Art urbain

Février 2020 : « arte callejero » en Uruguay

Février 2020 : « arte callejero » en Uruguay

Puisque nous sommes confinés, j’ai décidé de repartir en voyage. Je vous embarque donc avec moi à travers des photos de street-art prises lors de mon récent séjour de trois semaines en Uruguay, petit pays d’Amérique du sud où il fait très bon de vivre.

Montevideo

Montevideo, capitale la plus méridionale du continent américain est située dans le sud de l’Uruguay, en bordure du Rio de la Plata et se développe autour d’une baie qui forme un port naturel, l’un des plus importants du cône Sud. [1]

Longtemps, on pouvait y peindre partout sur les murs, le graffiti et le street art étant considérés comme des formes d’expressions des cultures populaires. 2014 marque un tournant car la loi interdit alors le graffiti vandal (Selon l’article 13 de la loi 19 120 de 2013 qui a modifié l’article 367 du Code pénal ). Le street-art se voit confiné à certaines zones, avec un calendrier organisant la rotation des murs à peindre.  

Aujourd’hui, l’art de rue sucite plus d’intérêt. Pour les artistes, il reste l’occasion de traduire en créations, les débats et les conflits qui secouent la société. Certaines institutions perçoivent mieux le potentiel touristique qu’il peut représenter, et la possibilité qu’il donne de renouer le dialogue avec des populations dans des quartiers délabrés. 

Les murs de Montevideo regorge donc de graffitis, de pochoirs, de fresques politiques ou artistiques et des dessins de toute sortes. J’en ai sélectionné quelques uns pour vous. 

Mur réalisé par Fitz et Theic Licuado - Montevideo- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« La résistance » . Mur peint par le Collectif Licuado lors du Festival de Arte Urbano Wang en mars 2018. Édith, Adriana et María Luz représentent trois des centaines de femmes qui étaient prisonnières politiques il y a quelques années sous la dictature. La fresque symbolise le soutien mutuel qu’elles se portaient à travers un réseau d’entraide qui existe encore pour mener les recherches jusqu’aujourd’hui.  L’œuvre se trouve au croisement des rues Cabildo et Miguelete .

Mur réalisé par Nino Cobre - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur peint en mars 2018 par Andrés Petroselli mieux connu sous le nom de  Cobre. Il représente l’écrivain populaire Eduardo Galeano, manière pour l’artiste de rendre hommage au peuple uruguayen. L’oeuvre se trouve au croisement des rues Sarandi et Colón

Mur réalisé par Leandro Bustamante Reina - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Les baigneurs de Rambla Sur »  . Fresque murale réalisée en novembre 2019 par Leandro José Bustamante Reina sur les murs extérieurs de la coopérative Coovisur. L’oeuvre est visible sur la Rambla Grande-Bretagne, entre les rues Maldonado et Andes.

Mur réalisé par Pardos , Ganga Positive - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé en avril 2019 par Mokek et  Pardos . L’œuvre se trouve au croisement des rues Barrios Amorín y Colonia

Mur réalisé par JUAN - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur peint par l’artiste JUAN lors du Festival de Arte Urbano Wang en mars 2018. L’œuvre se trouve à Pasaje de la via

Mur réalisé par FOLK , Wendchinita, MIN8 - Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Une partie d’un mur peint en janvier 2017 pour rendre hommage à une Coopérative de femmes qui se sont battues en construisant de leurs propres mains un logement décent pour leurs familles. Ici, l’œuvre des artistes  Folk , Wendchinita et Min8

Mur réalisé par le collectif Licuado - Montevideo- Uruguay 2020 - -©nofakeinmynews.com

« Sororité  » .  Mur réalisé par le Collectif Licuado. La fresque met en évidence « Les femmes unies par un tissu invisible de fraternité » (Marcela Legarde) . C’est un appel pour un monde égalitaire. L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et Perez Castellano

Mur réalisé par CondE COF et eXRandÖmyKo - Montevideo- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé collectivement par CondE  , COF et eX RandÖmyKo . L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et Solis

