Focus street-art

Bang … Bang ! Le street art ne m’a pas achevée.

Bang … Bang ! Le street art ne m’a pas achevée.

L’image des armes est à la fois emblématique et controversée. D’aucuns diront d’elles qu’il s’agit de simples outils au service de ceux qui les manipulent. D’autres y voient des objets destructeurs portant en eux tout le mal. Quoi qu’il en soit, l’arme a depuis longtemps été un « outil d’artiste ».

Bien loin de l’idée que je me faisais quand j’ai pensé à cette thématique, la question de sa présence dans les œuvres de street art n’occupe pas une place prépondérante dans le débat public.

En 2014, en Grande Bretagne, un projet culturel (Le plan Good Graffiti du Conseil de district du West Dorset) a fait l’objet d’une controverse par le simple fait que l’affiche représentait un pistolet. Symboliser la société occidentale via le prisme cinématographique du cow-boy au revolver n’a pas été accepté par tous. [1]

Bien entendu, il peut être légitime de se demander en quoi le pistolet reste simplement une matière qui inspire le créateur d’art et quel est le niveau de violence provoqué par l’impact visuel des œuvres qui représentent les armes.

Sans doute que cela dépend du contexte social. Ce que je constate est que l’usage des armes est omniprésent sur nos écrans télé, sur le net ou dans les jeux vidéo. Alors que ces médias ont été très souvent remis en cause pour incitation à la violence après des événements tragiques, on ne peut pas en dire autant de l’art urbain.

Les créations en street art participent souvent d’une démarche de confrontation, de défi à la société. En Europe, Il semble que cet art soit bien plus orienté vers l’esthétique que vers le pur militantisme. Cela ne veut pas dire qu’il renonce ou n’assume pas un engagement citoyen [2]. Mais la méthode de revendication ou contestation ne passe pas nécessairement par la mise en avant de menaces ou des armes.

Le street art armé que j’ai croisé n’en rajoute pas en termes de violence. Loin de là. Il en atténue l’effet par le recours à de multiples références culturelles ancrées dans l’imaginaire. Les illustrations de pistolet chez certains artistes renvoient vers l’amour des premiers westerns avec des cowboys pour héros, des icônes de pop art ou de la musique, ou encore des personnages cultes de science-fiction. L’arme semble être comme beaucoup d’autres objets, le lien entre l’auteur et ses souvenirs ou idoles. À la multitude des styles de création s’ajoute inévitablement le désir de diffuser des messages, de rendre hommage aux héros de BD, films policiers ou romans noirs.

Bien sûr, l’impact de l’affichage brut d’une arme à feu peut être déstabilisant. Qu’elle soit représentée dans sa réalité ou de manière abstraite, sa perception ne laisse pas indifférent. Et à travers ces images pleines de sens, nous sommes invités à voir la société dans laquelle nous vivons.

 

  • Elles nous conscientisent à travers des détournements humoristiques de l’objet tout en gardant un sens profond lorsque ce dernier joue son vrai rôle d’arme.
  • Elles happent notre conscience en nous interpellant sur ce qui se passe.
  • Elles nous accompagnent dans nos souvenirs quand elles font référence aux mêmes idoles que nous.
  • Elles nous rassurent lorsqu’elles s’affirment en vecteur de messages pacificateurs.
  • Elles nous invitent à mener une réflexion profonde sur notre environnement sans jamais nous forcer la main.
  • En fin de compte, elles ne nous dirigent que rarement vers la violence basique ou gratuite, et si elles nous secouent c’est souvent pour nous protéger.

Mon parti pris d’observatrice.

Ceci dit, on ne peut pas faire totalement abstraction du statut de l’arme dans notre société. C’est un objet qui permet de faire mourir ou de laisser vivre. En tant qu’instance de pouvoir, son rôle est énorme car il est là pour être craint, il dissuade. Si sa représentation imagée est à la portée de tous, sa détention est légalement réservée à quelques-uns, et son usage est socialement approuvé en fonction des contextes dans lesquels on se trouve.

