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11 mai 2020 : Tout repose sur le strict art…de mettre le masque

11 mai 2020 : Tout repose sur le strict art…de mettre le masque

La pandémie de Covid-19 a provoqué la mise en quarantaine brutale de millions de personnes. Elle est venue bousculer un domaine artistique déjà soumis à une certaine fragilité économique. Mais face à l’urgence des événements, les artistes ont dû improviser pour essayer de continuer leur activité. Il ont relayé les messages sanitaires et beaucoup se sont investis dans des projets solidaires pour venir en aide à ceux qui sont en première ligne.
Dans cet article, je mets en avant quelques projets avec les témoignages de 5 protagonistes du secteur, qui ont mis les mains dans le cambouis virtuel depuis le 16 mars.

 

La « pandéconomie »  

Les mesures de confinement dues à la pandémie ont frappé un secteur culturel en souffrance depuis longtemps, et qui fait vivre 1,3 million de personnes. Il est mis face à sa peur de ne pouvoir se relever facilement car malgré l’appétit des Français pour ce domaine, le poids économique direct de la culture a cessé de progresser depuis 2013 [1] .  En deux mois, les suppressions ou report d’événements se sont enchainés. Le printemps est la période propice aux foires ou salons d’art, qui se sont vus annuler les uns après les autres. Les galeries d’art sont fermées . Le manque de visibilité sur les dates d’ouverture n’est pas là pour rassurer. Les organisateurs sont confrontés à des dépenses déjà engagées. Pour beaucoup d’acteurs, structures ou artistes individuels, les charges fixes nécessaires à la production demeurent, que ne couvrira pas la suspension des activités pour une durée non déterminée. Ils y perdent donc une part non négligeable de sources de revenus.

La création artistique dans sa globalité est durement touchée. Pour l’heure, le vaste plan de sauvetage culturel évoqué il y a quelques jours n’a pas précisément détaillé quelles structures pourront ouvrir demain ni  les conditions sanitaires précises dans lesquelles cela se fera.

Et si on se penche plus particulièrement sur le street art, on constate qu’il paie un lourd tribut face au confinement. Nombreux de ses acteurs ont une pratique itinérante, et ont vu une grande part de leurs périmètres et supports d’expression (la rue, les murs…) devenir impraticables. Déjà que cette branche artistique doit jouer des coudes pour être reconnue à sa juste valeur dans une industrie culturelle aux enjeux variables… Sur son site le 24 avril dernier, le galeriste Joël Knafo mettait le doigt sur les difficultés à venir : A la sortie du confinement et dans les mois qui suivront, il y aura beaucoup de casses dans le street art, peut être plus que pour les autres disciplines de l’art contemporain.

La même inquiétude trouve échos chez d’autres artistes que j’ai eus à questionner. La peur du lendemain et les incertitudes sont bien réelles. Ainsi en témoigne l’artiste peintre  Annabelle Amory via deux post publiés récemment, l’un sur Instagram le 24 avril, l’autre sur Facebook le 05 mai .

Car contrairement aux idées qu’on peut se faire , beaucoup d’artistes  dont les street artistes vivent sous le seuil de pauvreté . La dernière étude de la Fédération de L’Art Urbain  montre que les ¾ des revenus de ceux interrogés sont issus de leur pratique artistique, et seulement 40 % d’entre eux se déclarent satisfait de leur situation économique

À la question quelles ont été les conséquences du confinement sur elle, l’artiste Carole b. m’explique en quoi la survenue des restrictions pendant cette période est compliquée. Même si elle réalise de petites œuvres, cela lui prend beaucoup de temps. « Les artistes ne sont pas tous riches. Il y en a pas mal qui vivent sous le seuil de pauvreté ». Elle s’est retrouvée comme beaucoup limitée dans ses possibilités d’acheter du matériel ou d’avancer correctement dans sa production de pochoirs car : 
– les points de vente étaient fermés
– les rentrées d’argent étaient de toute façon quasi nulles
– les mouvements de son lieu de confinement à celui de production irréalisables.
 
