l’Oxford English Dictionary en 2014. À l’origine, le mot DOX était utilisé par les informaticiens comme une abréviation de « docs » (pour « documents »). Le terme Doxing découle de l’argot «dopping dox», lié selon l’écrivaine Wired Mat Honan à une « une tactique de revanche des pirates dans les années 1990 » . En 2000, sa signification s’est élargie à la révélation de l’identité d’un internaute, pour finalement en 2008 prendre la définition répandue actuellement à savoir une méthode de harcèlement par la publication d’informations privées en ligne sur un individu.

Quel public est visé ?

Aucun utilisateur du net n’est à l’abri du doxing. Qu’on soit particulier anonyme, people, personnalités publiques ou dirigeants d’entreprise, toute profusion d’informations sur le net peut à tout moment mener quelqu’un à lever le voile sur votre identité en révélant des noms complets, des adresses professionnelles ou privées, des numéros de téléphone, des photos, des noms d’utilisateur … tout ce qu’on pensait avoir mis dans une « case privée ».

Dans quel contexte et comment ça se développe ?

L’un des avantages que nous croyons avoir sur internet est de pouvoir agir en tout anonymat en postant des commentaires, en alimentant du contenu ou en faisant de la veille sur des thématiques qui nous intéressent. Le doxing nous met clairement en face de ce leurre. Pour quiconque s’y connaissant un peu en informatique, il peut être assez facile de tracer un individu en ligne et de révéler son identité. Il suffit d’avoir le temps, l’accès à internet et être capable de croiser et analyser plusieurs informations. Car finalement sur le net, nous laissons constamment de précieux indices sur nous qu’on peut retrouver via:

  • Une recherche de localisation du nom de domaine d’un site ou blog.
  • Les informations laissées par les utilisateurs qui alimentent régulièrement les réseaux sociaux sur leurs hobbies, parcours, déplacement, achat…
  • Le fait d’avoir le même pseudonyme sur plusieurs plateformes différentes.
  • Toutes les données officielles qui peuvent être collectées et qui sont disponibles par recherche simple dans Google (ex : diplômes, courses genre marathon, pétitions en ligne..).
  • Des collectes d’info sur les annuaires inversés en ligne . Il existe de nombreux services en ligne qui fournissent l’accès aux informations personnelles d’une personne donnée en fonction de son téléphone, son nom et son adresse électronique.

3 exemples de Doxing.

Parmi ceux qui ont eu un écho médiatique ces dernières années, on peut citer :

1 – En décembre 2015, la conseillère de la ville de Minneapolis, Alondra Cano qui a utilisé son compte Twitter pour publier des numéros de téléphones portables privés et des mails de critiques qui ont écrit sur son implication dans un rassemblement Black Lives Matter . [1]

2 – En 2016, l’annonceur Fox Business Lou Dobbs qui a révélé l’adresse et le numéro de téléphone de Jessica Leeds, une des femmes ayant accusé Donald Trump d’avances sexuelles inappropriées. [2]

3 – En 2015, le site de rencontres adultérines Ashley Madison qui a connu un scandale. Un groupe de pirates informatiques « The Impact Team » a publié des données sensibles (pour dénoncer les failles de sécurité dues notamment à la conservation des données des clients) sur les utilisateurs, ce qui causa pour des millions de personnes un vrai embarras et une atteinte à leur réputation personnelle et professionnelle.

Qui a recours au doxing ?

A travers ces exemples on se rend aussi compte que derrière cette pratique, il n’y a pas seulement la motivation de nuire. On rencontre aussi des justiciers. C’est le cas de ceux qui divulguent l’identité des racistes ou des « trollers » afin de les pousser à arrêter leurs activités nocives en ligne.

Cela part d’une démarche très louable de « robin des bois moraux », mais la frontière avec la loi quand on commence à s’attaquer aux adresses IP de personnes tierces est très faible. Et ce n’est pas parce qu’on veut faire du bien qu’on a le droit d’enfreindre a loi. Il vaut mieux passer par les outils légaux qui sont à disposition pour combattre ce phénomène.

Quel recours et comment lutter contre?

En France, il existe un site mis en place par le Ministère de l’Intérieur pour signaler toute dérive dont on serait victime sur internet.

