Événements culturels

AKAA 2017: reflet de la créativité artistique d’Afrique

AKAA 2017: reflet de la créativité artistique d’Afrique

Il y a presqu’un mois, l’art africain était de  nouveau célébré au cœur de Paris. Et l’événement qui a mis un projecteur sur la scène artistique contemporaine d’Afrique c’est AKAA , autrement dit Also Known As Africa, foire fondée et dirigée par Victoria Mann . AKAA  peut se définir comme une foire inclusive dont l’objectif réside dans l’échange de perspectives avec et pour l’Afrique, autour de la diversité de sa création.

Le rendez-vous qui en est à sa deuxième édition s’est déroulé du 10 au 12 novembre 2017, dans un lieu marqué par une dimension culturelle très forte : le Carreau du Temple dont la seule évocation est un gage de succès. Cet événement mêlant professionnels, amateurs et collectionneurs d’art africain a réuni des spécificités de 150 artistes venus de 28 pays différents. Outre les stands d’exposition des galeries, on pouvait aussi assister à des rencontres et débats mis en place par la directrice de la programmation culturelle Salimata Diop , avec des artistes dont le travail s’articule autour de la thématique de guérison.

Je n’ai pas connu la première édition de la foire. Mais après le printemps parisien dédié à l’art africain que j’évoquais dans mon article  L’ Afrique au Waximum , c’était là une nouvelle occasion pour découvrir une gamme encore plus variée d’expression artistique contemporaine. L’état d’esprit des 60 artistes présents (composés autant d’habitués que de nouveaux talents invités par des galeries) était propice au partage. Ils ont su tisser des liens avec le public venu voir leurs œuvres. Tout le monde s’est accordé sur le fait que cette foire était pleine de fraîcheur, avec une simplicité et un dynamisme assez peu fréquents dans de pareils salons.

Il faut dire que l’effervescence autour de la création contemporaine africaine est de plus en plus palpable dans le réseau mondial de l’art. Et tout ce qui contribue de près ou de loin à sa visibilité est salutaire à bien de niveaux . En ce sens AKAA 2017 a vu juste en s’inscrivant dans la volonté de favoriser la rencontre avec un public français et une diaspora africaine qui est de plus en plus apte à s’impliquer comme acheteurs. Ceci même en plein débat sur les initiatives menées de part et d’autres du continent africain  (par exemple le  Bénin) pour la restitution des biens culturels pillés ou déplacés de force par d’anciennes puissances coloniales. La pérennisation et la réussite d’un tel événement pourront consolider une fois pour toutes l’art africain encore perçu par certains en France comme un effet de mode, alors même qu’il a depuis longtemps séduit le continent asiatique.

La scénographie soignée mise en avant par les galeries invitait indéniablement à s’attarder sur les stands d’exposition. Quant à la valeur marchande des œuvres des jeunes artistes, elle reste abordable . Comme le souligne Victoria Mann [1]  « À AKAA, la majorité des œuvres vendues se trouvent dans une fourchette de 4 000 à 6 000 euros ».

Ces trois jours m’ont laissé voir les inspirations et la pluralité d’une scène artistique qui témoigne de la vitalité d’un continent, loin des seuls indicateurs économiques focalisés sur le PIB. Je retrouve dans les œuvres créées le fil conducteur d’une Afrique qui évolue sans cesse sur les plans culturels, démographiques, démocratiques et  économiques.

Les peintures satiriques de Zemba Luzamba ,  JP Mika ou encore  Amani Bodo  dressent les portraits des pouvoirs sociaux et politiques ayant une incidence sur les peuples du continent.

Alexis Peskine avec dans son œuvre « Le radeau de la Méduse » livre une lecture sur la réalité de la politique migratoire, avec des protagonistes prêts à tout pour embarquer vers des terres inconnues, des aventures insoupçonnées et parfois hostiles. Dans la même lignée, j’échange avec  Freddy Tsimba sur sa sculpture  « Centre fermé, rêve ouvert » , entièrement faite d’objets de récupération (de sac plastique, d’acier et de cuillères soudées)  et directement inspirée d’une expérience vécue lors d’un passage (de manière légale)  à une frontière européenne.