Mur réalisé par Pardos, El Santo, LEA, Andres Letop, Ivan Salazar - 1- Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com
Mur réalisé par Pardos, El Santo, LEA, Andres Letop, Ivan Salazar - 2-Montevideo - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur collectif réalisé en février 2019 par Pardos , El Santo , LEA , Andres Letop , Ivan Salazar . L’œuvre se trouve au croisement des rues Cerrito et ciudadela

Dolores, Villa Soriano, Durazno , Colonia del Sacramento

En dehors de Montévideo, j’ai pu découvrir de belles pièces dans des villes comme Cabo Polonio, Colonia del sacramento, Durazno, Dolorès ou encore Villa Soriano…

Dans la plupart de ces endroits, même si les murs sont moins recouverts de street-art, le désir des artistes de montrer leur travail dans les lieux publics reste intact. Ils contribuent ainsi à égayer le quotidien des habitants en injectant de la couleur au paysage .

Des événements comme le festival El Arte a las Calles à Colonia del sacramentao se mettent en place et tout porte à croire qu’ils vont se pérenniser. Des collaborations enrichissent les créations lors des résidences d’artistes qui existent.

Certaines œuvres anciennes sont très ancrées dans le paysage. Elles résistent au temps qui passe en faisant un formidable pied de nez à ce qui caractérise aussi l’art de rue: son côté éphémère.
 
Mur réalisé par le collectif Licuado - Villa Soriano- Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Al ritmo del rio » . Peinture murale réalisée en 2013 par le Collectf Licuado lors du séjour à la résidence Vatelón. L’œuvre se trouve au croisement des rues Cabildo et 19 de Abril à Villa Soriano.

Mur réalisé par Soy Luxor - Dolorès - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé en 2016 par Soy Luxor en guise de soutien aux habitants de Dolorès après une tornade qui a fait énormément de dégâts en avril 2016. L’œuvre se trouve au croisement des rues Asencio & Carlos María Solari à Dolorès

Mur réalisé par HOPE - Villa Soriano - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Mur réalisé par HOPE en septembre 2019 lors de la résidence d’artistes à Valeton . L’œuvre se trouve au croisement des rues Lavalleja et Piedras à Villa Soriano.

Mur réalisé par Hudson Henrique - Cabo Polonio - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Synergia« . Mur réalisé en août 2019 par Hudson Henrique à Cabo polonio 

Détail mur réalisé par RAF et AS1 KNCR crew - Colonia del sacramento - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

Détail du mur « La trilogia andina » réalisé en septembre 2018 par Rafael Boa Morte et AS1 KNCR CREW dans le cadre du festival « El Arte a las Calles » à Colonia del sacramento . L’œuvre se trouve au croisement des rues Rivadavia et Vicente P. García à Colonia del Sacramento

Mur réalisé par Nicolas Rodriguez - Durazno - Uruguay 2020 - ©nofakeinmynews.com

« Le petit prince » . Mur réalisé par Nicolas Rodriguez en février 2020 . L’œuvre se trouve Plaza Itala Mondragon à Durazno

Pour finir…

Les photos que je vous ai proposées ici ont été prises principalement lors de moments d’oisiveté, dans des rues principales ou latérales. J’ai souvent découvert les murs par hasard, ce qui explique la présence de réalisations anciennes et récentes. Les artistes énumérés ne sont qu’un échantillon de ceux qui créent actuellement dans tout le pays.

Le street art étant en perpétuelle évolution, nul doute que sur place vous trouverez d’autres très belles choses partout où vous regarderez autour de vous.  Et pour les personnes qui ne veulent pas se fier au hasard des découvertes mais organiser leur voyage autour d’événements précis,  sachez qu’il existe StreetArtUY, une carte interactive qui vous permettra de géolocaliser des oeuvres  dans certaines villes que vous visiterez . 

Vilédé GNANVO

A.O.B : L’expo qui concilie esthétique et éthique

A.O.B : L’expo qui concilie esthétique et éthique

Depuis le 25 septembre 2019 se tient à la Maison du don de la Pitié-Salpétrière l’exposition « A.O.B – l’Art Œuvre pour la Biodiversité ».
 