Mais pour se prémunir au maximum du doxing, mieux vaut commencer soi-même par faire attention à ce qu’on poste sur la toile ou ce que d’autres mettent sur nous. Idéalement, il faut laisser le moins de traces possible sur son parcours et se doter des meilleures protections anti firewall. Parallèlement, quelques mesures basiques peuvent permettre de limiter les risques.

1- S’assurer que les photos personnelles envoyées sur des albums numériques comme « Picasa » soient bien paramétrées et réservées à un usage privé.

2- Il en est de même pour tous les profils qu’on cherchera à créer sur les réseaux sociaux. On peut en maximiser les paramètres de confidentialité et restreindre leur exploitation à une sphère privée non détectable par les moteurs de recherche.

3- Il vaut mieux utiliser des adresses de messagerie différentes selon les comptes qu’on possède et des identifiants distincts selon le type d’activité à laquelle l’on souscrit (ex : jeu, la participation au forum, les comptes bancaires, etc.).

Ces quelques mesures sont à la portée de tous et peuvent être prises afin de se protéger, même si comme on le sait, il pourra toujours y avoir quelqu’un capable de les anéantir.

Perspectives d’avenir.

Et ce ne sont pas les développements des nouvelles technologies comme la reconnaissance faciale, l’identification via les tatouages (qui par ailleurs fournissent bien plus d’infos sur les caractéristiques d’un individu) , l’essor des objets connectés ou encore la biométrie qui vont réduire les recours du doxing. Un site comme FindFace permet à quiconque de prendre pratiquement n’importe quelle photo d’une personne et de l’associer à ses profils sur le réseau social russe, VKontake. Cette appli est un exemple des techniques servies sur un plateau en or pouvant favoriser la pratique du doxing.

Si avec des algorithmes on arrive à reconnaître des visages avec une fiabilité proche des 100%, (en croisant les données) on devine la menace pour bien des secteurs d’activité comme les nombreux sites de rencontre ou érotiques, des gens travaillant pour la sécurité ….et qui n’ont absolument aucune envie d’être identifiés.

Mais on peut aussi rester positif en se disant que la technologie émergente sera mise au service de la défense de nos droits et aidera à réduire les velléités de doxing « négatif ». Car le doxing peut aussi permettre d’aider la justice à traquer des actions illégales qui se déroulent sur le web, à révéler des choses dans le cadre des différents dispositifs de sécurité.

Fuck Fake News

Fuck Fake News

 

Depuis quelque temps, de nombreuses voix s’élèvent pour sensibiliser à la déstabilisation générale provoquée par les « fake news » (fausses informations) et l’engrenage dans lequel cela pourrait nous plonger durablement.

On sent l’inquiétude monter peu à peu en France car l’incertitude des résultats des élections (premières indications dès ce soir) fait craindre le pire. Cependant, il faut rappeler que nombreux sont les acteurs ou corps de métiers qui au fil des pratiques ont permis ce qui nous apparaît aujourd’hui comme un danger à éviter. En effet et de manière évidente, les choses ne tournent plus très rond.

« Clashez » cette info que je ne saurais voir… Hein ? Fake news !

Même si la tendance à la désinformation n’est pas un phénomène nouveau, sa dénonciation a pris de l’ampleur en France surtout depuis peu.

Plus globalement et à travers le monde, on peut constater la volonté de certains acteurs politiques de faire fi des médias traditionnels pour être directement en lien avec les citoyens [1]. Ne nous y trompons pas, cette méthode n’a rien de philanthropique. L’objectif n’est autre que de décrédibiliser les sources habituelles d’information pour pouvoir garder des « fidèles » dans un univers, irrigué régulièrement par une information au mieux maîtrisée, ou à défaut déformée. C’est bien évidement de la propagande. Sauf que cette fois ci les canaux numériques la rendent plus facilement accessible. Et démonter cette imposture apparaît compliqué tant la masse des gens touchés et consentants (ou pour le moins impassibles) est grande.

Pour preuve notons que malgré les prises de positions géopolitiques de toutes parts, l’enracinement de Vladimir Poutine dans sa région s’est opérée, le Brexit n’est plus une menace mais un processus en cours de réalisation, l’hyperbole véridique érigée en modèle par Donald Trump a atteint son objectif en voyant arriver au pouvoir le président américain le moins populaire de tous les temps [2] .