Allant dans le même sens qu’ Annabelle Amory qui met le doigt sur la précarité des artistes, le fait qu’il faille « payer pour être visible dans les foires ou salons » , les frais d’inscriptions qu’il faut avancer, Yarps , pochoiriste et locataire de la Galerie One Toutou avec le photographe Pierre Terrasson  aux Puces de Saint-Ouen, revient longuement sur sa situation . « Pour le travail d’artiste, ça va être vite réglé. Depuis la fermeture des Puces, c’est zéro recette. On va devoir continuer à payer les loyers. Ce n’était déjà pas joyeux avant, mais là, à l’ouverture, je ne pense pas que les ventes vont exploser, je doute que les gens viennent en nombre pour acheter ».
 
Dans ce contexte particulier, comment traverser cette urgence sans annihiler le désir de créer? Avec leurs appréhensions, ils ont cherché d’autres sources d’inspirations pour essayer de rester dans leur passion. Faire survivre à tout prix la pratique de leur art, conscients de ne peut-être pas continuer à pouvoir en vivre.
Et c’est une fois de plus grâce aux réseaux sociaux que beaucoup ont pu continuer à agir.

Entre la perf’ et la colère

Plusieurs street artistes ont décidé d’apporter leur soutien à ceux qui sont restés en première ligne, le personnel soignant en premier. Cela a souvent pris forme via des projets solidaires, avec la mise à disposition de nouvelles œuvres créées dans la foulée et diffusées de manière numérique.

A titre d’exemple, Carole b. revient sur ses engagements et égrène les raisons qui la poussent à se positionner sur un projet. Au début du confinement, elle a choisi de lancer en ligne un petit jeu concours pour faire gagner des personnes avec de petits moyens. A la clé, des cartes postales à écrire et un badge pour les personnes isolées encore plus fragilisées dans le contexte actuel et auxquelles on ne pense pas toujours. Car les associations ne peuvent pas apporter leur aide correctement comme elles le voudraient. Et les mettre en avant par une action concrète apparaît comme une priorité. C’est également ce qui l’a poussée à soutenir les aides-soignants réunionnais. Selon elle, les Dom Tom sont en général oubliés par la métropole, les structures ne sont pas toujours en place dans les territoires. Pour cela, elle s’est engagée à reverser une partie des ventes des affiches « Wonder Women » à la PTA 974 (Plateforme d’Appui Territoriale La Réunion), organisme chargé de soutenir les soignants de la Réunion.

J’ai voulu aussi sensibiliser à cette cause sur la disparité au niveau médical dans des départements qui sont loin et n’ont pas les mêmes facilités pour faire les soins, alors j’ai participé à un projet pour mettre en évidence un des départements les moins dotés médicalement parlant … En ce qui concerne le projet Re-naissances, c’est que là aussi il y a une partie des sommes qui est reversée à l’artiste. Parce que le solidaire c’est bien, mais il ne faut pas non plus se mettre soi-même en difficulté. Il est important de trouver le juste équilibre entre trouver de quoi subsister tout en apportant un maximum d’argent à une cause. Mais quoi qu’il en soit, dans tous les cas, il y a la satisfaction de voir que concrètement, les projets apportent des sous qui permettent aux structures d’acheter du matériel ou d’agir.

Carole b.

Artiste

Pour ma part, j’ai choisi de mettre le projecteur sur 5 initiatives lancées en ligne, qui sont venues concrètement en appui au besoin de sortir la tête de l’eau pour certains, et aux désirs d’évasions pour d’autres. J’ai pu à cette occasion recueillir la parole de quelques protagonistes au cœur de ces nouvelles organisations, en tant qu’initiateur de projets ou artistes créateurs engagés de longue date dans des causes solidaires.