À l’origine de cet événement, l’implication de 3 acteurs : L’Établissement Français du Sang ,  l’association Noé  et l’association Art’Murs . Les 2 premiers sont mus par le même engagement pour la Vie : – la collecte de dons de sang, de plaquettes ou de plasma pour l’un, les actions de préservation et de restauration de la biodiversité pour l’autre [1] . Quant au troisième, c’est une association créée en 2018, regroupant des passionnés de street art [2], qui a réussi à fédérer autour de ce projet sept artistes acquis aux causes d’une alliance écologie – art [3] .
 
Chacun des trois acteurs a par son investissement le désir d’éclairer un peu plus l’autre et d’ouvrir une passerelle entre la créativité et la sensibilisation aux thèmes de la vie.

Un engagement fort

En rentrant à l‘EFS, tout primo donneur a l’occasion de voir s’atténuer l’appréhension qui peut le saisir, car il est d’emblée accueilli dans un décor de créativité. Une manière aussi d’interpeller les donneurs réguliers par la proposition d’un espace dans lequel le regard change.

Avec une esthétique scénarisée par le choix des organisateurs, les murs sont habillés par une diversité d’œuvres réalisées dans  des techniques différentes. Les contraintes, la nécessité et l’urgence du besoin de dons (pour vivre ou guérir) sont tempérées par un cadre propice à l’exploration artistique qui permet de véhiculer une approche sereine de la pratique.

La puissance du message global de l’exposition s’appuie également sur la présence de l’association NOE qui s’emploie depuis longtemps à mettre le projecteur sur la beauté de la nature qui nous entoure.
Ici, le visiteur donneur ou le personnel de l’ EFS sont invités à se pencher sur les aspects liés à la biodiversité. Ils voient l’occasion de creuser des liens plus profonds entre les hommes et son environnement par le biais du travail artistique, le secteur de la création se refusant à être déconnecté des dommages causés à notre nature.

De fait, en intégrant l’art dans cet espace voué à la vie, chacune des thématiques qui s’y trouvent semble s’accorder de manière fluide. L’ art et la biodiversité s’épanouissent en tandem. Les toiles exposées offrent une opportunité rare de se saisir du beau pour s’approprier des causes qu’on pourrait croire éculées.

Dans cette dynamique et parce que le street art peut être utilisé pour encourager le dialogue public sur ces thèmes, l’association ART’MURS a choisi pour son troisième grand évènement de proposer un groupe d’artistes connus pour leurs convictions écologiques. Elle affirme ainsi son engagement en faveur du bien commun qu’est notre planète, en offrant une exploration artistique enrichie et en poussant à un examen des répercussions de la dégradation de l’environnement sur les êtres vivants.

Artistes divers, techniques variées

Tous ont conçu des oeuvres qui d’une manière ou d’une autre appuient sur les fragilités de notre écosystème, les ravages que subit la nature ou la menace qui pèse sur les animaux . 

Avec la serie Graffaune de Daco, les pochoirs Don’t make us history de Polarbear ou les dessins croqués par Philouwer ( soit dit en passant, Philouwer est un donneur  régulier du centre de la Pitié Salpêtrière qu’il fréquente depuis des années) les pratiques qui menacent les espèces en voie de disparition sont pointées du doigt pour susciter notre intérêt. 

D’autres comme Moyoshi proposent la série Décharge sauvage pour sensibiliser sur les effets néfastes du consumérisme sur l’écosystème. Teuthis montre son engagement en faveur de la conservation des récifs coralliens avec ses œuvres, La murène commune et l’anémone fontaine. Nadège Dauvergne dénonce via Exodus  l’appauvrissement du milieu naturel en animaux sauvages, tout comme Ami imaginaire avec ses collages d’animaux aux motifs colorés réintroduits sur les murs des paysages urbains.

L’intégralité des œuvres présentées sont proposées à la vente  sur  French Art Collection  . Une partie des ventes sera reversée au bénéfice de l’association Noé pour soutenir ses actions en faveur de la biodiversité. [3]

En fin de compte,  A.O.B se différencie de bien d’autres expositions par son articulation autour de 3 structures engagées. Cette initiative inspirante est une manière poétique et amusante de faire passer un message : l’urgence de s’intéresser, préserver et contribuer par l’acte à ce qui constitue l’essence de la vie, tant chez l’homme que dans la nature.