Centre fermé, rêve ouvert de Freddy Tsimba - scupture et instalation avec de la récupération de cuillères

Avec les représentations des guerriers bantous ou les portraits d’individus décontextualisés de l’artiste contemporain et urbain Kouka , nous renouons avec l’histoire culturelle africaine et sa manière de s’accommoder des restes de la colonisation, visibles dans les traces laissées par les flux migratoires.

Oeuvre de Kouka Ntadi

 

À titre encore plus personnel, trois autres points m’ont marquée

1- L’hommage rendu au sculpteur Ousmane Sow qui a beaucoup fait pour l’art de la jeunesse africaine. À cette occasion, Lilian Thuram a livré un récit sur sa rencontre avec l’artiste et la Ville de Paris a annoncé sa décision de commander une œuvre majeure de l’artiste.

Lilian Thuram évoque en présence de Béatrice Soulé  sa rencontre avec Ousmane Sow

Sculptures réalisées par Ousman Sow

2- Le témoignage Joana Choumali qui essaie de panser les plaies post-attentat de  Grand-Bassam en mars 2016, via ses photographies brodées. Ce travail qu’elle a appelé « Ca va aller » s’inscrit largement dans une pratique liée à un processus de guérison et pose la question de comment surmonter les chocs traumatiques de cette ampleur. « L’œuvre d’art est un pansement psychologique car on y cherche toujours quelque chose pour nous apaiser. C’est une manière de se soigner » dira-t-elle lors des échanges.

3- L’exposition des créations de plusieurs artistes Béninois parmi lesquels Dominique Zinkpè , Marius Dansou , Remy Samuz  de la Galerie Vallois , engagée depuis longtemps dans la mise en avant des talents de cette partie du monde. Mais d’autres oeuvres des artistes  Romuald Hazoumè,   Pélagie Gbaguidi ou  Emo de Medeiros  étaient également visibles à la foire.

Tous ces exemples choisis ne sont qu’une partie de ce qui était représenté. Mais cette partie-là a remporté ma totale adhésion. Bien évidemment, lors des rencontres, plusieurs débats se sont invités dans les discussions. La question de la potentielle  ghettoïsation de ce genre d’événement centré sur l’Afrique a été évoquée. Il en ressort que :

–     l’art africain pour se fondre dans l’art tout court, doit s’affirmer, se réapproprier ses propres codes culturels et héritages afin de se défaire du cliché « ethnographique » qui le définit trop souvent.

–    sans ce genre d’événement, la visibilité des artistes africains reste faible ici, tant sur le « Où » que sur le « Quand ». Or faire un focus sur eux est une manière de donner des exemples positifs, d’offrir des références auxquelles les Africains peuvent fièrement s’identifier.

– cela fait partie d’un ensemble  d’outils mis à disposition pour que les artistes témoignent de leur richesse culturelle  et aussi de leur génie plastique.

Sans titre de Omar Mahfoudi
Les fruits de Korotoumou de Méderic Turay

Je terminerai en disant que le pari d’AKAA de rendre pérenne ce rendez-vous et de l‘ancrer dans une place à forte valeur culturelle est plus que légitime. Cette année encore, environ 15 000 visiteurs ont marqué leur intérêt à la foire. Et des 38 galeristes qui ont participé à l’événement, beaucoup ont déjà confirmé leur présence pour l’édition 2 018.

 

Dans ce sens, AKAA a su occuper un espace nécessaire, en proposant cet agenda au cœur de la capitale française.

Vilédé GNANVO

Sources
www.akaafair.com
[1] Art contemporain africain : 2017, année charnière ?

Du street art sur le Boulevard des Capucines

Du street art sur le Boulevard des Capucines

 

C’est au 25 Boulevard des Capucines, non loin de la place Vendôme mondialement reconnue pour héberger les plus grands joailliers de la planète qu’a débuté le week-end dernier l’événement à but artistique et caritatif Les Capucines du street art.