Pour autant, mon propos ne sera pas de m’attarder sur des aspects sociologiques ou de chercher à savoir si le message qu’a voulu envoyer l’auteur en représentant une arme est moralement valide ou pas.

Je m’éloigne donc volontairement de toute considération politique ou éthique pour me recentrer sur ce que j’ai aimé voir lors de mes promenades urbaines ou de découvertes d’expositions consacrées à l’art urbain.

Je prends le risque de me tromper voire de passer à côté de messages importants aux yeux des artistes cités, pour vous livrer mon interprétation personnelle, forcément subjective.

Et pour ce faire, j’ai voulu égoïstement réécrire les histoires des sept œuvres ci-dessous.

Les 7 œuvres de 6 artistes restées dans mon viseur.

« Attirés par la lumière ». Ce pochoir faisait partie des nombreuses œuvres de JEF AEROSOL présentes à l’exposition « STREET GENERATION (S) 40 ans dart urbain » à la Condition Publique à Roubaix.

"Attirés par la lumière" par Jef Aerosol - STREET GENERATION (S) 40 ans d'art urbain 2017 - ©No Fake In My News

JEF AEROSOL est un artiste multicasquettes né en 1957. Il œuvre dans la musique et dans un street art qui se fond de plus en plus dans l’art contemporain. Référence incontournable et spécialiste dans l’art du pochoir, il fait partie de la première génération des artistes urbains des années quatre-vingt. « Mes créations sont, en grande partie, directement issues de cette iconographie pop-rock-folk accumulée dans les années effervescentes de ma jeunesse ! » écrit -il sur son site [3] – [4].

Sa création ici résume selon moi à elle seule toutes les interprétations décrites plus haut. Quand le cowboy (à la Clint Eastwood) tire avec une arme d’où sortent des papillons attirés par la lumière, notre œil suit la trajectoire de la dure réalité sociale dépeinte par les œuvres encadrées au centre (lutte, pauvreté, désarroi social). Les papillons libérés par l’arme se dirigent vers la source d’espoir qu’est la lumière, vers l’optimisme.

« Stoba Feet ». Peinture aérosol, encre sur toile. Œuvre créée par l’artiste BASTO. La photo est prise à l’exposition « L’homme et la machine » à la Galerie JPHT à Paris.

"Stoba Feet " par BASTO - ©No Fake In My News

BASTO est un artiste français largement inspiré par le Pop Art, Andy Warhol, et la saga Star Wars. Né en 1973 à Marseille, il vit et travaille aujourd’hui entre Genève et Paris. Il utilise l’aérosol, son outil de prédilection auquel il associe également la digigraphie, l’acrylique, les feutres peinture et les pochoirs. [5] – [6]

Ici, outre l’emprunt à Star Wars, ce qui est frappant est la manière dont cette image se juxtapose avec notre réalité sociale militarisée depuis les événements survenus ces dernières années. Je crois voir un des hommes du dispositif « Sentinelle » qui sillonnent la Défense et son esplanade à longueur de journée et cette image me rassure : elle m’évoque la protection. Bien entendu, celui qui le veut peut aussi y voir « la déshumanisation des soldats via leur représentation en hommes robots ».

« David Bowie » de l’artiste Yarps. La photo a été prise le long du canal de l’Ourcq à Aubervilliers en Seine Saint Denis. L’œuvre a été réalisée dans le cadre du Festiwall, évènement autour du street art.

"David Bowie" par YARPS - ©No Fake In My News

C’est un hommage à David Bowie icône absolue de la chanson pop. En l’armant d’un pistolet, l’auteur fait un clin d’œil à deux univers qui lui sont chers : la musique et le cinéma cow-boy. L’homme caché de la maison bleue semble attentif au moindre danger, mais son regard reste serein. Il est déjà loin…

« P38 ». Cette sculpture murale représentant un pistolet sur plexiglas fait partie d’une série de réalisations faites sur des supports technologiques (cartes mères, disques durs…). C’est une fois de plus une création de l’artiste Yarps . La photo a été prise à l’exposition « L’homme et la machine » à la Galerie JPHT.