Et pour réunir tous ces artistes autour de cette cause, il a fallu la mobilisation des membres de la  jeune association ART’Murs , fondée par une femme passionnée et déterminée qui s’appelle Sabine Mayer .

Vilédé GNANVO

Infos pratiques :
Exposition « A.O.B – l’Art Œuvre pour la Biodiversité »
Il est encore temps d’y aller car l’expo a cours jusqu’au 2 novembre 2019  à la Maison du don de la Pitié Salpêtrière – 12 rue Bruant, 75013 Paris.
Lundi de 9h à 14h  / Mardi, mercredi et vendredi de 9h  à 16h  / Jeudi de 12h à 19h  / Samedi de 9h à 17h

Elle a aussi vocation à être prolongée jusqu’au 14 décembre au centre de Crozatier.
Et n’hésitez pas à donner votre sang, cause aussi importante.

Sources :
[1] Dossier de présentation de l’association ART’MURS
[2] Je suis membre de l’association
[3] Dossier de présentation de l’association ART’MURS
[4] Site de l’association ART’MURS 
 

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Strokar Inside : nouveau temple des arts urbains à Bruxelles

Aujourd’hui, on voyage exprès d’un coin à l’autre pour admirer les plus belles formes d’art urbain. C’est ce que j’ai fait en me rendant récemment à Bruxelles pour découvrir STROKAR INSIDE ouvert depuis le 6 septembre 2018 en plein centre de la Capitale Européenne.

Depuis plus de 30 ans, l’art urbain ne se limite plus aux murs. Il entre régulièrement dans la scène des galeries d’art, s’approprie des espaces plus ou moins clos. L’underground est plébiscité par le grand public. Beaucoup d’initiatives existent pour permettre aux artistes d’être actifs en s’intégrant dans des projets éphémères, et rendre accessible un art longtemps ostracisé.

STROKAR INSIDE est un exemple de ce type d’initiative. Il a été mis en place par l’association non lucrative Strokar, « fondée en mars 2016, par Alexandra Lambert – CEO de Mad Brussels, fashion and design Platform, et Fred Atax , réalisateur et photoreporter durant 20 ans. » [1]  L’espace étendu sur 5 000 m2 se situe Chaussée de Waterloo et réunit les œuvres de plus d’une centaine d’artistes dans un ancien supermarché Delhaize Molière. C’est « un concept total combinant un musée, une galerie, un espace bar, un shop, des solo shows d’artistes, un skate park, une foire d’art, des expositions, un parcours de fresques, des projections de films et documentaires, des happenings et performances autour du street art et du graffiti à un niveau international. » [2]

Strokar Inside 2018 - @No Fake In My News
Via cet événement, l’objectif est de faire de cette capitale européenne « une plateforme internationale qui atteste de l’écosystème global du street art et de l’art dit urbain ». [3]  Pas étonnant vu l’engouement suscité par cet art qui marche de plus en plus dans les pas de l’art contemporain. Une ville comme Bruxelles se devait de disposer d’un tel référentiel. L’association Strokar s’attelle à cette ambition.

Si au premier contact j’ai eu très peur de l’apparente froideur dans le hall d’accueil (l’espace gagnerait en présence humaine plus chaleureuse) la scénographie dès l’entrée donne à l’ensemble une impulsion indéniable. Je remarque la signature de Joachim Romain, STeW et Vincent Bargis me proposent de danser, ZDEY m’invite à explorer : la découverte peut commencer.

Étendue sur plusieurs niveaux,  l’expo nous plonge  dans les possibilités du street art en tant que discipline. On devine  le dévouement que chaque artiste a mis dans sa création, les heures de « labeur » qu’il y a consacré sans que cela n’altère en rien la spontanéité nécessaire à cet univers. L’œil est guidé de manière agréable sur tout l’espace. Les styles se juxtaposent en laissant entrevoir une fluidité dans le rythme.  Les œuvres exposées sont aussi intéressantes que la lecture des thèmes sociaux du moment qu’elles abordent. Le féminisme est célébré par Lady Jday, le consumérisme, le gaspillage et le recyclage sont dénoncés via  l’installation du collectif Iretge . Alexandre Keto quant à lui rend hommage à l’apport du Congo dans l’histoire Belge, les travailleurs de Jaune sont bien visibles dans le paysage.