Autour de ce projet, il y a l’organisateur : La société 1848, acteur de l’immobilier impliqué dans l’art et la mise en place d’événements artistiques. C’est elle qui a procédé au choix des artistes, de la logistique et des partenaires que sont Projets Plus Actions et Boesner .

Et puis AXA IM – Real Assets , le sponsor de l’exposition qui a fait aménager et mis à disposition des artistes un espace de 720 m² dans un immeuble en attente de restauration, afin que ceux-ci y expriment librement leur art. [1]

La société Axa IM – Real Assets, connue pour ses activités d’investissement et gestion d’actifs, accompagne déjà depuis plusieurs années des projets artistiques liés à la promotion de jeunes pianistes, via Les Capucines de l’art. Mais c’est la première fois qu’elle met en avant une exposition de street art pour permettre à des street artistes d’y réaliser des installations. Et en choisissant un tel lieu, il y a comme l’écrit sa Directrice de la Communication Jocelyne Tamssom , la volonté d’offrir « une visibilité exceptionnelle aux artistes, instaurant ainsi une harmonie entre l’immeuble et la ville au service de l’Art ». [2]

Il y a aussi l’implication d’une trentaine d’artistes qui ont laissé libre cours à leur imagination et investi les lieux. Des façades extérieures de l’immeuble aux divers recoins, différentes formes d’art urbain (graffiti, lettrage, installations, aérosol, peinture…) ont trouvé des espaces à recouvrir. Le tout a été réalisé sous la direction artistique de Cannibal Letters, K-litystreet et Wuze qui ont su réunir d’autres artistes reconnus et actifs sur la scène urbaine aujourd’hui. C’est l’occasion pour eux de mettre en lumière dans un tel lieu, un style de création qui a parfois été snobé par le une partie du monde de l’art.

Il y a enfin l’investissement de l’association  Projets Plus Actions .

Un espace lui a aussi été réservé par Axa IM qui lui a permis d’installer une galerie d’art éphémère, composée d’œuvres plus ou moins récentes, réalisées et mises en vente par les artistes impliqués. Le but ici est de concilier art et action caritative. L’association espère par ce biais collecter les fonds issus de la vente afin de procéder au financement d’initiatives comme la construction d’une ferme école au Bénin, le soutien à des cantines scolaires ou encore la plantation de 10 000 arbres à Madagascar. [3]

Je rencontre Véronique, une bénévole de l’association qui est ce samedi-là en charge la gestion de la galerie. Elle est dynamique et très enjouée. Elle me donne envie d’en savoir plus sur cette association, moi qui étais venue là surtout pour voir des œuvres. J’ai l’occasion aussi d’échanger avec Jean Marc Civière, l’un des cofondateurs de Projets Plus Actions. Il me parle un peu de l’origine de l’association et des projets menés à travers le monde, notamment au Bénin , pays qui a inspiré la réalisation de la structure en 2006.

Véronique , bénévole à l'association Projets Plus Actions

Projets Plus Actions (PPA) est une Organisation de Solidarité Internationale créée en 2006 et dont la vocation est d’intervenir en appui technique et financier auprès d’initiatives et d’acteurs locaux. Parmi ses nombreuses réalisations on peut en citer 2 qui ont vu le jour au Bénin en 2016 :

  • Pour la Protection de la forêt de la Lama au Bénin : Fourniture de 4 270 repas pour un centre de recueil d’enfants maltraités
  • Pour la Protection du parc de la Pendjari : Acquisition de 3 hectares de terrain en vue de la conservation des espaces naturels / Création d’une activité de maraîchage / Création d’une activité d’agroforesterie
  • En cours de réalisation et en partenariat avec l’association locale Ecodec, il y a la construction d’une ferme école au Bénin, dans la région de Tanguiéta. [4]

En fin de compte, si dans l’ensemble Les capucines du street art agrègent des œuvres de niveaux différents, on retrouve bien l‘esprit d’un parcours à découvrir, similaire au concept d’autres événements passés ( Rehab2 ; le Lab 14). D’ailleurs, on y recroise aussi plusieurs noms d’artistes qui étaient intervenus sur les murs et avaient présenté leur travail.