"P38" par YARPS - ©No Fake In My News

Le pistolet en tant qu’œuvre d’art est montré tel un bijou dans son écrin. Bienvenue dans l’air de Bill Gates où l’homme et la machine fusionnent de plus en plus leurs destins. Le modèle intemporel de l’arme et le futur technologique se mélangent. Les touches de clavier de l’ordinateur quant à eux font écho à notre quotidien.

YARPS (aussi appelé par le palindrome de Spray Yarps) est un pochoiriste portraitiste, discret, libre, détaché du star-system et féru de musique. Né à Paris dans les années soixante, il a commencé dès 1985 dans les squats et le milieu underground parisien. Les armes constituent un de ses outils d’expression artistique. Il y associe régulièrement un humour décalé, un ton peu politiquement correct et de nombreux jeux de mots. Outre la présence de vinyles dans ses œuvres, on retrouve des personnages cultes de cinéma qui tiennent en joue le spectateur avec de gros calibres. Il explore volontiers des univers et matières différentes, pourvu que s’exprime son art. À la question posée sur rue-stick.com « Quelle est la citation, ou la formule, qui synthétiserait le mieux ton travail ? Il répond Motha’Fuckin’SprayCan’Art ou « Guns & Stencils » » [7] – [8] – [9]

« What are you looking at ? » Œuvre de l’artiste mondialement connu BANKSY. Cette photo a été prise en octobre 2016 lors de l’ouverture du musée du street art Art42 à Paris.

"what are you looking at" ar BANKSY - ART 42 2016 - ©No Fake In My News

BANKSY serait né vers 1970 à Bristol (UK). Il est jusque-là resté anonyme conformément à l’esprit du Graffiti ce qui suscite d’autant l’engouement public qu’il éveille. Résolument antimilitariste, anticapitaliste ou antisystème, il se sert de son art comme moyen de communication pour dénoncer les travers de notre société. Détesté par les autorités, on l’a surnommé terroriste de l’art (art terrorist) en Grande-Bretagne pour sa capacité à se faufiler et intervenir en douce dans les musées et centres d’attractions publics, tout en gardant l’anonymat. [10] – [11]

Mélange d’ironie, de dénonciation et de premier degré, cette caméra de surveillance-revolver vient nous signifier que nous sommes tous dans l’œil du cyclone de la sécurité. Je vous surveille de partout, mais n’essayez pas d’en savoir plus sous peine de sanctions graves. Le message est clair et sans ambiguïté : who watches the watchmen ? L’arme est pointée vers la vraie menace qu’est la vidéo surveillance qui entrave bien plus notre liberté. Le prix à payer pour vivre en sécurité ? Vaste sujet.

« Don’t talk to me » (graffiti représentant la femme armée) a été réalisé par Cloé Coiffard mais l’ensemble du graffiti est le fait d’un groupe d’artistes graffeurs ( dont Vusuel et Dink … ) sur un mur du nouvel espace éphémère dédié à la culture urbaine, l’Aerosol . La photo de l’oeuvre achevée vient de la page Instagram de DINK.

"Don't talk to me" par Cloé Coiffard - ©No Fake In My News

Vusuel : Painter Qaligrapher a fait ses débuts dans le graffiti en 1988. Sous un autre pseudo il a trouvé ses marques et travaillé de nombreux styles, du simple lettrage au lettrage plus compliqué. Il fait évoluer son style vers de nouvelles dimensions dont la calligraphie. [12]

Dink est un artiste dans le pur style de ceux qui appartiennent au graffiti. Sa spécialité est le lettrage vintage. Il a commencé à taguer en 89 avec les CREW CP5 TPK DKC PDG, dans un univers sous forte influence Hip-Hop. [13]

Cloé Coiffard (celle à qui on doit la partie de la femme armée), née en 1994 en Normandie commence son parcours artistique en touchant au dessin, à la peinture et au modelage de l’argile. Après une première année d’étude à l’ECV Bordeaux, elle comprend que les codes de ces études ne lui correspondent pas et explore désormais d’autres moyens de libérer son art… D’où la réalisation ci-dessus, l’une de ses premières en graffiti [14].