La fin du parcours est plus sombre. Nous voilà face  à la réalité de la condition humaine. Les squelettes de KLAAS VAN DER LINDEN se pendent, dansent, s’embrassent, prient ou s’aiment. La mort rôde avec les pochoirs de Dr Bergman ou sous forme allégorique avec YU

Entrer dans cet espace m’a libéré de l’inquiétude du moment, le temps de ma visite d’environ 1h30 qui s’achève sur l’exposition de toiles de 2 grands noms du graffiti new-yorkais : T-KID et Cope2

L’ambition d’ « attirer les plus grands artistes ou des talents montants du Street Art, du Graffiti, de la Peinture et de la Photographie urbaines …et sensibiliser le grand public à la beauté de la discipline », devrait pouvoir se pérenniser sans trop de souci. Le lieu est voué à se renouveler à s’enrichir de la contribution de nouveaux artistes. 

Le supermarché du street art est ouvert, allez y faire vos courses ! 

Vilédé GNANVO

Pour plus d’informations : 
Strokar Inside : 569, Chaussée de Waterloo 1050 Bruxelles.
Le lieu est ouvert du mercredi au dimanche (11 heures – 18 h 30 / 22 heures : bar) pour le grand public.
Pas de date de fin décidée pour le moment

Sources : 
[1] – [2] – [3] http://strokar-inside.com

Regardez l’art dans les yeux !

Regardez l’art dans les yeux !

Nous sommes tellement envahis de flux d’images que de nombreuses œuvres présentes dans le paysage échappent à notre vue. Mais si on prend la peine de bien ouvrir les yeux, on remarquera sur nos murs une grande variété de regards qui nous observent en permanence. Dans cet article, j’ai sélectionné quelques-uns de ceux qui ont attiré le mien, dans l’optique de mettre à l’honneur l’un des 5 sens du corps humain : La vue.

Petit rappel du Sens

La vue nous permet d’observer et d’analyser l’environnement à distance au moyen des rayonnements lumineux. [1] Quant au regard, il symbolise entre autres l’action de porter la vue sur quelqu’un ou quelque chose. [2]  C’est par cette action que j’ai photographié les œuvres de différents artistes que je propose ici, et qui représentent des regards observateurs, charmeurs, interrogateurs, attristés, effacés, désabusés ou encore admiratifs….

Il n’est pas toujours facile de trouver les mots justes pour décrire une expérience visuelle. Je vous épargne donc toutes les sensations que j’ai ressenties en les voyant car L’œil le meilleur ne vaut pas une règle. [3]  Mais outre l’esthétique, elles ont toutes en commun d’avoir provoqué en moi l’espoir d’être au plus près du message qu’a voulu délivrer l’artiste. Pour autant, c’est avec mes émotions du moment que je les ai abordées, ce qui reste je crois la manière la plus honnête de les recevoir.

Le sens du regard

Placé dans le cadre des jeux de séduction, le pouvoir du regard est indéniable car c’est un objet de désir. En tant qu’instrument de communication, le mouvement des yeux peut se substituer à une boussole qui invite ou repousse l’autre à entrer en contact.

Regard de femme par FKDL ©No Fake In My news

Œuvre photographiée sur un mur du 10e arrondissement de Paris. Ce regard de femme est signé FKDL acronyme de Franck Duval. C’est un artiste peintre français, né à Paris en 1963. Spécialiste de l’art scotch et du collage, il rejoint le monde du street art en 2006. Il vit et travaille à Paris où on croise régulièrement sur les murs ses créations colorées, joyeuses et souvent véhiculant des messages positifs.

Pochoir par l'artiste Coco - ©No Fake In My news

Pochoir réalisé par l’artiste Coco , photographié sur les murs de Ménilmontant à Paris. Cette artiste est une étudiante en Histoire et Histoire de l’art, passionnée de dessin et de street-art.

Regard de femme voilée par AFK - ©No Fake In My news

Portrait d’une femme voilée par AFK photographié à Vitry-sur-Seine (94). Sur un mur à coté, l’auteur l’a accompagné du message « Treat her Right Bro ! » . AFK est un artiste, pochoiriste qui vit en Norvège et préfère garder l’anonymat. Il travaille les tons de gris avec une injection subtile des deux couleurs qui marquent sa signature : le rose et violet. Il introduit des questions considérées comme tabou dans la sphère publique afin de pousser à un questionnement sur notre monde conventionnel .