ConFUNement : la simplicité et l’accessibilité à tous

ConFUNement par ami-imaginaire

J’ai un coup de cœur particulier pour ce projet car son objectif initial est simple: répondre de manière pragmatique à un besoin identifié sur le terrain, et couvrir des problématiques de la vie quotidienne d’un grand nombre de parents durant le confinement. Pour ce faire, la street artiste Ami imaginaire ( initiatrice de ConFUNement et par ailleurs engagée dans d’autres projets solidaires ) a invité et réussi à fédérer d’autres artistes pour qu’ils mettent en ligne des dessins à colorier , téléchargeables gratuitement. À ce jour, plus d’une cinquantaine de « super street artistes confinés » ont répondu présent et de nombreux foyers ont posté leurs réalisations .
Quoi de mieux pour en savoir plus sur son approche du projet que de lui donner la parole ?

1- Qu’est ce qui a déclenché le projet conFUNement ?
Ça a été un élan spontané de ma part dès le début du confinement, j’ai pensé à mes amis qui ont des enfants en bas âge qu’il allait falloir occuper, et j’ai également pensé à toutes les personnes qui comme moi se sont retrouvées dans un état d’anxiété extrême à cette période. Le coloriage c’est relaxant, ça permet de se concentrer sur quelque chose de fixe mais sans intellectualiser quoi que ce soit, c’est méditatif. Ça fait du bien de choisir des couleurs, de les associer, c’est calmant… Moi c’est ma thérapie depuis toujours ! J’en avais besoin à ce moment-là et je me suis dit que je ne devais pas être la seule …alors c’est quelque chose que j’ai eu envie de partager. Ça a été ma manière aussi de me rendre un peu « utile » dans ce contexte où on se sent complètement impuissant, et de continuer plus ou moins consciemment le travail que je fais dans la rue : du contenu gratuit et accessible à tous, qui (j’espère) redonne un peu de joie et de légèreté dans cette sombre période. Après, j’avoue que sur le coup ce n’est vraiment pas un truc que j’ai intellectualisé : j’ai eu envie/besoin de le faire, alors je l’ai fait, c’est tout.

2 – Tu penses au vu de son succès qu’il va se pérenniser ou qu’il restera une parenthèse virtuelle que tu essaieras de refermer une fois la pandémie passée ?
Quand Urban Signature m’a proposé d’héberger les coloriages et que nous avons proposé à tous les copains du street art de participer, je ne m’attendais pas à une telle réponse. C’est génial ! Il y a aujourd’hui plusieurs dizaines de coloriages, de plein de super artistes, pour tous les goûts ! Pour le moment je ne sais pas ce qui va advenir de tout ça après le confinement, nous n’y avons pas réfléchi (une fois de plus : ça a été un mouvement spontané, sans calcul particulier de ma part, je n’ai pas d’objectif caché). Il est évident que je ne pourrai pas continuer à cette cadence après le confinement, car mine de rien cela prend pas mal de temps (j’ai déjà du mal à tenir le rythme au bout de quelques semaines). Mais j’ai vraiment adoré partager ce type de contenu car ça a engendré un vrai échange humain – ô la joie de recevoir les photos de tous ces coloriages, des enfants et des grands ! Tous ces échanges, tous ces petits mots, ça fait vraiment chaud au cœur et ça m’a grandement aidée aussi ! – Donc je pense continuer à le faire ponctuellement de temps en temps. J’ai pas mal d’idées, pas seulement de coloriages d’ailleurs, je viens de finir un petit jeu ! J’aurai, je pense, également envie de regrouper tous mes coloriages ensemble, peut-être sous la forme d’un album souvenir, je ne sais pas encore. Pour le moment c’est pas très important, tout ce qui compte, c’est que ça vienne du cœur et que ça fasse un peu de bien.
Ami imaginaire

Street artiste et initiatrice de ConFUNement

RE-NAISSANCES : l’agilité dans la réalisation et le déploiement

Affiche expo virtuelle Re-naissance par Art Murs et Secourps Populaire

Après l’expo Naissances en février 2019, l’Association Art’Murs s’inscrit à nouveau dans un projet solidaire, via une exposition virtuelle. Le souci, est de continuer à soutenir les artistes, pour qui cette période peut s’avérer compliquée, sans revenus, sans exposition, sans commande de mur, etc… La démarche est désintéressée. Les artistes perçoivent 50 % du prix de vente de leur œuvre, et les autres 50 % reviennent au Secours Populaire pour les soutenir dans leurs actions. Les œuvres sont présentées au fur et à mesure de leurs créations sur les comptes Instagram et Facebook de l’association qu’on peut également contacter par mail ( assoartmurs@gmail.com ) pour acquérir celles qui sont encore disponibles. Au moment du bouclage de l’article, le bilan est :
– 65 artistes ont participé, parfois pour 1 ou 2 œuvres
– 48 oeuvres ont été vendues
– 12520 euros ont été récoltés dont 7487 euros reversés  au Secours Populaire
– Il reste une petite vintaine de productions d’oeuvres à venir d’ici au 15 mai