Ici, l’espace est plus confiné, plus froid aussi. Néanmoins, il est agréable de voir ce genre d’événement dans ce quartier plutôt réputé pour des manifestations culturelles plus élitistes. Qui plus est, ça fait du bien de constater que l’intérêt porté à l’art urbain est grandissant et que des institutions comme AXA IM – Real Assets y apportent désormais leur contribution en termes de logistique et de mise à disposition d’espaces qui servent le projet des artistes.

Enfin, la portée caritative qui s’est ajoutée au projet ne fait que renforcer ma motivation pour inciter le maximum de gens à aller sur place pour découvrir cet événement. Foncez, il reste 5 jours !

Vilédé GNANVO

Liste des artistes ayant participé au projet

Cannibal Letters ; K-litystreet ; Wuze , Banga, Caligr Oner ; Christophe Violland ; Cosby ; Cost TPK ; Cromz ; Dante ; Dem Dillon ; Djalouz ; Doudou Style ; Furious Five ; Kal Dea ; Hakic ; Kay One ; Mg La Bomba ; Morne ; Oker ; OnePesca ; Piman ; Pimax ; San One ; Sainte-Faust ; Sheik ; Softtwix ; Solak ; Sonac ; Manu Ibrahim ;Tempo NOK

Pour plus d’informations :

« Les Capucines du Street Art » sont ouverts du 17 au 26 novembre 2017.
25 / 29 boulevard des Capucines 75002 PARIS
Entrée libre et gratuite . Horaires d’ouverture : De 18 heures à 22 heures du lundi au vendredi. / De 10 heures à 20 heures le samedi et dimanche.

Expo « Between walls » de SETH : l’antre de deux mondes

Expo « Between walls » de SETH : l’antre de deux mondes

 

Il y a des expos dans lesquelles on se sent tellement bien qu’on a envie d’y rester. On veut se fondre dans les toiles, on souhaiterait être le résultat de la création l’artiste.

À chaque fois que je vois une œuvre de Seth, que ce soit une fresque murale ou une installation en galerie, j’ai cette sensation-là. Je jalouse ses personnages. Mais je sais que loin de l’esthétique qui ressort de sa technique de peinture, leurs histoires ne sont pas forcément enviables. Car derrière ces innocences juvéniles, ce sont souvent des lieux chaotiques qui servent de décor à l’exploration de l’artiste.

SETH

Né à Paris en 1972, l’artiste Julien Malland commence à peindre dans les années quatre-vingt-dix des personnages sur les murs du XXe arrondissement sous le nom de Seth .

À partir de 2003, il parcourt le monde dans l’intention d’échanger avec d’autres artistes urbains. Il veut susciter un dialogue entre les différentes cultures et s’ouvrir à de nouvelles pratiques de création dans l’espace public. C’est l’un des street artistes français les plus voyageurs, il concilie les deux passions, c’est Seth Globe-painter .

Entre technique d’expression moderne et représentation traditionnelle, il transforme des façades ordinaires avec des fresques géantes qui accrochent le regard.

Il reproduit souvent des enfants du monde entier, imaginés dans des espaces hors de toute pesanteur ou très délimités, et dont les visages sont aspirés dans des cercles aux couleurs de l‘arc-en-ciel.

Bambin en short : Fresque par SETH à Paris - ©No Fake In My News

Avec l’exposition « Between walls » qu’il nous présente à la Galerie Itinérance, on est invité dans un monde qu’on se plaît à imaginer. Dès l’entrée de la galerie, on sent qu’on rentrera dans un environnement propice à la réflexion, voire à une réelle introspection.

Enter the vortex par SETH - acrylique et aérosol -Expo « Between walls » 2017 - ©No Fake In My News

À l’intérieur, il y a près d’une trentaine d’œuvres (installations, peintures et sculptures) et on retrouve l’univers de l’artiste : de la poésie, des enfants et aussi des livres comme outils d’accès à la connaissance. On ressent le souci de susciter la créativité des enfants par l’éveil à l’art. L’éducation, la culture et le savoir élèvent les esprits et pourraient leur permettre de sortir des zones socialement vulnérables dans lesquelles ils sont. Ils traverseront symboliquement ainsi les murs pour aller voir de l’autre côté.