Ici, Il y a une injonction à garder ses distances, une invitation à écouter plus qu’à entrer dans une discussion. « N’écoute pas les adultes, la vie est belle » , peut-on lire sur une toile représentant la même image sur sa page Facebook [15]. Notre attention est attirée par ce qu’il se passe autour, le danger qui rode. On ne peut pas passer devant ce mur sans se dire que celle qui est menacée semble être la personne armée, sa détresse est visible dans le regard.

« Hand of God ». Il s’agit d’une œuvre signée de l’artiste ADESIR que j’ai prise en photo en septembre 2016 sur le bord d’une route à Porto Novo au Bénin. Je n’ai malheureusement pas pu recueillir des informations sur sa biographie, mais c’est aussi une manière pour moi de rendre visible une oeuvre béninoise qui illustre la thématique.

"Hand of god" par Adesir - Bénin- ©No Fake In My News

Ici, on est en face d’un hommage rendu à un artiste célèbre (Tupac Shakur), l’une des figures de la Gangsta Rap et de la guerre qui opposa pendant des années les ennemis de la Côte Est et Côte Ouest aux Etats-Unis. Le pendentif en arme est affiché en référence à un environnement dangereux. Il n’est pas l’objet principal de la création mais reste suffisamment important pour définir qui était le personnage.

Bang … Bang, street art didn’t shoot me down…

Dans cette machine de guerre du street art où se mêlent toutes les formes de revendications, je me suis attelée à mettre en avant quelques photos « shootées » au fil de mes découvertes.

Ce ne sera pas trahir les intentions des artistes que de dire qu’il revient à chacun de recevoir les visuels montrant les armes et de les interpréter à sa guise comme outil de contestation, revendication, révolte, contre révolution, dénonciation, protection ou simplement un objet d’art… Une œuvre artistique.

Urban Art Fair : 4 petits jours et puis s’en va?

Urban Art Fair : 4 petits jours et puis s’en va?

 

L’Urban Art Fair, ( la première foire internationale dédiée à l’art urbain ) était certainement attendue de pied ferme par les amateurs d’art compte tenu du succès de la première édition en 2016 qui a attiré près de 20 000 visiteurs [1].

Pour sa deuxième édition parisienne au Carreau du temple, elle a accueilli une trentaine d’exposants représentants un peu plus de 200 artistes, avec pour nouveauté cette année un spécial hors les murs – Cannot Be Bo(a)rdered – dédié au skate art. L’aspect cosmopolite est à nouveau présent avec plusieurs galeries internationales.

Tout au long de ces 4 journées, simples amateurs ou passionnés d’art ont eu l’occasion de rentrer dans des univers différents : expositions, rencontre avec des artistes ou galeristes, projections de films sans oublier des performances et bien sûr la vente de tableaux. Chacun cherche quelque chose de particulier dans la pluralité qui caractérise cet art.

Dès mon arrivée, j’aperçois sur les murs à l’extérieur juste en face du lieu de la manifestation, les œuvres « rosées » de l’artiste Ardiff et du collectif Le Mouvement.

Flamand rose de l'artiste Ardif - Urban Art Fair 2017 - ©No Fake In My News

 

Il fait beau, il n’y a pas encore de longue file d’attente, je sens que je vais passer un bon moment…

Me voici donc au Carreau du Temple ce jeudi 20 avril 2017 arpentant pour la première fois les allées de cette édition. Y sont présentes de nombreuses galeries renommées, spécialisées dans l’art contemporain urbain. C’est le cas de la galerie du jour agnes b. pionnière dans le repérage de nouveaux talents [2]. Mais on remarque aussi d’autres galeries qui se sont positionnées plus récemment sur ce secteur, comme Art in The Game ou encore Artistik rezo du collectionneur et passionné d’art Nicolas Laugero Lasserre qui a ouvert en octobre 2016 le premier musée du street art en France dans les murs de l’école 42.