En effet, le mensonge s’est insidieusement imposé comme un outil de communication dont on se sert sans scrupule. Loin d’être l’apanage des seuls hommes politiques, les fake news se traduisent également par la diffusion d’informations très partisanes par des sites qui se présentent comme sources neutres.

Et si les gens croient à ces fausses informations, c’est parce qu’elles touchent chez eux des émotions qui les rendent aptes à adhérer à ce qui pourtant peut apparaître irréaliste. Plus c’est gros, plus ça passe. On commence par en rigoler mais à force d’asséner un mensonge, il finit par s’inscrire dans nos mémoires comme étant une vérité.

Par de telles méthodes nos âmes sont offensées… oh !

Comment en est-on arrivé à un tel niveau de défiance généralisée?

Il me semble que désigner les fake news comme étant le problème est une erreur. Le vrai questionnement réside dans des pratiques qui existent depuis longtemps et sans aucune remise en cause dans divers corps de métiers. Peut-être aurez-vous l’impression que ce sont des lieux communs mais j’ai essayé de mettre en exergue ci-dessous ce qui selon moi a poussé au désamour des médias et de la parole politique.

Les hommes politiques.
Durant le récent scandale du « Pénélopegate », rares ont été les personnalités politiques à prendre la parole pour dénoncer ou nous nous éclairer sur cette pratique d’embauche des assistants parlementaires. Il a fallu attendre deux débats télévisés pour que Jean luc Mélenchon fasse allusion (grâce à sa formule Pudeur de Gazelle) aux « affaires » et que Philippe Poutou évoque clairement les déboires judiciaires touchant deux autres candidats pour qu’on acte des prises de paroles publiques émanant de personnages politiques portant la voix de certains.

Est-ce par souci d’auto-protection de caste ? Sans doute. Mais en attendant, la classe politique en sort amoindrie, désavouée et apparaît peu fiable. Son silence dans ce contexte particulier est d’autant plus assourdissant que sur d’autres sujets, sa parole est prolifique. Les candidats aux élections ont massivement et collectivement recours au mensonge pour se faire élire en nous livrant depuis des années des programmes et des promesses qu’ils sont incapables de respecter. Leurs politiques se sont décrédibilisés par l’absence de résultats perçus comme positifs. En cela, ils ont été précurseurs et restent actifs en matière de fake news.

Certains médias.
Quelques intervieweurs sont « coupables » d’avoir baissé les bras face aux politiques invités sur les plateaux télé ou à la radio. Ceux-ci, au lieu de répondre aux questions posées, savent très bien manier la langue de bois ou sortir des éléments de langage qui à force de répétition donneraient le tournis à une statue de marbre. Je n’ai jamais vraiment compris pourquoi face à une mauvaise foi avérée de l’homme interviewé, on ne coupe pas tout simplement le micro comme l’a récemment fait un journaliste sur CNN .

Ou peut-être que oui j’ai compris : l’enjeu du buzz, le souci de l’audience.

La frontière entre les journalistes éditorialistes et ceux qui relatent des faits a trop longtemps été brouillée. Il n’est pas rare de voir des prises de positions sans ambiguïté émaner de gens qui passent leur temps à revendiquer leur neutralité juste du fait qu’ils ont la carte de presse. Pourtant, il paraît tellement plus sain d’avoir une opinion et un parti pris, plutôt que de faire comme si on était toujours détaché des réalités qu’on décrit.

Cela a contribué au fait que les médias dans leur ensemble aient perdu de leur crédibilité, poussant ainsi tout un chacun à recourir à Internet ou aux réseaux sociaux en tant que source d’informations.

Les communicants.
En recevant des dossiers de presse ou des communiqués, les médias devraient ne pas répéter mot pour mot ce qui y est inscrit.

Ils ne sont pas non plus obligés de tendre le micro aux communicants qui veulent restaurer médiatiquement l’image de leur client. Cela est valable pour l’avocat qui défend quelqu’un qu’il sait pertinemment coupable. Il n’a aucun tort à le défendre, au contraire c’est son droit absolu, c’est le socle d’une bonne justice en démocratie. Mais que les médias reprennent allègrement sa plaidoirie me semble une grande erreur et contribue à faire de la désinformation.