L’essence du regard

À lui seul le regard a le pouvoir de refléter des états d’esprit qui n’ont nul besoin d’être formulés par la parole: la tristesse, l’ataraxie, la peur, l’inquiétude, l’espoir, le questionnement et d’autres encore. Il porte le poids de la pensée. Les interprétations qui l’accompagnent proviennent bien sûr des codes culturels dans lesquels on a évolué. Mais il peut aussi convoquer autour de messages fédérateurs et à ce titre, il est un langage universel.

Ouvriers de Baudin par EvazéSir - ©No Fake In My news

« Ouvriers de Baudin » . Cette installation du duo d’artistes EvazéSir, membre du collectif no rules corp a été réalisée au Mausa . Evazé et Sir sont des acteurs d’art urbain avec leur propre style alliant graffiti, pochoir , collage ou peinture. Très actifs à l’international, ils réalisent des installations et des fresques murales composées de l’univers particulier de chacun, toujours teintées de pointe d’humour.

Papa. C’est quoi l‘argent ? par PBOY - ©No Fake In My news

« Papa. C’est quoi l‘argent ? » Cette fresque représentant un enfant en plein questionnement a été faite par PBOY ( Pascal Boyart ) dans le 19e à Paris. C’est un artiste peintre basé à Paris qui a commencé son parcours en se faisant un nom dans le milieu de l’art urbain. Dans beaucoup de ses réalisations, il questionne la représentation du regard et l’exploration de son potentiel expressif.

"In the eyes" par Big Ben - ©No Fake In My news

« In the eyes » est une œuvre de Big Ben , artiste autodidacte influencé par Bansky et Blek le rat. Il offre un regard à la fois enfantin et terriblement aiguisé sur notre époque via des détournements et autres compositions artistiques, pour un résultat qui déclenche la bonne humeur. On retrouve plusieurs de ses créations sur les murs de Lyon, notamment dans le quartier de la Croix Rousse où ce regard de David Bowie a été photographié.

Le sens par le regard

Et puis il y a les regards qui scintillent et nous ouvrent les portes sur des univers plus abstraits. Entre fiction et réalité, leurs éclats magiques nous dirigent vers une dimension nouvelle dans laquelle nous voulons nous balader. La machine à explorer les rêves se met en marche.

Oeuvre de Marko93 et Averi - ©No Fake In My news

L’œuvre est signée Marko93 aka DarkVapor, le french lighter et Averi . La photo a été prise prise sur les murs du 6b à Saint-Denis (dpt 93) . Marko 93 est artiste issu du graffiti et de la calligraphie depuis les années 80. C’est surtout au début des années 2000 qu’il perfectionne et popularise le procédé du light-painting qui devient aujourd’hui la marque de fabrique de son art. Quant à Averi, c’est un personnage de la scène graffiti de Bretagne depuis le début des années 90. De ses throw-up très identitaires, il humanise ses lettres et se donne aux portraits en “driping” associant formes construites et peintures plus libres. [6]

Oeuvre de Daze - ©No Fake In My news

Œuvre réalisée sur les murs de Vitry sur Seine. Son auteur Chris Daze Ellis a commencé sa carrière en peignant les métros de New York dans le milieu des années soixante-dix alors qu’il fréquentait la High School of Art & Design. Il est l’un des rares artistes de cette période à avoir réussi la transition du métro à l’atelier.

Oeuvre d'Andrew wallas - ©No Fake In My news

Photo prise sur les murs de Montreuil dans le cadre de l’événement It’s gonna be PaintFull III . Son auteur, Andrew Wallas est un artiste autodidacte et polyvalent influencé dès son plus jeune âge par la culture américaine hip-hop. Dans les années quatre-vingt-dix, il décide de se consacrer exclusivement à la peinture. Il est aussi à l’aise avec un pinceau qu’avec une bombe aerosol. Il cherche constamment l’harmonie à travers les formes, les volumes, les ombres et les lumières. [4]

Oeuvre de JALLAL - ©No Fake In My news

Mur réalisé par l’artiste graffeur Jallal membre du Crew LFE (La Fine Équipe) sur la façade de L’ART SEINE 22b quai d Austerlitz Paris 13.