Voici ce que dit la Présidente de l’association à propos de cette expérience. 

Quel dynamisme ça a créé d’organiser en virtuel un tel projet ?
Par rapport aux artistes ? En fait, on a sollicité ceux avec qui on a déjà travaillé ou avec qui on avait des projets futurs. Ils étaient enthousiastes pour la grande majorité car eux aussi avaient envie de faire quelque chose qui a du sens. Ils ont été beaucoup sollicités pour certains projets ou ils sont totalement bénévoles. Ils étaient ravis d’y participer mais avec nous, le retour qu’on a eu est que « c’est cool que vous pensiez à nous car pour nous aussi c’est la galère en ce moment ». Ils ont pris conscience que l’asso Art ‘Murs est vraiment là pour eux, même pour ceux qui ne l’avaient pas encore intégré.
Et puis il y a eu un sacré dynamique autour de… on a eu énormément de sollicitations d’artistes pour participer au projet. Certains faisaient des trucs très sympas mais hors de notre ligne directrice donc ça a été compliqué de leur dire non parfois. Je me suis bien sûr posé des questions car dire non n’est pas toujours évident non plus…

Est-ce que ça pourrait changer des choses sur ta manière d’organiser les projets à l’avenir une fois la parenthèse fermée ?

Clairement, je trouve que ce projet est assez chronophage et le format n’est pas dans l’idéal de ce que j’ai en tête pour notre asso. Le format manque du type de relation qu’on a envie de développer et qui est l’ADN d’ Art ‘Murs. Les échanges et rencontres entre les publics… Ça disparaît complètement. Ce n’est donc pas une façon de travailler que j’ai envie de développer plus que ça. Pour autant, ça pousse quand même à la réflexion et bien entendu on en discutera avec tous les membres de l’asso. Peut-être que ça donnera des idées et qu’on se dotera d’outils complémentaires tirés de cette expérience.

Quel bilan tu peux dors et déjà tirer de ce projet ?

La communauté autour de l’art urbain est hyper active sur les reseaux sociaux et surtour sur Instagram. Et moi j’ai été surprise par le succès des ventes car beaucoup d’œuvres ont été produites et vendues. Et puis j’ai été assez agréablement surprise du nombre de gens qui, sans acheter, nous ont manifesté leur soutien par des remerciements et des encouragements. Ça nous conforte dans l’idée que notre initiative était à la place qu’on voulait pour elle. C’est vachement cool ! Ça donne la pêche pour continuer car il y a un côté fastidieux autour de l’organisation virtuelle…
D’ailleurs, on devait s’arrêter le 11 mais là je vais prolonger jusqu’au vendredi 15 mai. Ce sera la dernière date où de nouvelles productions d’œuvres seront faites. Les œuvres non vendues resteront accessibles mais il n’y en aura pas de nouvelles produites.
Sabine Meyer

Présidente d' Art'Murs et initiatrice du projet Re-Naissances

Projet CONFINEMENT : la solidité d’un réseau bien implanté

Page de Confinement  Festival d’arts urbains par Saato

Ce projet a été mis en place sur une idée du pochoiriste Raf Urban et en association avec Saato . Un appel a été lancé à plus d’une centaine d’artistes français dans le but de créer des œuvres en format A4 dans un délai court, afin d’apporter un soutien immédiat aux personnels soignants de France. Les œuvres créées sont exposées en ligne . Les recettes des ventes sont intégralement reversées au fond d’urgence de l’AP-HP via la Fondation AP-HP.
Le bilan de ce projet qui s’est achevé le 10 mai au soir:
– 208 artistes ont participé
– 274 oeuvres ont été produites et toutes ont été vendues
– 280 personnes ont contribué et permis de récolter 86365 euros , auxquels il faut rajouter 1350 euros de promesses de dons (règlements par chèques)

Ce « premier festival d’Art Urbain Confiné » a réuni plusieurs artistes de street art dont  Yarps qui m’a livré en quelques phrases les raisons de sa participation.

