mansplaining

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

Manterruption : cette manie d’enlever les mots de la bouche !

 

Interrompre une femme qui prend la parole, se réapproprier ses propos ou même aller jusqu’à essayer de lui expliquer ce qu’elle pense… Des voix s’élèvent contre une pratique présente depuis longtemps, insidieuse et beaucoup trop minorée.

Les raisons de la colère.

Ces phénomènes se nomment Manterruption ( Hommeterruption ) ou Mansplaining ( Mecsplication ). Ils ont explosé médiatiquement une fois encore outre-manche .

Le plus répandu des termes, « Manterruption » est un néologisme anglais, mélange de Man et Interruption. Apparu ces dernières années mais surtout révélé pendant les élections présidentielles qui ont porté Trump au pouvoir, il désigne la manie qu’ont certains hommes de cDéjà en 2015, Judith Williams conseillère en diversité et ancienne responsable de la formation chez Google a commencé à alerter sur ce phénomène quand elle a interpellé le président exécutif Eric Schmidt sur sa tendance à interrompre à plusieurs reprises une femme avec qui il était censé échanger lors d’une table ronde sur la diversité dans l’industrie tech. Comportement à peine étonnant quand on sait que dans les sociétés Techno, les hommes interrompent deux fois plus la parole que ne le font les femmes.

Pour Judith Williams, si certaines voix ont plus d’échos que d’autres en entreprise, cela réduit d’autant les chances de faire émerger des idées potentiellement novatrices, car ce sont toujours les mêmes catégories qui se font entendre. Une étude de l’Université Brigham Young et de Princeton a révélé que, lors des réunions de conseil d’administration, les hommes dominent à 75 % l’ensemble de la conversation, ce qui fait qu’in fine, c’est à eux que reviennent principalement les prises de décision.

Mais loin d’être confinée à la seule sphère professionnelle, cette tendance touche tous les domaines. Elle pénalise la femme sur le déroulement de sa carrière mais aussi largement sur un plan personnel à savoir la confiance en soi.

Tant et si bien que le Macquarie Dictionary s’interrogeait le 7 juillet dernier sur l’opportunité d’intégrer ou non ce nouveau mot dans le dictionnaire tant il prend de l’importance.

« La soif de dominer s’éteint la dernière dans le cœur de l’homme »

Combattre le « mâle » à la racine via une appli.

Le compte Instagram de Woman Interrupted App

Cette attitude machiste dans le monde du travail est bel et bien réelle même si elle n’est pas forcément clairement identifiée. Est-ce une volonté d’asseoir définitivement une domination mâle ou juste une mauvaise habitude prise ? Qu’est ce qui fait qu’au travail, une femme ne puisse pas faire une phrase sans être interrompue par un homme ?

C’est un peu pour répondre à ces questions mais surtout pour contrer cette habitude que l’application Woman Interrupted a vu récemment le jour. Lancée par l’agence de publicité BETC Sao Paulo le 7 mars dernier, la veille de la Journée internationale de la femme, la promesse de l’appli c’est qu’il sera possible de recueillir en temps réel le nombre de fois où la voix d’un homme coupe la parole à une femme.

  • Moyen ?

« Pour mener à bien la campagne, l’agence a fait appel à une soixantaine d’artistes venus du monde entier (Inde, Pakistan, France, Italie, UK, USA…) à l’instar de l’artiste Monica Presti ou de l’illustrateur Jorge Tabajara afin qu’ils réalisent des affiches en vue de mettre les projecteurs sur la “Manterruption”. À travers des styles différents de visuels, les créateurs ont fait don de leurs œuvres en illustrant des situations où les femmes se font confisquer la parole. Les affiches dénoncent ce qui les réduit de fait au silence (main sur la bouche, bouches cousues, croix…) avec pour finalité la défense d’une cause commune à différentes femmes. Chaque pays matérialise sa vision du phénomène. Une vidéo existe aussi pour accompagner le lancement de l’appli.

  • Pour qui ?

« Bien qu’elle puisse être utilisée n’importe quand, BETC a créé Woman Interrupted en se concentrant sur la place des femmes sur leur lieu de travail » [1]. Sans doute parce que les évolutions ont plus d’échos dans la société quand elles passent par les sujets sur l’égalité des sexes dans le milieu professionnel. Et c’est un bon début. L’application a pour cœur de cible bien évidemment les femmes à qui on coupe la parole, mais aussi les hommes pour qu’ils prennent conscience du nombre de fois où ils interrompent une conversation.

  • Comment ça marche ?

Chaque utilisateur enregistre sa voix afin que le système puisse la mémoriser et la reconnaître. Puis les conversations sont analysées en arrière-plan de l’appareil via le micro. Pour autant, face aux inquiétudes qui peuvent s’exprimer, l’agence l’assure :  » Aucune conversation n’est enregistrée ou stockée ; tout passe par une automatisation dans l’analyse des données vocales traitées« .

  • Limites ?

Certains y voient le genre de d’initiatives qui peuvent paraître radicales et extrémistes et qui font que de nombreuses femmes refusent de se rallier à la cause féministe. Justement parce qu’elles sont perçues comme futiles car une fois de plus, l’objectif est de promouvoir des « droits égaux » par le biais de « voix égales ».

« Peu importent nos divergences, être femme doit nous rassembler. »

La méthode douce, toujours…

Ilustration de @studiopamelitas

De manière plus pragmatique, il s’agit pour les employeurs de se saisir de cette problématique, d’admettre sa réalité afin d’aider à la corriger.

La dirigeante de la société Nextions, Arin Reeves qui intervient sur les problématiques de l’intégration en entreprise exhorte ses clients repenser la façon dont les réunions sont menées. Une de ses suggestions est: plutôt que de lancer une question et d’attendre que quelqu’un s’exprime, la personne qui dirige la réunion pourrait faire le tour de la table et passer un objet à celui qui prend la parole. Tant que ce dernier a l’objet, il garde aussi la parole que personne n’est autorisé à couper. Cette règle quoique gênante au début, pourrait rapidement inscrire une nouvelle norme et favoriser l’équilibre des interventions de chacun. Le meneur des débat est ainsi garant d’un temps d’intervention égal et équitable pour tous.

Une autre méthode pourrait consister à épingler sur un tableau blanc ou sur la table de conférence une note bien visible qui invite tous les participants à éviter toute forme d’interruptions.

Dans la même logique, Judith Williams a recommandé des méthodes semblables, par exemple en prenant des mesures et en proposant une charte «zéro interruption» au début de chaque réunion.

On le voit bien, beaucoup de choses sont à faire dans le domaine. Et si pour certain il n’y a pas d’urgence en la matière, il faut quand même impulser une dynamique car le changement surviendra lorsque beaucoup de femmes auront su gagner le leadership dans des initiatives d’impact mondial.

La liberté d’expression c’est bien. Celle de l’expression jusqu’au bout est encore mieux.

Vilédé GNANVO

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