L’art urbain ici exposé permet de découvrir tout un panel d’artistes différents. Pas étonnant que l’événement se déroule dans ce lieu culturel, ancien marché couvert entièrement restauré, aujourd’hui dédié aux modes de vies et usages urbains. D’ailleurs, si le terme « art urbain » a supplanté son homonyme « street art » plus péjorativement connoté « mouvement de protestation », c’est qu’il agrège de nos jours beaucoup d’artistes longtemps réticents à entrer dans des cercles plus académiques comme les musées, galeries ou les maisons de vente.

Mais c’est aussi le fait du professionnalisme qui a touché le secteur. Nul doute que la notoriété de l’art urbain atteint chaque année un niveau que de nombreux autres domaines lui envieraient. Désormais son but c’est de voir comment être un levier de développement économique palpable. Et pour y parvenir, tous les acteurs du secteur se donnent les moyens pour qu’il ait la visibilité nécessaire.

Pour les artistes, les réseaux sociaux deviennent des outils efficaces pour assurer leur « personnal branding » et ça marche. Certains voient leur cote exploser. Les salles de vente de réalisent des records en enchères. La branche dédiée à l’art urbain de la maison Artcurial affiche de très bons résultats comme le montrent les chiffres de l’infographie ci-dessous.

 

Chiffres Artcurial

 

La prochaine vente Urban Art d’Artcurial qui aura lieu dans demain à Paris proposera dans ses lots, des toiles de l’artiste JonOne avec des estimations pouvant dépasser les 10 000 euros [3].

Cette foire vue d’un côté plus mercantile peut donc être un très bon indicateur des valeurs ou nouveaux talents à suivre. Elle contribue sans doute à conforter Paris comme un lieu de référence incontournable du marché du street-art dont les marges de progression économiques sont non négligeables. De la même manière, cela renforce certaines galeries d’art urbain du 13 ème qui ne ménagent pas leur effort pour concrétiser dans cet arrondissement ( avec l’aide du maire ) le projet du musée à ciel ouvert, véritable argument touristique. Au delà du gain financier, c’est aussi révélateur de la volonté de démocratiser cet art encore tout jeune.

De nombreux artistes qui ornent les immenses murs du 13 ème ou du Val de Marne étaient représentés par les galeries d’art au Carreau du Temple. ( l’incontournable C215 ; Shepard Farey, Seth Globepainter, Janas & Js pour ne citer qu’eux ). J’en connaissais déjà certains mais je découvre aussi des noms et des œuvres totalement éloignés de ma sphère habituelle. Plein de choses me plaisent bien évidemment et j’ai tout le plaisir de me renseigner sur les techniques des artistes dont je me contente souvent de n’admirer que le résultat final. Ci dessous, trois œuvres (des artistes Jana & JsRIMECranio) parmi tant d’autres qui sont restées dans mon esprit une fois les 3 heures passés à l’intérieur.

 

 

L’événement se déroule également autour de différents concepts. Du côté du sous-sol sont présentées d’autres expositions dont une installation du collectif Le mouvement. Chacun peut avoir sa seconde de gloire en apposant un mot sur le mur collaboratif. Le contrat de participation prôné par ce collectif dont le concept fondateur est la rencontre improbable de personnalités issues d’univers différents est rempli.

Tableau collaboratif de Le Mouvement - Urban Art Fair 2017 - ©No Fake In My News

 

La première journée s’achève. Il y a déjà un peu plus de monde. Je sors de là ravie des heures passées.

Le lendemain vendredi 21 avril, place à [Cannot be bo(a)rdered], une exposition hors les murs présentée pour l’urban art fair à l’Espace Commines, à quelques rues du Carreau du temple. Elle est visible jusqu’au 7 mai 2017.

Organisateurs - Urban Art Fair 2017 - ©No Fake In My News

Cette année, l’Asie ( Singapour, Indonésie, Malaysie ) par le partenariat noué entre l’Urban Art Fair avec le Arts house Ltd est à l’honneur via un focus sur le skate art. Le skateboard ne se limite plus à la pratique sportive de rampes dans les parcs dédiés. Il investit l’art urbain qui s’en approprie laissant ainsi place à une imagination créative de la part de jeunes qui s’inspirent de leur quotidien. Cette nouvelle forme artistique de narration s’inscrit dans la volonté « d’inviter les visiteurs à dépasser les frontières établies pour comprendre l’univers de cette culture » importante pour la jeunesse contemporaine. Ici, ce sont une trentaines d’artistes qui sont venus illustrer la transmission de la culture urbaine de ce endroit du globe par le biais de cet art.