Un petit mot pour finir…

« J’ai la conviction absolue que le sens et l’interprétation d’une œuvre d’art ne sont pas définis une fois pour toutes par l’artiste ni son époque, mais qu’ils sont enrichis par chaque regard, chaque visiteur » Marie Lavandier, directrice du Louvre Lens, historienne de l’art et anthropologue de formation. [5]  

Céz Art : fenêtre ouverte sur des animaux pop

Céz Art : fenêtre ouverte sur des animaux pop

C’est lors d’un passage récent à Reims que j’ai eu l’occasion de voir une partie des réalisations de Céz Art, un artiste rémois de 28 ans. Son travail est un mélange de pop art, d’art urbain, et de graphisme. Il décrit ses peintures comme une fenêtre ouverte sur un monde onirique souvent non humanisé où la vie prolifère [1].

Avec ses collages dans les rues, il se sert de matière biodégradable pour réaliser des créations figuratives, colorées et  principalement axées sur le thème de la nature et des animaux.

J’ai pu découvrir les œuvres qu’il a produites au parking Buirette à Reims, en collaboration un autre artiste du nom de Jean Luc Breda , dans le cadre du projet Color Fusion. Pour cela, ils ont eu l’appui de Champagne Parc Auto qui leur a laissé carte libre pour leurs réalisations.

À l’entrée du parking, une fresque murale nous accueille. Elle est le résultat de l’univers des deux artistes, avec le style figuratif de l’un et l’univers plus abstrait de l’autre.

Les œuvres ont été reproduites et ensuite collées. En tout, elles sont 22 à être disséminées un peu partout, et sur chaque palier des cinq niveaux du parking. Elles sont disposées dans des endroits stratégiques de sorte à être visibles par le plus grand nombre d’usagers ( sas d’ascenseur, entrées, sorties…) . Avec leurs couleurs vives, elles ont pour but de réduire le côté anxiogène que peuvent provoquer les parkings, généralement froids et bétonnés. Les automobilistes peuvent ainsi échapper à la sinistrose habituelle de ces lieux souterrains.

Parallèlement, au Pavillon CG où Il expose de manière permanente, Céz Art est aussi à l’honneur à l’Office du Tourisme de Reims où il nous propose via « Animal Feather » quelques-unes de ses toiles les plus récentes. À travers les animaux, il axe sur le nécessaire retour à la nature en dénonçant une société tellement modernisée et aseptisée qu’elle en devient dénuée de toute humanisation [2] .

Toiles de Céz Art - ©No Fake In My News
Angry monkey-Panda is the new king -Homeless
Flamingo Acrylique et aérosol sur toile par Céz Art - ©No Fake In My News
Fusion #1 - acrylique et aerosol sur bois - par Céz Art- ©No Fake In My News
Happy monkey – acrylique et spray sur toile 2

Pour ces collages urbains, il utilise des matières biodégradables, avec un mélange de papier, eau et fécule de pommes de terre. Cela est en parfaite adéquation avec un artiste soucieux de mettre à l’honneur les problématiques proches de la nature, source de vie de part sa diversité. Ses créations peuvent aussi se retrouver sur d’autres espaces comme ci dessous, avec la réalisation de la fresque Léo à l’Hôtel Akena.

Projet Color Fusion 6- ©No Fake In My News

Je suis totalement conquise par son univers d’animaux poétiques, colorés, parés d’ailes et de plumes.

 

Vilédé GNANVO

 

Pour en savoir plus:

Exposition permanente 2016-2017
​PAVILLON CG ​7 rue Noël – Reims
Horaire : 9 heures-15 heures / 18 h 30-23 heures sauf mercredi et mardi soir

​Exposition « Animal Feather » à l’Office du Tourisme du Grand Reims  (Parvis de la cathédrale 6 rue Rockefeller)
Du 24 novembre 2017 au 1er janvier 2018  Entrée libre ; Ouvert tous les jours

Sources :

[1]    http://cez-art.wixsite.com/cez-art/c-z-art
[2]    www.facebook.com/events/252996848560989
À Reims, l’art entre au parking

L’expo KEO au Ferry

L’expo KEO au Ferry

 

Depuis le 18 novembre, Le Ferry accueille dans ses locaux l’exposition de plusieurs œuvres de l’artiste KEO, peintre plasticien, spécialiste du post-graffiti. Dans ce lieu de lieu de fabrique culturelle à Palaiseau, l’artiste nous offre une rétrospective et des nouveautés sur son travail qui révèlent la créativité et la diversité de ses modes d’expression.