L’artiste est socialement engagé et impliqué dans des causes : ça se ressent. Il s’investit partout où la promotion de l’éducation peut provoquer la curiosité et élargir la vision du monde des enfants. Car on le sait, un esprit créatif peut se révéler un contre-pouvoir à la violence. Par l’imagination il peut trouver une sorte d’échappatoire et ouvrir son esprit sur un autre ailleurs. [1]

L’artiste pousse également à la réflexion sur des sujets universels : la solitude, l’enfermement, le désœuvrement de certaines populations nées au mauvais endroit, au mauvais moment. On devine bien à l’attitude et aux postures physiques des enfants que leurs vies ont été soumises à rudes épreuves.

Bien qu’il nous laisse libre de mettre le visage qu’on veut sur ces personnages, le voyage qu’il nous propose ici pourrait tout aussi bien être le nôtre. Une aventure humaine dans laquelle on se reconnaîtrait avec l’espoir qui semble toujours au bout. Chez lui, le plafond de verre n’a pas de raison d’être. Même en zones difficiles, il y a une lueur potentielle.

En plus des 25 toiles préparées exclusivement pour cet événement, il y a une série de sculptures, résultat d’un an de travail pour l’artiste. Elles retranscrivent en volume l’univers qu’il déploie depuis quelques années et nous permettent de plonger dans un imaginaire poétique. [2]

Dans son univers, j’ai pour ma part plongé sans aucune difficulté. J’avais déjà eu la chance de rentrer dans sa tête à au MAC Lyon en septembre 2016 à l‘occasion de l’expo Wall Drawings, Icônes urbaines . Dans l’installation qu’il avait faite, on retrouvait des autoportraits sans portraits via l’affichage de 1000 dessins d’enfants du monde entier. J’y avais vu des témoignages de gens que l’artiste enrichi des rencontres de ses voyages nous transmettait par son art.

Moi dans "IN my head" au MAC Lyon en 2016 - ©No Fake In My News

Ici, à Lyon ou dans toute son œuvre, le choix des enfants fait appel à la part d’innocence qu’il y a en chacun de nous et invite à réfléchir sur quelque chose d’universel que tout le monde peut saisir. Objectif atteint !

Vilédé GNANVO .

Informations pratiques :

Pour en savoir plus sur l’artiste : Seth

L’exposition « BETWEEN WALLS » est en cours jusqu’au 9 décembre 2017 à la Galerie Itinerrance
24bis Boulevard du Général Jean Simon 75013 Paris; 
Ouvert du mardi au samedi de 12 heures à 19 heures

Quand l’artiste Yao Metsoko nous embarque sur ses Zems

Quand l’artiste Yao Metsoko nous embarque sur ses Zems

 

Depuis le 6 novembre, l’artiste Yao Metsoko présente son solo show Zémidjan à la Galerie Carole Kvasnevski, avec une série de toiles réalisées spécialement pour l’agence.

Dès l’annonce de cette exposition, la Béninoise que je suis a voulu saisir cette occasion de traverser à distance les rues de Cotonou en 2 roues. Me voilà donc au vernissage le samedi 11 novembre pour voir le travail présenté par l’artiste, mais également pour une immersion dans l’ambiance du pays.

C’est dans un décor chaleureux et en présence d’autres artistes africains comme William Sagna , Euloge Ahanhanzo Glèlè ou encore Richard Afanou Korblah que j’ai apprécié l’univers sensuel, coloré et ludique de l’artiste.

Yao Metsoko - ©No Fake In My News

Yao Metsoko est un artiste franco togolais. Très tôt il est encouragé par sa mère à dessiner. Il consolide ensuite sa pratique en peinture et en sculpture par des formations tant à Londres qu’à Paris où il vit actuellement. Son travail oscille entre tradition et modernité avec des références aux symboles ayant marqué son enfance et ses voyages.