Ci-dessous, 3 installations ( des artistes Popok Tri Wahyudi , Asfi K, Azrin Mohammad ) parmi celles qui m’ont le plus marquées

La foire a continué jusqu’au dimanche 22 avril. Je regrette de n’avoir pu y aller les 2 derniers jours , surtout pour les performances live et les projection de films dédiés. Je suis ravie de voir à l’affiche le documentaire Sky is the limit de Jérome Thomas tout fraîchement auréolé du Prix du public au Festival Spray! Organisé par La manufacture111 et auquel j’avais assisté le 8 avril dernier.

L’art urbain étant par essence sans cesse renouvelé, il n’y a pas le temps d’avoir des regrets. Rendez-vous l’an prochain.

Vilédé GNANVO

Autres sources

[2] « Puisque l’art urbain a la cote »: Beaux arts magazine du 01/04/2017 . p144. [3] « L’art urbain prend du galon ». Bernard Geniès; Challenges du 20/04/2017. p 76

L’appel du street art

L’appel du street art

 

Le savez-vous ? La part de marché que représente le street art en France se situe autour de 100 millions d’euros [1] et [2]. Un chiffre qui ferait bien des envieux dans d’autres secteurs de l’économie française.

Avant de m’intéresser à cet art, j’étais loin de me douter de tout ce que cela recouvrait comme variétés, spécificités et richesses, même si j’y ai tout de suite décelé l’importance qu’avait la notion de partage.
Je ne soupçonnais pas le monde qui sépare l’artiste qui crée son œuvre spontanément dans un espace urbain, de celui qui dépose son art sur un mur à l’extérieur. J’ignorais tout du bombing, stencilart, throw-up, distorsion, sprayart, fresques, vandalisme … Ma connaissance se limitait à trois termes génériques : graffiti, tag et street art.

Depuis, j’ai fait du chemin, et j’ai même été surprise de constater que beaucoup d’artistes voulaient se distancier de l’appellation « street art ». Comme si cela avait une connotation trop propre, trop marketing, trop « fourre-tout », trop à la portée du premier venu…

La beauté réside dans les yeux de celui qui regarde.

Etant ce genre de premier venu, je n’ai pu faire l’impasse sur quelques questionnements.

  • Comment s’autoriser à juger l’art urbain alors qu’on n’a pas de background culturel du secteur?
  • En même temps, comment ne pas se sentir légitime à porter une appréciation sur une œuvre qu’on reçoit en pleine face sans l’avoir recherchée, parfois complètement à l’improviste au détour d’une ruelle, sur une façade d’immeuble ou à même le sol ?

Je n’ai pas encore de réponse à ces questions. Pour l’instant, je saisis par l’image des œuvres qui me plaisent et je les appose sur un mur virtuel , reflet de ce qui est jugé par mon regard comme étant esthétique. Peut-être est-ce une manière de reprendre du pouvoir sur le fait que justement cet art nous est parfois imposé malgré nous.

Je vois bien le problème qui s’est posé à certains, confrontés au mur affichant un pénis géant peint par l’artiste Bonom en Belgique. Face aux plaintes, la justice a tranché et plutôt que de s’embourber dans des débats incessants sur la liberté de création, elle a astucieusement argumenté du danger auquel pourraient être soumis les employés pour effacer l’œuvre perchée dans un recoin d’un mur sur les toits.

A ce débat, la France n’échappe pas et renvoie à son texte sur la loi de création. A côté de la liberté d’expression qui fait appel au discours d’opinion, il y a la liberté de création à laquelle personne n’a le droit d’entraver. Le législateur reste garant de cette liberté de chacun de créer même si pour certains, l’inspiration ou la conception de l’art réside dans la dégradation voire le vandalisme.