Quand ils m’ont contacté pour ce projet, j’ai trouvé que c’était bien. Quand je peux contribuer à mon petit niveau à ce genre de choses, je le fais avec plaisir car les hôpitaux et les soignants, je les connais bien. J’y ai fait pas mal d’allers-retours suite à mes accidents … Le personnel soignant est traité n’importe comment et là, c’était l’occasion de leur rendre hommage. Ils sacrifient leur vie et je pense que ça méritait au moins un geste. Pour le projet, j’ai réalisé un nouveau pochoir en prenant comme base  une matrice que j’avais déjà, car je ne peux pas tout découper là. Puis j’ai bombé et collé un masque en miniature . C’était ma petite pierre à l’édifice. C’est l’occasion d’ailleurs de parler aussi du travail numérique réalisé par Elvis Comica , une œuvre qui représente une infirmière elle-même passionnée de street art. Il y a là-dedans une vraie cohérence, la boucle est bouclée.

YARPS

Street artiste et locataire de la Galerie One Toutou avec le photographe Pierre Terrasson

#LESAMISDESARTISTES : l’ orientation « secteur »

Image tirée du site internet du projet #lesamisdesartistes

Les amis des artistes, c’est un collectif d’artistes issus d’horizons divers qui essaie via son projet de soutenir la création artistique . L’artiste met en vente jusqu’à 3 œuvres, dont au moins une à moins de 500€, ceci en accord, lorsqu’il y a lieu, avec la galerie qui le représente. Les œuvres sont publiées sur ses réseaux sociaux avec le hashtag #lesamisdesartistes . L’acheteur verse 70 % du prix directement à l’artiste et les 30 % restants sur une cagnotte solidaire Leetchi au profit d’une association assurant leur distribution auprès d’autres artistes. Le but est d’alléger les dégâts causés aux artistes impactés par les conséquences du COVID-19 . Une première opération a déjà eu lieu. L’opération 2 a débuté le 04 mai et sera en faveur du Bureau d’Aide Sociale de la Maison des Artistes.  Les inscriptions ou participations se font sur ce lien . En deux semaines d’opération, les sommes générées s’élevaient hier  à  60 000 euros de ventes dont 18 000 euros de dons 

L’artiste Annabelle Amory me livre ici sa motivation pour participer à ce projet

Alors, pour Les Amis des Artistes… En fait, depuis longtemps, je « déstocke » souvent des toiles pour en faire don à des associations qui les revendent. En cette période de confinement, j’ai renouvelé l’opération pour le projet Saato par exemple. Malheureusement, offrir des toiles signifie aussi ne rien toucher sur la vente. Avec les Amis des Artistes, je peux faire plaisir et me faire plaisir, mais également aider les autres artistes. Si la majorité des projets caritatifs de ce confinement sont en toute logique tournés vers le secteur hospitalier, il manquait des aides dédiées spécifiquement aux artistes. La seconde cagnotte des Amis des Artistes concerne le Bureau d’aide social de la Maison des Artistes, fonds dont j’ai pu personnellement bénéficier au début de ma carrière et qui m’a énormément aidée.

Annabelle Amory

Artiste peintre

CONFIN’ART: la prime à une galerie toute jeune

Image CONFINART tirée du site de la galerie WAWI
L’action CONFIN’ART menée par la Galerie WAWI  consiste précisément à mettre en lumière les œuvres que cette période inédite de confinement a inspirés à certains artistes. Elle souhaite ainsi faire partie de la chaîne de solidarité qui s’est formée, pour aider les plus vulnérables. La moitié des bénéfices réalisés par les ventes sera versée à la Croix-Rouge du 10e arrondissement de Paris , située dans la même rue que la galerie. Elle s’inscrit dans les actions comme « La Croix-Rouge chez vous » qui permet de maintenir  le lien social, par l’écoute et la livraison de repas, des personnes les plus isolées et vulnérables.