Biographie de KEO

Personnage représentant KEO

Originaire de la banlieue sud de Paris, il découvre le graffiti à l’âge de 17 ans. Il fait la connaissance et intègre deux « crew » (STK ==> Soul Terrifik Kidz et DST) pour peindre à la bombe, souvent dans l’urgence et de nuit. Son parcours en graffiti s’achève vers le milieu des années quatre-vingt-dix, période où il commence à travailler en agence de communication pour quelques années. [1]

En 2006 il décide de se consacrer pleinement à sa création personnelle. Sa matière première devient la récupération d’objets provenant de l’environnement urbain : plaques de métal, des objets, des plans, des photos. Il a conscience d’emprunter à l’art moderne, contemporain, ainsi qu’à l’art brut. Également né à l’ère des médias de masse, il se nourrit d’images télévisuelles, éditoriales, publicitaires et numériques, de bandes dessinées. [2]

L’exposition commence dans une première salle.

On découvre une série de ses créations sur du matériel de récupération qui proviennent des encombrants de métal, du bois ou divers matériaux. On voit son travail de transformation d’objets usuels en œuvres d’art, loin de l’académisme formaté. Il crée des œuvres abstraites, les supports s’y prêtent parfaitement. Il illustre avec justesse l’environnement dans lequel l’humain vit, et qui est voué à se transformer. On est de fait questionné sur ce qui nous entoure et leur usage.

 

Puis il y a une deuxième salle dans laquelle on suit l’évolution de sa création.

Ici, il revient à la peinture via le portrait, ce qui lui permet de renouer avec son amour du dessin et du graff. Dans toute cette série, les regards apposés sur le métal sont vifs, souvent captivants. Cette galerie de portraits semble nous inviter au dialogue pour mieux cerner la fragilité des choses. Il y interroge de manière métaphorique les étapes que la vie nous réserve avec les mystères inscrits sur les visages. La froideur implacable du métal est atténuée par la finesse des traits des personnages et la précision du travail à l’aérosol. On est beaucoup plus dans l’expressif avec un mélange savoureux d’art contemporain et art brut.

En continuant dans la salle, le visiteur admire des œuvres crées avec des techniques différentes. Il y a des petits et grands formats, des dessins réalisés au stylo à bille sur vieux papiers, des œuvres où s’entremêlent graff, peintre et où l’aérosol est souvent convié. Il a un univers très éclectique. Mais la variété des genres n’occulte en rien la cohésion entre les différents éléments exposés. Bien au contraire, elle nous fournit des billes sur le parcours singulier de l‘artiste, sur son identité.

Ambiance générale

Après le tour des lieux, j’ai une discussion avec l’artiste que j’ai la chance de rencontrer sur place. Elle révèle toute la simplicité de quelqu’un qui semble conserver ce goût pour l’Autre. Je suis frappée par sa pudeur et le souci du partage qui semble être le sien. J’aime les œuvres qu’il expose. Le temps d’une expo, je rencontre une personne dénuée d’artifice, loin de toute volonté d’être hissé au-dessus des autres et qui a pris le temps de revenir sur son parcours.

Une parenthèse d’échanges à laquelle j’ai pris plaisir à participer, sans jamais quitter des yeux les œuvres exposées.

Vilédé GNANVO

Plus d’informations

Sur l’artiste KEO:
Site internet: www.keoner.com
Facebook : https://www.facebook.com/keo.peintre

Sur l’exposition :  du 18 novembre au 23 décembre 2017
Le Ferry ; 10 avenue de Stalingrad, Palaiseau
Horaires d’ouverture : Mercredi de 14 heures à 19 heures / Vendredi de 17 heures à 19 heures / Samedi de 14 heures à 19 heures

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