Et quand ce qui impulse l’artiste c’est l’adrénaline et la pression, l’illégalité devient une partie intégrante de son acte de créer. Alors dans ce cas de figure, pour lui, le droit ne se demande pas, il se prend . « Dès que le graffiti demande la permission, il se formate » [3]

Anamorphose du Collectif “Quiet Curious Guys” - L'Anamorphose Project 2017 - ©No Fake In My News

L’œuvre illégale n’est pas pour autant sans propriété. Son auteur demeure titulaire au regard du droit même si dans la pratique, la transformation numérique et l’explosion de l’usage des réseaux sociaux fragilisent quelque peu cette propriété intellectuelle.

L’artiste est embarqué dans la galère de son temps : Internet et les réseaux sociaux

Internet telle une vague entraîne tout le monde dans son élan, propulsant certains bien au-delà des frontières imaginées tout en réduisant d’autres à néant. Avec le numérique tout se décloisonne de plus en plus. Aujourd’hui, tout le monde a accès à toutes formes d’art. Il n’y a plus automatiquement de public cible pour chaque catégorie. Du coup, le problème de la compréhension de ce que veut dire l’artiste urbain peut se poser car inévitablement, les nouvelles technologies ont une grande influence sur sa pratique.

D’une part, l’interface numérique est une opportunité car elle permet de documenter les coulisses de la création des œuvres. Plus que jamais le souci de partage reprend le dessus. Internet a donc été le moyen pour les artistes de s’ouvrir sur d’autres terrains en plus du mural. Le net art s’est développé. Des artistes comme Benjamin Goulon revendiquent totalement leur appropriation de cet univers numérique comme espace de créativité et d’exploration technologique. Le net c’est aussi le lieu où l’artiste se définit lui-même, indexe son œuvre et se classe lui-même dans une sous-catégorie. Il n’a pas forcément besoin d’interlocuteur pour expliquer son art : juste une bonne catégorisation et des milliers de gens peuvent accéder à son univers.

D’un autre coté, certains artistes au contraire se sentent dépossédés de leur œuvre, voire trahis par la catégorisation dans laquelle ils sont mis. Un graffeur historique n’a pas spécialement envie de voir son œuvre hashtagué « street art » sur Instagram par un néophyte qui ne connait rien aux spécificités de sa pratique de création. Les réseaux sociaux dans ce sens ne servent pas toujours la culture de l’art urbain car comme partout ailleurs, c’est la course au plus grand nombre de followers. Certains algorithmes vont renforcer ou aliéner un artiste.

Enfin pour d’autres, il s’agit de savoir comment conserver et archiver des œuvres quand elles sont le fait d’anonymes ou issues du vandalisme. Grace à la géolocalisation, on observe à quel point le graffiti est une culture interactive car il se crée, se détruit, se fait recouvrir, se redétruit. Sa valeur intrinsèque réside dans son coté fugace. Mais cette nécessité d’archiver et de pérenniser ne va pas sans l’institutionnalisation d’un art qui depuis était éphémère et clandestin.

Du vandalisme au vendu

Street art - Photo issue de @urbanartfan

Le street art connait un véritable essor depuis plusieurs années. Désormais le marché de l’art contemporain le reconnait et l’intègre totalement. Les maisons de vente ( Pescheteau Badin ou Artcurial ) participent à son anoblissement en mettant à l’honneur les œuvres de ses artistes [4]. Vendues aux enchères, des créations artistiques qui en sont issues se permettent même le luxe de détrôner des œuvres sur le marché de l’art contemporain. Des galeries spécialisées se multiplient et en font un commerce pour promouvoir les artistes qu’ils suivent.

Cette expansion de l’art urbain va bien au-delà du simple univers des galeries. Un MBA special steet art a été créé en 2016. Paris vient d’ouvrir son premier musée dédié (Art 42 ) à l’intérieur de la novatrice Ecole 42. L’artiste ZEVS était récemment exposé au Château de Vincennes et a conçu sa création décalée tout autour de l’univers prestigieux d’un tel lieu.