Les GAFA et acteurs du net.
On attend des entreprises du Web ou des réseaux sociaux qu’ils suppriment pour nous les vidéos et images pouvant choquer l’internaute. C’est la raison pour laquelle ces derniers ont recours aux modérateurs ou aux logiciels de détection. Mais cela a un coût. Or tout buzz rapporte gros. Les sites et réseaux sociaux mettent tellement l’accent sur l’engagement – partages et commentaires des utilisateurs – , qu’ils ont laissé faire et dire n’importe quoi sur leurs plateformes de partage… sous prétexte de respecter l’espace de liberté. D’où le gros dilemme qui se pose à tous : comment lutter contre les fausses informations de manière efficace tout en ne faisant pas de censure ? A titre d’exemple, l’Allemagne vient d’approuver un projet de loi qui sanctionnerait par de fortes amendes les réaux sociaux qui ne supprimeraient pas rapidement les « publications manifestement délictueuses ». La tâche ne va pas être facile car on réalise vite que l’esprit même de manipulation est devenue une norme courante pour certains [3] .

Les citoyens ordinaires.
Elle est où notre hargne ? Une société ne se construit pas toute seule. Chacun doit faire sa part. Il n’est plus envisageable de rester des observateurs qui attendent de commenter les résultats de ceux qui font. De se contenter de faire la curation de contenus sans se soucier de l’origine des informations. On ne s’improvise pas social media manager ou gestionnaire de l’information, ce sont des métiers qui nécessitent des compétences.

Chacun de nous a participé d’une manière ou d’une autre à ce délitement des choses. C’est donc à chacun de nous de contribuer à tout restaurer car derrière ce système, pour l’instant, il y a encore des humains.

Et cela peut provoquer une certaine zizanie …. Alors comment y remédier ?

Cette montée en puissance des fake news oblige tous les spécialistes des médias et de la communication à revoir leurs méthodes de gestion et diffusion de l’information. Face à la libération d’une certaine parole jusque-là contenue, le besoin de sélectionner et hiérarchiser l’information, sera encore plus important. C’est là que les community managers ou autres spécialistes de la veille auront matière à faire valoir leur expertise. La majorité des jeunes ne savent pas dissocier une fausse information d’une vraie. C’est pour cela que le changement passera d’abord par une éducation d’accès au numérique comme l’idée du Civic online reasoning proposée par un membre de l’assemblée de Californie [4].

Le journal Le Monde vient de lancer le Decodex. « Le Décodex est un outil pour vous aider à vérifier les informations qui circulent sur Internet et dénicher les rumeurs, exagérations ou déformations ». Des émissions comme Cash investigation (pour ne citer que celle-là en France) essaient par tous le moyens de nous faire accéder à ce qu’on veut cacher par des actions de communications. Elice Lucet est désormais érigée en modèle, à mon avis à juste titre.

Les Gafa se mobilisent tour à tour pour pouvoir mettre en lumière ou écarter les sites dédiés à diffuser de l’information tronquée ou carrément fausse. Cela suppose pour eux de recourir à une embauche massive de modérateurs ce qui constitue un coût financier non négligeable. Internet Archives s’est lancé comme mission d’enregistrer toutes les interventions de Donald Trump non seulement comme bases de connaissances mais aussi pour s’en servir comme arme de vérification de ce qui a été dit à un instant T.

Cette démarche ne doit pas concerner seulement les acteurs du journalisme mais bien un pan entier de la société consommatrice effrénée d’information. Au-delà d’une loi sanctionnant la diffusion de fausse information , c’est aussi le comportement de l’utilisateur qui doit être revu.

Rideau baissé.

Mais à une époque où la durée d’une information est de plus en plus éphémère, faire accepter comme référence ces outils de vérification sera déjà une manière de venir à bout d’un processus en pleine croissance.

Le dernier épisode (Haine virtuelle) de la saison 3 de Black Mirror illustre parfaitement ce qui nous attend si nous continuons à suivre des pratiques en meute sans se soucier de leur origine ni destination.

Ceci étant, on peut aussi se rassurer en disant que d’ici peu de temps, ce terme « fake news » et toutes les problématiques soulevées par cela vont laisser place à un autre phénomène comme l’a été le thème des Lanceurs d’alertes il y a quelques années… Pour peu que les résultats des élections présidentielles ne nous plongent pas encore plus dans le désarroi dès ce soir …

Vilédé GNANVO

Evolution du métier de veille

Evolution du métier de veille

La veille dites-vous ?