En présentant ces toiles, il montre avec humour le quotidien des Togolais, usagers d’un moyen de transport qui a d’abord émergé au Bénin dans les années quatre-vingt-dix : Le Zémidjan ( expression de la langue FON du Bénin qu’on peu traduire par « emmène-moi vite » ou encore « prends-moi brusquement »). Et quiconque ayant été dans l’un des deux pays a dû faire l’expérience de ces taxis moto devenus incontournables pour se déplacer dans tous les recoins des villes. Également appelés Zem, leur succès a depuis franchi les frontières bien au-delà de ces deux pays.

À travers cette exposition, l’auteur met également l‘accent sur l’une des thématiques phares et récurrentes dans ces œuvres : son amour pour la féminité. Les décors quasi inexistants, uniformes ou en gris contrastent avec les couleurs vives des formes généreuses et galbées des femmes à l’arrière des motos.

Oeuvre de Yao Metsoko
Oeuvre de Yao Metsoko

Toute la vie sociale semble se dérouler sur les deux roues, avec ce que cela contient comme situation absurde. Le mouvement reflète le dynamisme de cette société. La nature imposante des engins représentés par l’artiste semble montrer la place prépondérante qu’occupe ce mode de transport dont se sert une majorité de la population.

En représentant un taxi mobile, capable d’aller partout dans des villes embouteillées et en peu de temps, c’est aussi la réalité d’une classe sociale qu’on observe, voyageant sur ces 2 roues. On y transporte des familles entières, du mobilier et même quelque chose d’aussi peu probable que des poules. Situations cocasses pour certains, dangereuses pour d’autres, les difficultés surmontées peuvent être symbolisées par la taille des volailles qui débordent, ou par les personnages littéralement écrasés sous le poids des charges transportées.

Oeuvre de Yao Metsoko
Oeuvre de Yao Metsoko
Oeuvre de Yao Metsoko

Rien n’échappe donc au regard de l’artiste sur le tragique des situations. Il y critique de manière subtile le fait que l’insolite des « zems » n’occulte en rien les dangers liés à la sécurité routière. Cette réalité peut transparaître dans le choix des couleurs. Un phare par ci éclaire sur la faible distance entre la moto et le camion. Une ligne jaune apparaît comme celle à ne pas franchir pour éviter la mort à une famille entière dont les membres roulent sans caque de protection. Toutes ces scènes se déroulent sous les « regards » alerte des lumières de la ville.

Oeuvre de Yao Metsoko
Oeuvre de Yao Metsoko

Je ressors de cette expo la tête remplie de questionnements sur la pollution de l’essence frelatée qui alimente ces zems. Je commence à cogiter sur les infrastructures routières en place là-bas pour accueillir tous ces engins… De passage au Bénin en 2016, j’ai fait partie de ces nombreuses personnes à avoir posté des images « insolites » de Zémidjan.

Zemidjan chargé - Bénin ©No Fake In My News

À cette époque-là, il n’y avait aucune place pour des analyses de situation. Tout juste la légèreté de quelqu’un qui vient de se recharger en vitamines du bercail.

Avec les œuvres de Yao Metsoko, forcément les interrogations reviennent. Je réalise en quoi son travail m’a touchée :

  • Il réunit en un seul endroit toute la beauté et le danger d’une même situation, qui prennent d’autres proportions quand on est loin du pays.
  • Il me remet en mémoire des aspects du Bénin que j’aime tellement : le mouvement, la débrouillardise et la vitalité des habitants.

Et de toute cette ambiance qui se dégage des toiles, de la chaleur qui en émane, je me sens envahie par un désir de prendre un billet d’avion sur-le-champ, pour échapper aux longs mois d’hiver qui se profilent…

Vilédé GNANVO

Informations pratiques :

Pour en savoir plus sur l’artiste : Yao Metsoko

L’exposition est en cours jusqu’au 30 novembre 2017 à la Galerie Carole Kvasnevski
39 Rue Dautancourt
75017 PARIS
Téléphone : +33 6 50 589 496

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