Des centres commerciaux font des appels à projet pour dynamiser leurs espaces grâce à la création. Des efforts sont faits par des associations pour essayer de sédentariser des artistes autour de rendez-vous ponctuels ou de « murs » . En 2016 sur l’ensemble du territoire, 43 projets ont bénéficié d’une aide du Ministère de la Culture dans le cadre de l’appel à projets pour réalisation d’oeuvres de « street art » [5]. Des parcours sont créés , ainsi que des visites « street art » effectuées comme une sortie culturelle.

L’art urbain devient « vendeur ». Nombreuses sont les villes qui de nos jours le mettent en exergue comme argument touristique en pleine émergence. Tout le 13ème arrondissement parisien voit ses énormes façades recouvertes de fresques plus belles les unes que les autres. Les municipalités dans leur effort pour comprendre ce qu’il se passe mènent des politiques culturelles où le street art s’inscrit dans le budget de la culture ou celui du tourisme.

Pour arriver à cette démocratisation, il a fallu que les artistes eux mêmes s’adaptent à la nouvelle demande du public, qu’ils se professionnalisent en terme de marketing. Les plus connus collaborent avec les grandes marques. Non sans que cela fasse grincer des dents ceux qui estiment qu’on est loin de l’esprit vandal et que toute légitimité de se revendiquer street artiste s’en trouve réduite.

Hybridation Business / Street art

YES de ZEVS - Expo ZEVS Noir Eclair 2017- ©No Fake In My News

Désormais, l’artiste embrasse plus facilement des projets dont l’essence est la rencontre d’univers créatifs et marketing. Les marques n’hésitent plus à se servir du street art pour communiquer. Elles le voient comme un business rentable et hyper tendance. Pour le lancement de sa surface 3, Microsoft a fait appel à un street artiste de renom qui a géré un projet en collaboration avec d’autres artistes . « Intitulé “Designed on Surface”, le nouveau programme de Microsoft a été mis sous l’égide de Jasper Wong. A la tête d’une équipe de 17 artistes, le graphiste américain a mené une campagne qui consiste à réaliser des peintures murales à l’aide des nouvelles tablettes PC de la gamme Surface » [6].

Il faut dire que l’expansion du street art va de pair avec la résurgence du guerrilla marketing. Une réelle interaction se crée . La rue devient un espace plébiscité et adapté à la promotion ponctuelle d’un événement ou du lancement d’un produit. Même si le guérilla marketing n’est pas nouveau, il a connu ces dernières années un plus grand boom car les réseaux sociaux et l’information zapping permettent un relais bien plus adapté au message à faire passer. Tous ces acteurs veulent ainsi toucher directement le consommateur car les imbrications entre le numérique et le réel sont de plus en plus ténues [7].

Le street art prend pleinement sa place dans cette économie collaborative en quête de spontanéité, de vérité et de joie. Les mécènes commencent à s’y intéresser autrement que par le prisme du regard condescendant que pose le bourgeois sur le « tagueur des quartiers ». La rue culturelle n’a pas dit son dernier mot. L’art n’a pas de frontières.

Pour conclure, en aparté…

Artiste Jessy Monlouis Doudoustyle en plein travail au Lab 14 - ©No Fake In My News

Aujourd’hui, c’est le vernissage des installations au Lab14 , espace éphémère à Paris dédié au street art. La néophyte que je suis y a déjà fait un petit tour et n’a pas été déçue par l’esprit de partage tant revendiqué par les créateurs. J’y ai rencontré Doudoustyle , Photograffée et FKDL . Ils m’ont accordé du temps en plein travail, expliqué leur art. C’était un moment privilégié car je réalise que malgré leur talent, ils ne se perchent pas tout en haut en tant qu’artiste bobo . Ils sont fidèles à l’idée de partage.

C’est peut être cette singularité qui fera que cet art sera toujours riche tout en restant profondément humain malgré les tentatives de récupération de part et d’autre.

P.S : Pour vous donner une idée de ce que vous verrez au Lab 14, munie de votre appareil photo, voici la même œuvre de Marko-93.

Oeuvre de Marko-93 visible au Lab 14 - ©No Fake In My News

Vilédé GNANVO

Pin It on Pinterest