Comme beaucoup, j’entends parler de transformation digitale depuis quelques années.

Même moi, dans la pratique de mon métier de veille, alors que je lis beaucoup d’informations à longueur de parution, il m’a fallu du temps pour réaliser concrètement à quel point mon secteur a été touché.

Aujourd’hui, je sais que ce métier tel que je l’exerce n’existera plus dans quelques années sous sa forme actuelle. Aussi, j’ai eu envie de revenir sur son évolution et voir les perspectives qui sont au bout.

Le métier de veille s’articule autour du traitement de l’information en cinq phases :

  • La collecte.
  • La sélection.
  • L’analyse.
  • La diffusion.
  • La mise à jour permanente du cahier des charges défini avec le client.

Changement progressif.

A la fin des années 90, tout se faisait dans des petites structures avec un cutter pour découper et coller les articles afin de réaliser des revues de presse de manière artisanale.

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

Puis l’évolution des besoins et la transformation numérique ont énormément modifié la pratique professionnelle. Exit la bonne vieille méthode. Désormais, tout passe par des plateformes de gestion de contenus avec une diffusion de l’information sur plusieurs supports.

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

Face à la multiplication des outils informatiques et au flux incessant de l’information qui irrigue tous les recoins du net ( du journal numérique le plus sérieux au réseau social qui échappe à tout contrôle), le défi quotidien réside dans la manière dont nous pouvons restituer la bonne information rapidement pour aider les services marketing, commerciaux ou les directions stratégiques à prendre leurs décisions.

Aujourd’hui, la veille web a pénétré tous les secteurs métiers. Et même si des agrégateurs de contenus gratuits se sont répandus, ils connaissent leurs limites et il y aura toujours ce besoin de l’humain pour analyser et restituer le contenu pertinent. Pour cela, notre valeur ajoutée reste intacte même si le cœur du métier se déplace légèrement.

Alors demain quoi ?

Etapes d'élaboration de revues de presse. ©No Fake In My News

On le constate de plus en plus, pour ce qui est de la réception de l’information, la tendance est nettement à une vison “non texte” du résultat qui s’apparente un peu aux usages des réseaux sociaux. Certains clients ne veulent plus perdre du temps à la lecture. Ce qui les intéresse, c’est de savoir de quoi il est question en un clin d’œil. D’où la solution de plus en plus prisée d’insérer des tableaux de bord ou des graphiques dans sa revue de presse.

Les plateformes interactives sont également plébiscitées pour permettre d’extraire les informations et les garder en mode web afin de questionner une recherche liée à un moment donné.

Ce qu’il reste à parfaire pour répondre au besoin du client.

Malgré tous ces nouveaux outils, il reste des marges d’amélioration car toutes les sources d’informations ne sont pas totalement exploitées.

  • Besoin de perfectionner l’analyse des données recueillies sur Twitter.
  • Besoin et demande de fonctionnalités collaboratives et interactives dans les plateformes livrées au client.
  • Besoin d’identifier, qualifier, analyser et restituer le sens d’une photo avec une vraie valeur ajoutée.
  • Besoin de pouvoir agréger et analyser le contenu diffusé sur LinkedIn qui est très riche pour les services métiers , le prospect… Il en est de même pour les possibilités d’analyser les réseaux sociaux internes aux d’entreprise.

En résumé, le métier se recentrera sur une collaboration entre les fonctions marketing / informatique / analyses . L’analyse des données est de plus en plus indispensable. Les profils de data –scientist, data-analystes ou Datawebdesigner sont fortement recherchés. Notre valeur ajoutée réside dans notre capacité à mettre en évidence les contenus très spécifiques par rapport aux attentes de chaque client. C’est peut-être vers ces métiers que les compétences en veille pourront le plus converger.

Vilédé GNANVO

Sources :

Ma pratique quotidienne de ce métier.
Conférences du Search Day du 24/11/2016
“Veille strategique sur internet” : Gilles Balmisse ; editions ENI ; ISBN : 978–2–7460–9112–2
“L’œil et le bon” : par Ambre Delage dans Le nouvel économiste 25/11/2016 ; P20–22

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