Au bal masqué, une valse pour l’art?

Comme on a pu le constater via cette sélection de projets, les initiatives individuelles ou collectives se sont multipliées en ligne à l’instar de Solid’Art  ou Creatives In Confinement que j’aurais pu également détailler…  Mais pour aider à mieux vivre le confinement, l’imagination déployée chez les artistes  pour représenter les masques n’a pas souffert de pénurie. Certains ont mis  en ligne d’anciennes créations, dans le but de relayer les consignes sanitaires nécessaires. Tous avaient en tête, la matérialisation d’un objet venu s’imposer dans notre actualité comme l’accessoire le plus efficace à ce jour pour contrer le virus.

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Cette effervescence autour de la création numérique aura été salvatrice pour certains, et c’est tant mieux. 
À partir de demain, notre vie quotidienne devra se réadapter à de nouvelles normes sociales, sanitaires.  D’autres formes  dans les rapports à autrui vont apparaitre.
Nous avancerons à tâtons entre confiance, peur, discipline et résilience. Nous nous lancerons dans ce futur en essayant de soulever progressivement tous les masques qui occultent notre devenir en commun.
Mais chacun d’entre nous caressera l’espoir que l’art résistera à l’épreuve et restera un des antidotes au virus.

Prêts pour le déconfinement ? La lutte continue !

Bas les masques

Bas les masques

Sous un pseudo…

Du masque ancestral au pseudonyme ou avatar virtuel, quel est le visage le mieux adapté pour s’exprimer dans un contexte où toute prise de parole peut être sujette à mauvaise interprétation ?

Les événements dramatiques qui ont eu lieu en France ces derniers mois, ont remis une fois de plus sur le tapis la question des identités cachées ou anonymats sur le net.

Parallèlement et de manière toute récente (juin 2016), le musée du quai Branly a été rebaptisé musée du quai Branly-Jacques Chirac. Pour représenter l’exposition qui est alors consacrée à l’ancien président de la République, féru et passionné d’arts premiers – dont africains -, rien de tel qu’un masque (masque en bois de l’époque d’Edo datant de la fin du XVIIIe et représentant le démon Obeshimi dans le théâtre Nô), sosie quasi parfait de son image maintes fois vue à la télé aux guignols de l’info.

La symbolique est forte, la ressemblance saisissante. Forte car de cet homme d’Etat mal aimé pendant les dernières années de sa présidentielle, on retient surtout aujourd’hui l’image de quelqu’un de cultivé qui attire toute la sympathie que reflète l’affiche de ce masque.

Pourquoi parler d’un ancien président français dans ce contexte précis ? Parce que le rôle du masque est divers et qu’à travers lui, on peut raconter l’histoire qu’on veut révéler ou non, ce qu’on a choisi de valoriser dans l’identité d’une personne.
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Masque Gèlède - Bénin

Autrefois, et encore aujourd’hui dans de nombreux pays africains, les masques étaient utilisés pour des raisons religieuses, mystiques ou philosophiques. Relais entre le monde des morts et la réalité des vivants, c’est aussi à travers eux qu’on peut aller à la quête de soi, en nouant un dialogue avec ses ancêtres ou les dieux que l’on cherche à approcher. Ce qu’ils véhiculent, c’est la notion du retour aux valeurs fondatrices de chacun d’entre nous. Ils sont des médiateurs, des objets de transition qui nous permettent d’endosser le rôle qui est le nôtre au sein de communautés ayant établi des règles à forte valeur sociale. Ils sont l’affirmation de l’attachement à ses origines et à ses cultures. Ils « permettent d’assurer la cohésion et la hiérarchie sociales, le respect des lois coutumières et la répression des comportements non admis dans un groupe » . Ils peuvent aussi servir à se divertir, à se défouler mais surtout à déconstruire la hiérarchie sociale telle qu’elle est instituée, chacun rentrant dans la peau de ce qu’il n’est pas en réalité. Cette fois-ci, c’est du côté du carnaval de Venise qui se tient chaque année qu’il faut se pencher. Car à l’origine « Pendant cette période, chacun vaquait à ses occupations masqué et pouvait critiquer et se moquer ouvertement des autorités et de l’aristocratie  » .

Du réel au virtuel

avatar afro

Si d’une manière générale toute cette symbolique religieuse ou ethnographique des masques s’est atténuée, (sauf par exemple dans des sociétés secrètes comme au Bénin où toute leur valeur et référence aux cultes et à l’animisme perdurent), on assiste encore à un besoin de prise de parole de personnes qui arborent un costume de scène qui n’est rien d’autre qu’un avatar ou un pseudonyme pour rentrer dans un nouveau corps, dans lequel il est plus libre de se raconter. Cette fois-ci, cela se passe dans un monde plus virtuel qui est celui d’Internet et des réseaux sociaux.

Rappelons rapidement l’origine des deux termes évoqués : l’avatar ou le pseudonyme.

Avatar : Dans « l’hindouisme, c’est une incarnation (sous forme d’animaux, d’humains, etc.) d’un dieu, venu sur terre pour rétablir le dharma, sauver les mondes du désordre cosmique engendré par les ennemis des dieux (les démons) » . L’avatar aujourd’hui, n’est rien d’autre qu’un masque virtuel.

Pseudonyme : Sur le plan étymologique, le pseudonyme est composé de pseudēs (trompé) et de ὄνυμα, onuma (nom) . Il fait donc clairement référence au mensonge, à la chose ou à la personne fausse. Mais son choix peut se faire pour maintes raisons car on lui donne souvent un sens qui fait échos à de nombreux éléments de sa propre personnalité. Le pseudonyme généralement choisi avec soin est donc souvent revêtu d’une histoire personnelle. Il peut être révélateur d’un état d’esprit voire d’une identité quand bien même celle-ci resterait virtuelle.

Masque

Du côté du réel comme du virtuel, une même question demeure, quelle que soit la forme que revêt cette envie de s’exprimer ou d’apparaître sous couvert. Comment expliquer ce besoin de se masquer si la dimension mystique ou religieuse a perdu de sa valeur ?

Si on se réfère une autre définition du masque dans le Larousse, on note qu’il est également « l’objet dont on se couvre le visage ou une partie du visage pour se protéger ». Le fait de s’afficher « caché » n’a donc pas forcément pour but de dissimuler quelque chose mais peut être guidé par la volonté de :

  • Libérer sa parole sans peur, la diversifier et porter des casquettes différentes.
  • Se confronter à soi-même car l’anonymat peut se révéler être un excellent indicateur de qui on est, de ce qu’on vaut… ou pas.
  • Se protéger des autres et ce faisant, protéger surtout les proches.

Derrière le masque

i am

Car il peut être nécessaire de rester à l’écart de toutes les attaques et les incidences que des prises de positions peuvent avoir sur une vie professionnelle ou personnelle. On a beau être dans un pays démocratique où la liberté d’expression est respectée, rien ne pourra délégitimer la nécessité dans certaines situations de taire son identité afin de faire évoluer le bon fonctionnement d’une cause.

De nombreux lanceurs d’alerte en ont fait les frais et si les journalistes sont aussi attachés au principe de la protection des sources ( donc le respect de l’anonymat ), ce n’est pas par simple souci de corporatisme. Leurs vies peuvent se retrouver en danger, des affaires juridiques peuvent être entravées quant à leur aboutissement.

En effet, ils sont bien réels les risques et les problèmes que soulève l’anonymat sur internet.
Maintes fois objet de controverse, l’anonymat est aussi une autoroute sur laquelle s’insèrent toutes les formes de défouloir haineux, les faits les plus crapuleux en partant des délits financiers jusqu’aux crimes les plus odieux. Le rôle des « trolls » ou les « haters », ces personnes anonymes qui sévissent sur le net et dont la spécialité est d’insulter sans états d’âme ni retenue leur cible, vient remettre en lumière les limites de la liberté d’expression et questionner sur les mesures à mettre en place pour garder un équilibre raisonnable.

La haine et les actions d’intimidation que ces internautes répandent sur certains réseaux sociaux poussent même à se demander par quel moyen faire sortir de l’ombre ces identités qui n’ont cure des drames qu’elles provoquent autour d’elles. Parce que, bien cachées derrière leurs masques ou leurs pseudonymes, la violence de leurs agissements n’en est que plus exacerbée.

Pourtant, dans le choix d’un pseudo, se manifeste une part de qui l’ont est, une volonté de proposer la face de soi qu’on veut mettre en avant ou taire. Il nous permet juste, le temps de notre présence en ligne de s’affranchir de contraintes et normes sociétales pour mieux laisser libre court à notre pensée. À travers un pseudonyme, on met en marche la construction d’une image de soi. Et il arrive que dans ce processus, l’image et la réalité de celui qu’on est finissent par ne former qu’une, même si souvent elles ne font qu’avancer ensemble en se regardant en chien de faïence.

Inconsciemment ou pas, le pseudo peut être le reflet d’un trait de personnalité. Ce fut le cas de celui j’avais gardé un temps : e-Lionne

Pourquoi ce pseudo ?

Lionne

1- D’abord à cause d’un mot, un qualificatif qui m’était adressé quelques fois: « Féline ». Tiens donc…

Est-ce un qualificatif lié aux origines africaines, révélateur d’un ensemble de stéréotypes inconscients qui persistent chez les gens? Après tout, le félin vit dans la brousse, et dans beaucoup d’imaginaires, les Africains viennent de la brousse. Dans ce cas et d’une certaine manière, cela résumerait les stigmates qui restent de la pensée postcoloniale que certains Européens ont gardé des femmes « exotiques ». C’est l’image très sexuelle du volcan qui couve chez une femme asiatique pourtant d’apparence extérieure très froide ou celle dévalorisante de l’animalité encore présente chez la femme africaine. Si l’Africaine en apparence est séduisante et sensuelle, au fond, elle resterait une bête dont la sexualité fantasmée continue d’être objet de fascination ou de jalousie. Le lien établi depuis la période médiévale entre l’exotisme et la bestialité a du mal à s’effacer .[1]

Dans d’autres cas, on peut voir simplement dans ce qualificatif un compliment pour honorer une force de caractère qu’on met en avant.

2- Ensuite parce qu’ en prenant du recul, j’ai trouvé intéressante la coïncidence de ce qualificatif avec mon signe astrologique (Lion). Finalement, il me définit un peu même si je n’ai l’âme ni d’une chasseuse ni d’une prédatrice. Je ne masque pas mon jeu. Je ne suis pas cet animal capable de dissimuler pour mieux sauter sur sa proie.

Devinez-moi

Moi coté pile ©No Fake In My News

Et sous le pseudonyme d’e-Lionne, il y avait seulement l’identité d’une femme inconditionnellement forgée par deux cultures et attachée à ce qui de là-bas lui a permis d’être ici et aujourd’hui qui elle est. Elle refuse de choisir. Son identité s’est construite avec deux univers chevillés au corps ce qui fait qu’elle ne se sentira plus jamais une seule des deux nationalités.

Contrairement à ce que certains aiment véhiculer, sa nationalité française n’est pas un masque lui servant à dissimuler sous celle de ses origines, quelque chose de malfaisant dont il faut se méfier. Bien au contraire, son souhait, c’est de se fondre dans la masse, en étant une anonyme bienveillante comme la grande majorité des gens, et que soit masquée définitivement l’expression « minorité visible ».

Au fait, il parait que l’une des deux identités astrales [2] de la France serait Lion ! Mais là c’est encore un autre débat qui nous mènerait dans un univers qui ne me parle que peu car, même en tant que femme issue de la région du monde où est né le Vaudou (Bénin) mon intérêt pour l’ésotérisme, les astres et tout cet univers mystique est très minime.

Vilédé GNANVO

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